Comment un médecin a-t-il pu, pendant plusieurs années, facturer de fausses prestations pour plusieurs millions d’euros et utiliser des numéros Inami à l’insu de certains prestataires ? Cette question a dominé mercredi les échanges en commission des Affaires sociales de la Chambre, où plusieurs députées ont interpellé Frank Vandenbroucke sur les failles révélées par ce dossier. Le ministre a rappelé que l’enquête judiciaire était toujours en cours, tout en détaillant les mesures destinées à renforcer les contrôles.
La députée Irina De Knop (Anders) a souligné qu’il s’agissait d’une fraude « particulièrement grave et condamnable » qui « nuit non seulement à la sécurité sociale, mais aussi à la confiance dans notre système de soins ». Elle s’est interrogée sur la possibilité d’utiliser pendant plusieurs années des numéros Inami à l’insu des professionnels concernés, mais aussi sur le fait qu’un praticien ayant déjà fait l’objet de constats de fraude ait pu recréer de nouvelles structures et poursuivre ses activités de facturation.
Kathleen Depoorter (N-VA) a replacé le débat dans le cadre plus large de la lutte contre la fraude. La députée a demandé quelles mesures concrètes étaient mises en œuvre pour mieux prévenir et détecter les abus, comment s’organisait la collaboration entre les différents services de contrôle et de quelle manière le gouvernement entendait évaluer l’efficacité de son plan antifraude.
De son côté, Isabelle Hansez (Les Engagés) a estimé que cette affaire mettait en lumière « des failles préoccupantes dans notre système de contrôle ». « La crédibilité de notre système repose sur une exigence claire : tolérance zéro face aux abus, mais aussi efficacité réelle des contrôles », a-t-elle déclaré, en plaidant pour une meilleure détection précoce des fraudes et une coordination renforcée entre administrations et autorités judiciaires.
Dans sa réponse, Frank Vandenbroucke a qualifié le dossier d’« abus manifestement scandaleux de notre système par un individu ». « C’est inacceptable et cela porte atteinte non seulement à la capacité financière de la sécurité sociale, mais aussi à la réputation de la grande majorité des prestataires qui exercent leur métier correctement et avec intégrité », a-t-il affirmé.
Le ministre a toutefois souligné que cette affaire révélait également des problèmes plus structurels. « Il s’agit en outre de l’abus d’un système initialement mis en place pour faciliter la création de structures de soins infirmiers. Les failles identifiées doivent donc être traitées de manière structurelle », a-t-il déclaré.
Sans commenter le fond du dossier, toujours à l’instruction, Frank Vandenbroucke a indiqué que l’auditorat du travail souhaitait finaliser son enquête avant la fin de l’année. Il a ensuite détaillé plusieurs mesures du plan antifraude 2026-2030.
Parmi celles-ci figure une meilleure visibilité des prestations facturées au nom des patients via les plateformes des mutualités. Le ministre a également confirmé l’extension progressive de la lecture obligatoire de la carte d’identité électronique comme condition de remboursement. Déjà facultative chez les dentistes utilisant le tiers payant électronique, cette vérification deviendra obligatoire dans ce secteur à partir d’octobre 2026 avant d’être étendue aux autres prestataires en contact direct avec les patients, notamment les médecins et les kinésithérapeutes.
Frank Vandenbroucke a également cité la suspension du numéro Inami pour les fraudeurs récidivistes, tout en reconnaissant que cette mesure n’aurait pas suffi à elle seule dans le dossier actuellement examiné. Il a davantage insisté sur le recours obligatoire à eMandate, à ProSanté et sur le renforcement des contrôles liés à la facturation de groupe. « Les prestataires doivent pouvoir voir ce qui est facturé en leur nom et personne ne peut être ajouté à un groupement sans le savoir », a-t-il résumé.
Selon le ministre, les 51 actions du plan antifraude feront l’objet d’indicateurs spécifiques et d’une évaluation semestrielle par la Commission antifraude. La collaboration entre le Service d’évaluation et de contrôle médicaux (SECM), les organismes assureurs, l’Agence intermutualiste, la cellule de données de l’Inami et l’auditorat du travail doit également être renforcée.
> Découvrir l'intégralité de l'interpellation
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Derniers commentaires
Francois Planchon
27 juin 2026Ces abus ne datent pas d'hier... et nos ministres "compétents" auraient dû, depuis, remédier à ces abus de facturation en soins infirmier, utilisant la procuration que tout infirmier salarié DOIT donner à son employeur pour qu'il puisse facturer en son nom ses prestations...
LA solution serait l'obligation de communiquer mensuellement à chaque prestataire "INAMI" un listing avec le relevé JOURNALIER des prestations effectuées en son nom (sous sa responsabilité..), avec le nombre d'heures de travail affectés à cette journée : les abus et une sur-facturations passeraient moins facilement...
Ceci entraîne une autre réflexion : les patrons de ces sociétés "véreuses" ont des employés administratifs qui sont nécessairement complices de ces facturations excessives... car on leur demande de manipuler les feuilles de route des infirmiers... Ils ne sont pas inquiétés ?
Je pense en particulier à une société de Hannut de soins à domicile, que je ne nommerais pas, en 2012, qui utilisait une série d'abus pour s'enrichir, ce qui avait même permis au patron de rouler en... Ferrari...
- le patron qui n'avait pas terminé les études d'infirmier faisait lui-même des prestations et les répartissait au nom de ses employé(e)s infirmier(e)s pour la facturation INAMI..
- il payait ses infirmier(e)s 8h sur base d'une grille de prestations impossible à réaliser sur 8h... et ne payait évidemment pas les heures réellement prestées...
- Il surfacturait des prestations non effectuées chaque fois que c'était +/- "crédible"
Il a été attaqué au tribunal du travail par son personne infirmier... et a mis sa société en faillite pour se rendre insolvable... Il a recréé une nouvelle société de matériel médical après la fin de ses déboires...
Visiblement, des signaux d'alerte comme celui-là, en 2012, n'ont pas suffi...
A partir de quand des politiciens n'ayant pas correctement géré les deniers publics ne devraient-ils pas devenir solidaires des remboursements des manquements non combattus ?
La question mériterait d'être abordée pas nos représentants et syndicats... Pour réflexion !
Charles KARIGER
22 juin 2026Mais où iront les "montagnes" de pognons ainsi récupérées ? Aux soins, aux soignants ? Faudrait être drôlement c*** pour y croire.
Robin GUEBEN
21 juin 2026Je veux pas être méchant mais il faut engager des gens plus intelligents à l'INAMI. Pour le moment le mode de fonctionnement principal du contrôle est la surveillance des profils et les détections par rapport à la moyenne, ce qui est malin pour le quantitatif mais pas du tout pour le qualitatif. Les médecins de missions investis dans leur travail se font constamment emmerder : trop d'antalgiques alors que dans un trauma centers, trop d'antidépresseurs et de calmants alors que dans un asile psychiatrique, trop de psychotropes alors que SAJ/SPJ avec troubles psy attestés par psychiatre, trop de rémunération global ou trop de rémunération de tard alors que simplement fort bosseur. Le médecin fraudeur qui reste à la marge passe inaperçu des radars puisqu'il se greffe comme un parasite au système : véritable fraude systémique...
L'autre système de contrôle est une mauvaise application du protocole (préparez-vous parce qu'ils sont en train de nous pondre une médecine par protocoles) donc l'INAMI interpelle si on sort du protocole. Si vous travaillez en maison de repos et que vous avez une visite d'urgence qui s'ajoute à la visite de groupe sur la matinée, vous recevez un courrier (moi je contrôle pas le destin et je travaille pas bénévolement) ; si le corset est merdique et qu'il faut le changer vous recevez un courrier pour justification de dépassement de 200% de la prestation autorisée (je suis pas responsable du travail du prothésiste et révise tes statistiques petite inamiste) ; si un C4 est posé pour une maladie organique en cours d'investigation (une maladie d'Addison ça m'a pris du temps pour la confirmer à 100%) les inamistes ne comprennent pas ils veulent une maladie fixe malgré le fait que les indices sont probants. Tout ça pour dire, vous avez un médecin conformiste mais qui ne fait rien, il se fera jamais emmerder puisqu'il reste à sa place à suivre les protocoles.
Bref des gens plus intelligents à l'INAMI et vous aurez des meilleurs contrôle aux vrais fraudes systémiques, à faible variance et à haute variance proche de la moyenne. Permettant de foutre la paix aux soignants qui ont des pratiques atypiques à faible variance ou à haute variance éloignées de la moyenne.