La prise en charge des infections à cytomégalovirus (CMV) au cours de la grossesse varie encore fortement en Belgique selon les prestataires. Dans un nouveau guide clinique publié mercredi, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) vise à harmoniser les pratiques et à améliorer les soins, tout en plaidant pour un remboursement temporaire du valaciclovir avec collecte systématique de données.
Le guide porte sur le diagnostic, le traitement et le suivi des infections à CMV, en ciblant les questions jugées les plus pertinentes par les professionnels de terrain et les représentants des patients.
Une infection fréquente aux conséquences variables
Le CMV est un virus très courant, généralement bénin chez les personnes en bonne santé, mais susceptible de se transmettre au fœtus pendant la grossesse. Cette transmission peut entraîner des anomalies cérébrales, un retard de croissance ou d’autres atteintes.
À la naissance, les tableaux cliniques sont hétérogènes. « Un petit nombre d’enfants qui ne présentent initialement aucun symptôme développent tout de même des troubles de l’audition et/ou des plaintes neurologiques par la suite (5-15 %) ». À l’inverse, chez les nouveau-nés symptomatiques, « jusqu’à 90 % […] développeront des problèmes persistants – principalement des problèmes d’audition et/ou neurologiques ».
Le KCE souligne que cette incertitude complique le conseil aux parents, certains envisageant une interruption de grossesse lorsque des anomalies graves sont détectées.
Dépistage limité et absence de traitement pour les infections non primaires
En l’absence de vaccin, la prévention repose sur des mesures d’hygiène. « 0,15 à 2 % des femmes enceintes seront infectées par le CMV au cours de la grossesse », parfois pour la première fois (infection primaire).
Le guide ne recommande pas les tests sanguins pour dépister les infections non primaires, jugés insuffisamment précis. En outre, « il n’existe aucune option pour le traitement des infections non primaires au cours de la grossesse ».
Valaciclovir en début de grossesse : une recommandation conditionnelle
En cas d’infection primaire survenant autour de la conception ou au premier trimestre, un traitement par valaciclovir à forte dose « pourrait réduire le risque de symptômes chez le bébé ». Cette recommandation reste toutefois conditionnelle, en raison de données scientifiques limitées.
Le traitement est contraignant, nécessitant « de prendre chaque jour 16 pilules », et n’est pas remboursé dans cette indication. Le KCE relève que cela constitue « un obstacle financier considérable », certaines patientes n’initiant pas ou interrompant le traitement.
Dans ce contexte, le Centre recommande à l’INAMI de rembourser temporairement le valaciclovir, à condition d’une « collecte systématique de données pour le suivi de l’efficacité et de la sécurité ».
Imagerie : éviter les examens inutiles après amniocentèse négative
Chez les femmes présentant une infection primaire, une ponction amniotique est réalisée à mi-grossesse. Lorsque celle-ci est négative, le risque de séquelles liées au CMV est faible.
Le KCE recommande dès lors de ne pas réaliser systématiquement d’examens d’imagerie supplémentaires, tels qu’une IRM ou des échographies additionnelles, y compris chez les patientes traitées par antiviral.
Traitement des nouveau-nés symptomatiques et besoin de données
Les nouveau-nés présentant des symptômes d’infection à CMV peuvent être traités par valganciclovir, afin de réduire le risque de séquelles à long terme, en particulier auditives.
Le KCE insiste enfin sur le caractère encore limité des preuves disponibles et appelle à la mise en place d’études de grande envergure, ainsi qu’à un enregistrement systématique des cas et des traitements, afin d’améliorer les connaissances et les pratiques.
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