Depuis le début du mois de février 2026, de nombreux patients diabétiques ont vu le remboursement de leurs analogues du GLP-1 soudainement interrompu. En cause : une régularisation administrative exigée par l'Inami à l'automne dernier, assortie d'un délai jugé irréaliste par les professionnels de la santé. Entre aberration clinique et surcharge procédurale, le Dr Sophie Haumont, endocrinologue, dénonce une mesure qui pénalise aveuglément soignants et patients.
Fin septembre 2025, une nouvelle directive gouvernementale imposait aux spécialistes de soumettre à l’Inami une nouvelle demande de remboursement pour tous les patients traités par analogues du GLP-1 et inclus dans un « Trajet de soins diabète » (TSD). Pour se conformer à cette exigence, les praticiens disposaient d'une fenêtre de quatre mois, avec une date butoir fixée à début février 2026.
Sur le terrain, ce calendrier s'est heurté à un mur logistique. Les délais moyens pour obtenir un rendez-vous en endocrinologie oscillant autour de six mois, il était mathématiquement impossible de revoir l'ensemble de la patientèle à temps. De plus, « les patients n’ont pas été prévenus par leur mutuelle. La plupart ont découvert l'interruption de leurs droits par voie de presse fin janvier, sur les réseaux sociaux, ou pire, au comptoir de leur pharmacie au moment de régler l'addition », réagit la Dre Sophie Haumont.
Conséquence directe : les cabinets d'endocrinologie ont été submergés. « Je vous laisse imaginer les messages de détresse et d’urgences que nous devons traiter », témoigne l’endocrinologue. Pour elle, une approche pragmatique aurait consisté à accorder un délai d'un an, ce qui correspond à la fréquence de consultation annuelle obligatoire dans le cadre d'un TSD, évitant ainsi de mettre en péril la continuité des traitements.
Un labyrinthe procédural aux conséquences cliniques absurdes
« Depuis le 1er février 2026, puisque le délai accordé est dépassé, nous sommes contraints de rédiger des lettres de justification individuelles aux médecins-conseils. Ne nous promettons pas depuis des lustres de simplifier les démarches administratives ?», questionne l’endocrinologue.
Les patients chez qui le traitement a été un succès clinique (perte de poids, sortie de l'obésité, hémoglobine glyquée stabilisée) ne répondent plus aux critères stricts requis pour une nouvelle demande de remboursement. « Finalement, Je me surprends à être contente quand ils reviennent mal équilibrés : cela simplificie les démarches », soupire la Dre Haumont.
À cela s'ajoute un contrôle renforcé, perçu comme fastidieux et intrusif. Les praticiens doivent justifier l'historique médical complet : confirmation du diagnostic, évolution de l'IMC et de l'HbA1C preuves à l'appui, chronologie des traitements antérieurs… « C’est fastidieux et cela pas toujours réalisable quand les traitements ont été initiés par d’autres collègues. »
Cibler les dérives sans sacrifier la santé publique
Les analogues du GLP-1 ont bouleversé la prise en charge du diabète depuis quinze ans, retardant significativement le passage à l'insuline et limitant la prise de poids des patients. Restreindre leur accès de manière purement administrative fait peser un risque lourd sur la santé publique. Face à ces interruptions de traitement contraintes, l’endocrinologue suggère d'ailleurs que l'institut Sciensano se penche sur les conséquences à moyen terme de cette mesure sur la morbidité et la mortalité des patients diabétiques.
Si la Dre Haumont reconnaît l'existence de dérives dans la prescription – souvent exacerbées par la complexité kafkaïenne de la réglementation et les pénuries à répétition qui obligent à jongler entre différentes molécules –, elle rejette la méthode punitive actuelle. Pour le Dr Haumont, les autorités font preuve d'un « manque de confiance insultant et préoccupant ».
La solution réside, selon la Dre Haumont, dans l'utilisation ciblée des données de santé. Au lieu d'imposer un contrôle chronophage à l'ensemble de la profession, les autorités disposent des outils informatiques nécessaires pour repérer et auditer spécifiquement les médecins dont les volumes de prescriptions de GLP-1 s'écartent significativement des normes. « Plutôt de perdre son temps et notre argent à vouloir mal contrôler, ou sanctionner à tout va, les politiciens devraient nous écouter, combler la pénurie et ne pas nous rajouter des casse-tête administratif. Pour la santé de nos patients diabétiques et la santé mentales des praticiens, il serait opportun de revoir les exigences administratives et de cesser ces absurdités. »









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Yves METENS
27 avril 2026il aurait suffit d'une case à cocher '' patient déjà en tds diabete '' ...( comme pour le coruno)