Un reportage « Op de rug van de patiënt » (« Sur le dos du patient »), diffusé par Pano sur la chaine flamande VRT, a provoqué un vif malaise chez de nombreux médecins flamands. Plusieurs organisations dénoncent une émission jugée plus axée sur l’audience et l’émotion que sur une information médicale équilibrée, avec le risque d’alimenter une défiance généralisée envers les praticiens. Une réaction qui aurait probablement été similaire du côté francophone face à une émission comparable.
Le reportage mettait en cause certaines indications opératoires en chirurgie rachidienne, à travers des témoignages de patients et des consultations filmées en caméra cachée. L’émission suggérait que certains praticiens recourraient trop rapidement à des traitements invasifs – infiltrations, fixations vertébrales ou pose de vis – parfois sans examen clinique approfondi.
Ces pratiques ont suscité des critiques au sein même du monde médical. Le Pr Bart Morlion, responsable du Centre de la douleur de UZ Leuven, qualifie dans le reportage de « criminel » le fait de proposer une opération sans examen clinique sérieux. Selon lui, les centres de la douleur revoient régulièrement des patients pour lesquels des questions se posent sur l’indication initiale de chirurgie.
Mais plusieurs médecins flamands dénoncent parallèlement une présentation jugée excessivement unilatérale. Le président du Vlaams Artsensyndicaat, le Dr Jos Vanhoof, évoque «un nouvel épisode de “médecins bashing” ». Selon lui, mettre en avant des cas isolés pour stigmatiser toute une profession « frôle les fake news ».
Des généralistes flamands ont également réagi sur les réseaux sociaux et dans la presse spécialisée. Le Dr Stijn Geysenbergh rappelle que « chaque profession compte ses brebis galeuses », tout en estimant que les preuves d’interventions motivées uniquement par des raisons financières restent faibles. Il souligne aussi les difficultés structurelles de la prise en charge de la douleur chronique en Belgique, notamment les longues listes d’attente dans les cliniques de la douleur et le manque d’accompagnement multidisciplinaire.
Le recours par l’émission à des patients fictifs et à des caméras cachées suscite également des réserves. Plusieurs médecins estiment que cette approche journalistique contribue à donner une image caricaturale de chirurgiens présentés comme des « loups avides d’argent », sans montrer les nombreux patients satisfaits des traitements reçus.
Dans le reportage, un second avis réalisé par le chirurgien rachidien Geert Mahieu aboutissait d’ailleurs à une conclusion différente de celle proposée lors de la consultation filmée. Le spécialiste insistait néanmoins sur le fait qu’il s’agissait selon lui d’une minorité de praticiens. « Je suis convaincu que l’immense majorité des médecins ne réalise ce type d’intervention que lorsqu’elle estime qu’elle est utile », déclarait-il.
Les deux hôpitaux concernés par les cas évoqués ont affirmé ne disposer d’aucun élément démontrant l’existence d’opérations systématiquement inutiles. Ils reconnaissent toutefois des différences d’appréciation entre médecins concernant les indications opératoires, rappelant que la liberté diagnostique et thérapeutique des praticiens est protégée par la législation hospitalière belge.
La Spine Society Belgium a également réagi, ell estime que l’utilisation de cas individuels dans le débat public est « très trompeuse » et ne reflète pas « la réalité médicale ». L’organisation souligne que les douleurs lombaires et les pathologies de la colonne vertébrale figurent parmi les principales causes de douleur et d’incapacité de travail en Belgique.
Selon son président, le Dr Henri-Benjamin Pouleau, les dossiers complexes sont discutés depuis plus de dix ans dans des « spine units » multidisciplinaires réunissant chirurgiens du rachis, neurologues, médecins de la douleur, médecins de réadaptation, kinésithérapeutes et médecins généralistes. Les décisions thérapeutiques, y compris chirurgicales, résulteraient ainsi d’une concertation multidisciplinaire.
La Spine Society Belgium reconnaît toutefois que les résultats d’une chirurgie du dos ne peuvent jamais être garantis totalement, comme pour toute intervention médicale. L’association rappelle aussi que les données relatives aux diagnostics et aux traitements sont déjà transmises aux autorités sanitaires, qui disposent dès lors d’éléments pour suivre les pratiques et élaborer des politiques de santé.
De son côté, la mutualité Solidaris appelle à davantage de transparence sur les résultats des interventions rachidiennes. Le Dr Bart Demyttenaere plaide pour des indicateurs publics de qualité portant notamment sur les complications, les réinterventions ou les résultats rapportés par les patients eux-mêmes.
La mutualité met cependant en garde contre toute « chasse aux sorcières » visant des médecins ou des hôpitaux. Selon elle, un volume élevé d’interventions ne constitue pas automatiquement une preuve de mauvaise qualité, pas plus qu’un faible volume ne garantit de meilleurs soins.








