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La colère monte chez les anesthésistes (Lettre ouverte à la ministre De Block)

F.D. - Lundi 19 juin 2017
F.D.

Le projet de loi relatif aux soins à faible variabilité inquiète les anesthésistes. Après avoir envoyé un premier courrier à la ministre, resté sans réponse, l’Association professionnelle belge des médecins spécialistes en anesthésie et réanimation (APSARGBS/BSAR-VBS) ainsi que la Société belge d’anesthésie et de réanimation (SARB-BVAR) lui adressent une lettre ouverte dans laquelle ils mettent en garde: la sécurité et la qualite des soins vont pâtir du forfait! S'ils n'obtiennent pas de réponse satisfaisante, il faut s'attendre à des actions...

La lettre ouverte

Madame la Ministre,

Actuellement, l’anesthésiste est le spécialiste de la médecine périopératoire : il veille à la qualité de tous les aspects des soins et garantit la sécurité du patient. L’Association professionnelle belge des médecins spécialistes en anesthésie et réanimation (APSARGBS/BSAR-VBS) et la Société belge d’anesthésie et de réanimation (SARB-BVAR) s’inquiètent car le système de forfaits à l’étude pour les soins à faible variabilité pourrait compromettre la qualité et la sécurité des soins périopératoires en raison de la perte d’indépendance qu’il implique. C’est pourquoi nous proposons ce qui suit:

  1. Une réglementation juridique contraignante est nécessaire pour stipuler qu’une anesthésie générale et locorégionale de même qu’une sédation profonde à partir du niveau de sédation 4, doivent être pratiquées exclusivement par les médecins spécialistes en anesthésie-réanimation et qu’elles sont donc interdites à toutes les autres disciplines. Cette réglementation implique qu’un médecin spécialiste en anesthésie-réanimation doit toujours intervenir pendant toutes les interventions qui peuvent être reprises dans les listes de forfaits en soins à faible variabilité.

  2. Le budget des honoraires de l’anesthésie-réanimation doit être utilisé rationnellement. Il est préférable que ce budget reste totalement distinct des forfaits communs pour être exclusivement consacré à la spécialité de l’anesthésie-réanimation afin de garantir à 100% la fonction et l’indépendance de l’anesthésiste en tant que garant de la sécurité périopératoire du patient.

  3. La qualité est la préoccupation permanente des anesthésistes. Nous sommes partie prenante du contrôle de la sécurité et de la qualité, mais les critères doivent être fixés par l’APSAR-GBS/BSAR-VBS et la SARB-BVAR mêmes.

L’anesthésiste joue un rôle crucial dans la garantie de la sécurité du patient tout au long du trajet périopératoire, tel que décrit dans le document « vision & mission » de la ESA (European Organisation for Anaesthesia, Critical care, Pain and Perioperative Medicine : www.esahq.org) et tel qu’énoncé par le Royal College of Anaesthetists au Royaume-Uni dans son programme « Perioperative Medicine » (www.rcoa.ac.uk).

En tant que médecin du périopératoire, l’anesthésiste peut comprimer les coûts et augmenter la qualité :

“Perioperative Medicine improves the short-term safety and long-term effectiveness of surgical treatments. Perioperative Medicine is a strategy to work with other healthcare professionals to promote this philosophy… Anaesthesia is central to the delivery of safe and effective perioperative care.  Many components of the perioperative medicine pathway already exist. The best known example of this is the Enhanced Recovery Programme that reported improvements in both quality of care and patient satisfaction whilst saving 170,000 hospital bed-days.” (www.rcoa.ac.uk)

Les trois arguments plaidant contre le concept de forfait global sont les suivants:

  1. Premièrement, la sécurité du patient au cours d’une sédation profonde ou d’une anesthésie. 
    Si un forfait doit être partagé avec d’autres disciplines, 
    - ​de nombreuses interventions sans anesthésiste ou sans avis anesthésiologique préalable seront pratiquées ;
    - les anesthésistes ne disposeront plus des moyens d’être, en toute indépendance, les garants de la sécurité lors de chaque intervention ; 
    - les anesthésistes ne pourront plus déterminer quelle anesthésie convient le plus au patient ;
    - les anesthésistes ne pourront plus agir en tant que médecin du périopératoire.

  2. Deuxièmement, la qualité des prestations du chirurgien et de l’anesthésiste. Si un forfait doit être partagé avec d’autres disciplines, des tensions potentielles et des conflits latents surgiront au sein de chaque hôpital quand il s’agira de déterminer la part du forfait global qui revient à chacune des diverses disciplines impliquées. Un climat de tension n’est pas propice à un travail d’équipe efficace et porte préjudice à la qualité et à la sécurité.

  3. Troisièmement la satisfaction du patient. Pour garantir au patient qu’il sera accompagné en toute sécurité et qu’il peut se détendre et abandonner tout contrôle pendant l’intervention chirurgicale, il est essentiel qu’il ait la certitude qu’une personne, indépendante du chirurgien, se tient à ses côtés pour veiller sur lui et l’accompagner.

Madame le Ministre,

Vous comprenez pourquoi le projet d’AR concernant la loi pour le financement groupé des activités hospitalières pour l’APSAR-GBS/BSAR-VBS et la SARB-BVAR est inacceptable et entraînera inéluctablement des actions nationales !

Le 19 janvier 2015, dans une lettre rédigée avec le concours de la Société belge d’anesthésie et de réanimation (SARB-BVAR), l’Association professionnelle belge des médecins spécialistes en anesthésie et réanimation (APSAR-GBS/BSAR-VBS) avait déjà insisté pour entamer dès à présent des concertations sur les guidelines et la réglementation afin d’améliorer la qualité des soins et de maîtriser les coûts pendant les actes périopératoires.

Le 19 avril 2017, l’APSAR-GBS/BSAR-VBS vous a de nouveau écrit pour signaler la situation conflictuelle qu’a suscitée l’introduction d’un forfait global.

Comme nous n’avons à ce jour reçu aucune réponse à cette dernière lettre, excepté la décision d’introduire tout de même le forfait, lequel n’améliorera ni la qualité ni la sécurité, nous vous demandons une concertation de toute urgence pour éviter d’autres actions.

Nous sommes persuadés que la sécurité du patient est une priorité absolue pour vous et que vous tiendrez compte de nos doléances.

Comme tous les aspects évoqués sont primordiaux pour la qualité des soins, nous considérons le présent document comme une lettre ouverte.

Nous vous prions instamment de nous recevoir dans votre cabinet pour approfondir ces matières ensemble.

Cordialement,

Marc Van de Velde, Président SARB- BVAR, et René Heylen, Secrétaire APSAR- BSAR

Au nom de l’ensemble des membres du comité directeur SARB- BVAR et APSAR-GBS/BSAR-VBS

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> Retrouvez l'interview du Dr Jean-Luc Demeere, président du GBS et anesthésiste, dans notre édition papier de jeudi.

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