Le système de soins de santé belge représente environ 5% des émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays. Dans un communiqué diffusé jeudi, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) indique qu’une première évaluation, encore très préliminaire, de la soutenabilité environnementale du secteur met en évidence plusieurs signaux défavorables. Sur seize indicateurs déjà analysés, huit sont dans le rouge, un seul dans le vert et sept n’ont pas pu être notés faute de point de référence adéquat.
Le KCE précise que cette analyse constitue « une première en Europe » et vise avant tout à « identifier des aspects qui méritent d’être explorés de façon plus poussée ou nécessitent des interventions prioritaires ». L’institution insiste également sur la prudence, la disponibilité de données de qualité et de points de comparaison restant limitée.
Les résultats montrent que l’empreinte environnementale du secteur est largement indirecte. Plus de 80 % des émissions sont des émissions de portée 3, « dont plus de la moitié sont liées aux produits médicaux et en particulier aux médicaments ». Les émissions directes représentent 11 % du total, avec « près de 1,3 million de tonnes d’équivalents CO₂ » en 2023, en hausse de 71 % depuis 2012 selon la nouvelle méthodologie. Les hôpitaux concentrent 55 % des émissions du secteur, contre 22 % pour les soins ambulatoires.
Une part non négligeable de ces émissions est liée aux infrastructures. Les bâtiments et la consommation d’énergie représentent « un peu moins de 15 % des émissions directes et indirectes de GES du secteur des soins », dans un contexte de forte dépendance aux énergies fossiles.
Pour les médecins, plusieurs leviers cliniques apparaissent directement liés à l’empreinte environnementale. Du côté des traitements respiratoires, la proportion d’inhalateurs à faible empreinte carbone reste élevée pour les traitements d’entretien (77,4 % du nombre total de prescriptions d’inhalateurs ICS-LABA), mais nettement plus faible pour les inhalateurs de secours (44,6 % du nombre total de prescriptions d’inhalateurs SABA). Ces dispositifs représentent à eux seuls 0,4 % des émissions du secteur.
Les gaz anesthésiants constituent un autre point d’attention. Ils sont « responsables d’environ 3 % de l’empreinte carbone du secteur », avec un impact climatique qui reste supérieur à la moyenne européenne.
Au-delà des émissions, le rapport met en évidence le poids des déchets. En Flandre, le secteur des soins de santé a généré 106 kilotonnes de déchets en 2024, soit un peu moins de 16 kg par habitant. Dans les hôpitaux, « les déchets médicaux constituaient la catégorie la plus importante (40 %) », et les déchets médicaux (dangereux ou non) étaient « presque toujours incinérés (97 %) ».
L’analyse met également en évidence d’importantes lacunes en matière de données, notamment pour la gestion des eaux, des déchets ou de l’économie circulaire, encore partiellement documentées. Le KCE rappelle qu’il s’agit d’un champ « encore relativement récent et en rapide évolution ».
Enfin, le communiqué insiste sur un point central pour la pratique médicale. « La soutenabilité environnementale du système de soins de santé dépend aussi et peut-être avant tout de son utilisation adéquate ». Toute surconsommation ou intervention non indiquée génère « un impact environnemental finalement inutile ».
Le KCE souligne que le secteur « ne fonctionne pas en autarcie » et que l’essentiel de l’empreinte dépend des chaînes d’approvisionnement, notamment des médicaments. Dans ce contexte, l’institution estime que les efforts devront être intensifiés à tous les niveaux, dans et au-delà du système de soins.
> Découvrir la synthèse du rapport
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Derniers commentaires
Christian DELCOUR
29 avril 2026-pas un mot sur la sobriété numérique
-pas un mot sur l'empreinte des achats de médicaments et appareils lourds etc... achetés hors union européenne
-il faudrait instaurer un véritable étiquetage de chaque produit acheté avec sa signature Co2 totale (fabrication, transport, utilisation)
-rendre obligatoire dans les cahiers des charges l'empreinte écologique du produit (fabrication, transport, utilisation)
Denis Tack
24 avril 2026Il est intéressant de constater qu'un examen d'IRM consomme quatre fois plus de grammes de CO2 qu'un CT scanner. Le dogme pour la santé est de donner le moins de rayonnement possible au patient puisqu'il est question d'une augmentation du risque de cancer lié aux RX. Le principe ALARA est de rigueur. La quantification de ce risque reste toute théorique et repose sur la théorie linéaire sans seuil (LNT - linear no-threshold): le risque est proportionnel à la dose.
Gardons en tête que c'est théorique et jamais démontré sur l'homme adulte.
On se doit donc de faire une IRM plutôt qu'un scanner même si le scanner est équi-performant et moins cher.
Et voilà qu'on veut aussi réduire l'empreinte carbonne, laors que l'IRM est le poste qui consomme le plus d'énergie dans un hôpital.
La NRC (agence américaine de radioprotection) est sur le point d'abandonner la LNT et le principe ALARA pour la construction et la gestion des centrales nucléaires. Appliqué à la médecine, l'abandon de la LNT permettrait de résuire l'empreinte carbonne des hôpitaux.
Ce sujet mériterait d'être adressé par des experts "neutres", CAD indépendants des agences de radioprotection.