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e-prescription: la SSMG redoute une perte qualitative

J.M. - Mercredi 18 janvier 2017
J.M.

La SSMG s’inquiète de l’impact de l’e-prescription – du moins à son stade actuel de développement – sur la qualité des prestations du MG. Dans l’intérêt de la sécurité des soins, ce qui devrait aider le médecin n’est pas supposé l’énerver. La SSMG redoute également la mise hors-jeu de certains confrères et, globalement, l’effet centrifuge de «contraintes informatiques inconsidérées». 

La SSMG se défend de remettre en question le principe de l’informatisation progressive des soins de santé. Elle fait pourtant observer que l’e-prescription, transitant par le serveur Recip-e, est un système «en passe de devenir obligatoire mais qui connaît encore énormément de ratés». Selon elle, le MG doit utiliser des «outils d’e-santé encore non aboutis sur lesquels il a peu de prise, ou ne tournant pas aussi rapidement que les démos officielles le laissent penser». Et, ce qui n’arrange rien, sous la pression du direct, pourrait-on dire, parce que le médecin a un patient en face de lui et une salle d’attente qui se remplit. «Le fait de perdre du temps, perdre son calme, revenir à ses moutons médicaux après s’être arraché les cheveux sur une application… peut difficilement être considéré comme favorisant la qualité de la prestation», écrivent les Drs Orban et Van der Schueren, vice-président et secrétaire général.

La SSMG pointe aussi un «taux d’échec des transmissions trop élevé», qui génère plus d’appels des pharmaciens aux MG «au risque de perturber les consultations», ainsi que le fait que «des possibilités existant en filière papier (magistrales, stupéfiants…) ne sont pas implémentées dans le système». Bref, en l’état, la SSMG déclare voir dans la filière électronique de prescription médicamenteuse «un risque si pas de dégradation des relations médecins-pharmaciens-patients, à tout le moins d’incompréhensions et de tracasseries».

Exclusions en vue

La SSMG souligne que, quand bien même on met tous ces bugs (de jeunesse?) de côté, il y a une série de situations dans lesquelles user de l’e-prescription est problématique, à commencer par les contacts patients hors cabinet: «[Elle] réclame un environnement et un équipement (PC, imprimante, lecteur de carte d’identité électronique, connexion internet de qualité…) qui ne sont pas forcément présents dans une situation spécifique à la médecine générale: la visite à domicile. Les généralistes vont-ils être amenés à renoncer au domicile à cause de la prescription électronique?» Question analogue pour la prescription des traitements des résidents des MR(S).

La société scientifique s’alarme enfin du sort de médecins que le passage à une e-prescription générale et imposée en 2018 risque de sortir du circuit, e.a. parce qu’ils ne possèdent pas ou plus de logiciel métier labélisé assurant la connexion avec le serveur Recip-e. Elle cite les «MG non informatisés, les retraités ayant diminué mais pas stoppé leur pratique, les spécialistes qui prescrivent traditionnellement peu, les confrères travaillant en institutions publiques ou privées». Peut-être serait-il bon de prévoir des plans B techniques à leur égard (par exemple de petits logiciels de prescription qui soient indépendants du DMI, suggère-t-elle).

Savoir ce qu’on veut

En conclusion, la SSMG interpelle l’autorité sur la vieille thématique de l’attractivité d’un métier dont on sait qu’il connaît des pénuries. «Les pouvoirs publics sont-ils conscients de la surcharge administrative – fût-elle électronique – qu’ils imposent tant aux jeunes confrères qu’aux plus chevronnés?», questionnent Thomas Orban et Thierry Van der Schueren. Pour eux, l’équation (surcharge administrative + contraintes informatiques inconsidérées) est toxique pour la rétention à la fois des jeunes MG qui pourraient se réorienter et des «anciens» qui pourraient raccrocher plus vite.

Réactions

Je partage l'avis de mes collègues quand à la problématique de l'accessibilité à l'E prescription à domicile. Pour le reste pas. Il y a une année de transition pour résoudre les problèmes évoqués. A charge de nos décideurs de trouver des solution. A titre d'information le GSM ne "passe" pas dans mon village.....
Pour ma part, je trouve qu'on exagère le problème des e-prescriptions! lors des visites au domicile, depuis 1 an, je fais les 1/3 payants en "live" avec e-health et, sauf dans certaines maisons de repos qui ne sont pas (ou mal) équipées de wifi et sauf dans de très rares cas au domicile de patients, je parviens à me connecter en wifi (proximus autofon ou avec le mot de passe des patients); si on nous permet d'envoyer la e-recipe sans l'imprimer et que le patient peut retirer les médocs sans le code barre, c'est jouable aux domiciles. Maintenant, je pense que ce sera un frein supplémentaire, puisqu'il faut obliger le médecin à acheter un pc (très) léger et qu'un jeune ne sera peut-être pas prêt à faire la dépense?
Et quand 20 % de la région où l'on se déplace n'est pas couverte par le réseau mobile simple (inutile de réver au 4G; il n'y a déjà quasiment pas de 3G) c'est encore exagéré le problème des e-prescriptions ? Pas sûr que Maggie va nous offrir un téléphone satellite globalstar ou iridium next.....
Et si l'on "zappait" carrément les visites à domicile à partir du 1er janvier 2018 aussi longtemps que le statu quo ne sera pas prolongé? Le "Peuple belge" est responsable du choix de ses dirigeants éclairés.
Je suis entièrement d'accord avec la réaction de la SSMG,que je remercie de se rendre compte de la perte de temps que cela va causer en consultation au cabinet.J'ai personnellement d'autres choses à faire avec mes patients,je pense que consacrer ce temps à un examen clinique plus approfondi sera plus rentable à tous(yc au budget de la Santé) que de perdre de précieuses minutes à m'énerver sur un programme qui va bien entendu coincer au mauvais moment..que chacun soit libre de la médecine qu'il veut faire!personnellement,je n'ai pas choisi la médecine pour faire de l'informatique,et ce n'est pas ce que mes patients attendent de moi. Dr Jenaer Bruxelles
Moi aussi ,entièrement d'accord avec la SSMG. Cela va être source de perte de temps et d'énervement inutiles. Le médecin a autre chose à faire (examen du patient ...) De plus,il faudra un PC et une imprimante partout...pas pratique !
MARCELLE GYRE En tant que médecin généraliste retraitée, je m'inquiète fortement devant l'arrivée de l'E prescription. Car même si je n'exerce plus, je continue à prescrire pour mes proches et moi-même. Créer de petits logiciels de prescription indépendants du DMI me semble une bonne initiative.
Le problème serait l'exclusivité de la e-prescription...un peu comme les nouvelles voitures qui n'ont plus de roue de secours!! Quelle que soit la "solution " informatique proposée pour les visites à domicile , il risque d'y avoir des "couacs"... Si la prescription papier disparait complètement ... c' est comme si on empêchait l'usage des billets de banque en exigeant des transactions électroniques partout et tout le temps = DICTATURE SOFT !!
Comment expliquer dans le futur à nos patients âgés à domicile que nous allons leur rendre visite et qu'ils n'ont au final aucun papier et qu'il leur suffira de se rendre à la pharmacie avec leur carte d'identité ? Et comment faire en pratique dans des régions sans couverture 3G ou wifi ? Comment ferons-nous des prescriptions à des touristes étrangers, à des demandeurs d'asile, à des nouveaux-nés...puisque ceux-ci n'ont pas de numéro national ? Et tout simplement comment ferons nous si le patient ne nous a jamais présenté sa carte d'identité et qu'il ne l'a pas sur lui ? (très fréquent) Cette prescription électronique est tout à fait valable la plupart du temps au cabinet médical mais impossible à systématiser pour toutes les visites à domicile... Cela va également pousser des médecins non informatisés vers la sortie (et ce avant la date de 2020) et cela va être une catastrophe dans certaines zones où la pénurie guette !