Dépistage du cancer colorectal : quand la gratuité ne garantit pas l’égalité

À l’occasion de Mars bleu, la Belgian Society of Medical Oncology, l’association Stop Darmkanker et Takeda Belgiumalertent sur la faible participation au dépistage du cancer colorectal en Belgique. Malgré la gratuité du test, à peine un peu plus d’un Belge sur deux y participe, avec des taux tombant à 33 % à Bruxelles et en Wallonie, selon le rapport 2024 du KCE sur la performance du système de santé.

Le cancer colorectal demeure le troisième cancer le plus fréquent dans le pays, avec près de 8 000 nouveaux cas et environ 2 500 décès par an, soit près de sept décès par jour, d’après le Belgian Cancer Registry. Détecté au stade 1, le taux de survie globale à cinq ans dépasse 90 %. Pourtant, la participation au programme organisé reste insuffisante.

Des modalités régionales inégales

Les différences régionales d’accès au test expliquent en partie ces écarts. En Flandre, l’envoi automatique du kit aux personnes éligibles soutient un taux de participation nettement plus élevé. En Wallonie, le test n’est envoyé automatiquement qu’après une première participation. À Bruxelles, aucun envoi systématique n’est prévu.

À l’étranger, des modèles plus centralisés montrent leur efficacité. Aux Pays-Bas, un programme national reposant sur une gouvernance structurée et l’envoi systématique du kit à domicile atteint un taux de participation de 73 %, selon Digestive Cancers Europe.

Le Pr Dominique Vandijck, co-président de Stop Darmkanker, rappelle l’enjeu sanitaire et économique : « En détectant le cancer colorectal à un stade précoce, nous pouvons éviter beaucoup de souffrance et de décès prématurés. Les patients peuvent être aidés plus rapidement et plus efficacement, avec des traitements souvent moins lourds et de meilleures chances de guérison. Chaque euro investi dans la prévention permet d’éviter plus tard des coûts de soins importants. »

Rôle clé de la première ligne

Au-delà des modalités d’envoi, l’implication des médecins généralistes et des pharmaciens demeure déterminante. Une étude multicentrique contrôlée et randomisée citée dans un plaidoyer de Takeda France montre qu’une formation ciblée des généralistes et une intervention auprès des usagers améliorent la participation, en particulier dans les zones défavorisées.

Lie Chen Ong, responsable oncologie chez Takeda Belgium, insiste sur la nécessité d’un soutien organisationnel : « Il est crucial de soutenir davantage les médecins généralistes et pharmaciens dans leur rôle. Il ne s’agit pas d’alourdir leur charge, mais de leur offrir des outils simples, des procédures plus fluides et un cadre clair pour faciliter l’information, la sensibilisation et, lorsque c’est possible, la distribution du test. Intégrer la discussion sur le dépistage aux consultations de routine ou aux passages en pharmacie peut devenir un puissant vecteur de prévention. »

Des idées reçues persistantes

Le cancer colorectal reste entouré de représentations erronées. Près de 45 % des nouveaux cas concernent des femmes. Des diagnostics sont également posés chez des patients de moins de 50 ans. Parmi les personnes dépistées autour de 72 ans, 20 à 25 % présentent déjà une maladie métastatique, ce qui souligne l’intérêt d’un dépistage plus précoce. Enfin, environ 65 % des cancers colorectaux surviennent de manière sporadique, sans antécédents familiaux identifiés.

Stefan Gijssels, président du Patient Expert Center et survivant d’un cancer colorectal, témoigne : « J'ai eu un cancer de l'intestin métastatique qui a nécessité des opérations, six mois de chimiothérapie et a entraîné quelques complications. Tout cela aurait pu être évité grâce à un simple dépistage, mais à l'époque, celui-ci ne se faisait pas à partir de 50 ans, comme c'est le cas aujourd'hui. Cela nous aurait épargné, à moi et à ma famille, beaucoup de souffrances. »

En Belgique, toute personne âgée de 50 à 74 ans est invitée à réaliser un test immunologique fécal tous les deux ans selon les modalités régionales en vigueur. Pour les acteurs impliqués, la gratuité du dépistage ne suffit pas : simplifier l’accès, harmoniser les pratiques et soutenir la première ligne restent des leviers majeurs pour réduire les inégalités et améliorer la détection précoce.

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