À la Chambre, le président du MR Georges-Louis Bouchez et le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke se sont opposés sur la question de savoir si les mutualités déclarent trop rapidement des personnes en incapacité de travail de longue durée. En cause, un rapport de l’INAMI montrant qu’une part importante des malades de longue durée peut encore travailler. Georges-Louis Bouchez a vivement critiqué les mutualités : « Il est inacceptable que les personnes qui travaillent paient pour un système dans lequel il y a autant de fraude. »
À l’origine de cet affrontement, un contrôle thématique de l’INAMI portant sur des dossiers d’incapacité de travail de longue durée. L’étude a été lancée en 2024 et finalisée en 2026, sur la base de dossiers de cette même année.
L’analyse s’est concentrée sur un groupe spécifique : des patients considérés par les mutualités comme définitivement inaptes au travail jusqu’à l’âge de la retraite. L’INAMI a prélevé un échantillon de dossiers et les a fait réévaluer par ses propres médecins-inspecteurs.
Cette nouvelle évaluation a livré des résultats marquants. Dans seulement 16 % des cas, il a été confirmé qu’un retour au travail jusqu’à l’âge de la retraite n’était plus possible. Dans 67 % des dossiers, les médecins-inspecteurs ont estimé qu’un retour à la profession d’origine restait possible. Les autres dossiers pointent plutôt vers un travail adapté ou un accompagnement supplémentaire.
Pour Georges-Louis Bouchez, c’est surtout la répétition de ces chiffres qui pèse. Il a renvoyé à des contrôles antérieurs aboutissant à des conclusions similaires. « Ce n’est plus un hasard. » Il a lié ces constats à la situation du marché du travail. Des données du Conseil supérieur de l’emploi montrent que la Belgique reste en tête en matière d’incapacité de travail de longue durée, malgré une forte protection des travailleurs.
Attaque frontale contre les mutualités
Les critiques du président du MR se sont principalement concentrées sur le rôle des mutualités, chargées du suivi médical des patients en incapacité de travail. « Quand cette mascarade prendra-t-elle fin et reprendrons-nous le contrôle via l’État, plutôt que via les mutualités ? », a-t-il interrogé à la Chambre.
Il a également élargi le débat à l’impact budgétaire. À l’horizon 2030, la Belgique pourrait compter près de 700.000 malades de longue durée. Dans ce contexte, il a lié ce dossier à la question budgétaire et à la pression fiscale : demander des moyens supplémentaires est, selon lui, difficile à défendre tant que le système n’est pas renforcé.
Il a en outre explicitement visé la position politique des mutualités : « Elles ne sont plus des lobbies, elles sont elles-mêmes représentées au sein du gouvernement. »
Vandenbroucke : « Nous avons nous-mêmes lancé ce processus »
Frank Vandenbroucke a replacé le rapport dans son contexte, rappelant que l’étude avait été lancée à son initiative en 2024. « Merci de confirmer une nouvelle fois que j’ai pris une bonne initiative en lançant ce contrôle », a-t-il réagi.
Il a évoqué une série de mesures déjà mises en place : des évaluations physiques obligatoires aux quatrième, septième et onzième mois d’incapacité de travail, ainsi qu’une nouvelle évaluation au plus tard après douze mois. « Sans nouvelle évaluation, l’allocation sera arrêtée. C’est ce que nous devons faire. »
Par ailleurs, les mutualités sont désormais responsabilisées financièrement sur la base des résultats de ces contrôles, a poursuivi Frank Vandenbroucke. L’objectif est de renforcer le suivi et de limiter le passage automatique vers l’invalidité de longue durée.
Lire aussi: "Plus de la moitié des malades de longue durée apte à travailler" selon un rapport









Derniers commentaires
Etienne PONCELET
04 mai 2026non seulement il faut contrôler les patients , mais il faut aussi supprimer les mutuelles
Le GD duché du Lux n'a pas de mutuelle et ca marche très bien
Laurence Galanti
04 mai 2026A-t-on pris en compte la pénurie de médecins conseil obligeant les mutuelles à engager des non-médecins (kiné, ...) pour réaliser les visites de contrôle de ces malades ? Quelles compétences et quel crédit ont-ils pour valider ou non la prolongation de la durée de maladie ?
Thomas Jacob
03 mai 2026Beaucoup de patients peuvent probablement travailler mais dans quel contexte?
En sachant qu'un employé coute entre 4 à 6000 euros à un employeur, quel employeur est d'accord de payer cette somme pour un employé avec des lombalgies chroniques ou des troubles de la concentration qui diminuent son efficacité?
Le marché de l'emploi n'est absolument pas adapté remettre les travailleurs diminués au travail