L’impact de Mai 68 en médecine: Jacques de Toeuf se souvient

Si les syndicats médicaux n’ont pas joué un rôle actif dans les événements de Mai 68, leurs dirigeants n’en furent pas moins des témoins privilégiés de la révolte étudiante. Celle-ci les concernait à travers l’implication de futurs médecins, mais aussi à cause des modifications que ces événements ont directement ou indirectement provoquées dans le secteur médical et, plus largement, celui des soins de santé.


Jacques de Toeuf, actuellement vice-président de l’ABSyM, était en deuxième doctorat et en stage hospitalier depuis plusieurs mois lorsque la révolte étudiante a commencé. «La dispersion des étudiants des 2ème au 4ème doctorats dans leurs lieux de stages, fait que les futurs médecins sont assez loin de la faculté de médecine à l’époque, qui, elle-même se trouve à la porte de Hal, assez loin du campus du Solbosch. De plus, les étudiants en médecine sont très focalisés sur l’apprentissage du métier et moins engagés dans des débats d’idées politiques ou philosophiques.»
Pour de Toeuf, l’évolution des moeurs et des pratiques dans le secteur médical a été impressionnante, mais «il est difficile de dire quelle a été la part des suites de Mai 68 à cet égard». L’évolution sociétale avait déjà commencé avant, avec notamment l’accès à la «pilule» dans les années 60, les manifestations en faveur de l’avortement et, plus tardivement, la dépénalisation de celui-ci. A ce propos le leader syndical rappelle qu’il a fait en 1969 un stage passionnant de deux mois dans le service du Dr Willy Peers (Peers, gynécologue à Namur, fut condamné en 1973 à une peine de prison ferme pour avoir procédé à l’IVG d’une jeune femme handicapée -ndlr).Plus tard, à la génération suivante, il y a eu une modification assez sérieuse de la façon d’enseigner la médecine, collant notamment plus à la réalité clinique du moment. «Certains cours étaient totalement dépassés par la réalité clinique de l’heure. Le passage dans les hôpitaux corrigeait les cours.»  

Jacques de Toeuf, lui aussi, souligne l’importance qu’a eue la fin du mandarinat dans les hôpitaux. Sur le plan médico-social, par contre, ce sont plutôt les relations conflictuelles entre les groupes de représentation du monde médical et le politique qui ont marqué ces années-là. 

L’émergence des maisons médicale, malgré le sérieux problème que continue de poser à ses yeux le choix de la médecine au forfait pour certaines, a aussi marqué ces années-là. Jacques de Toeuf fait remarquer que leurs médecins ont été des précurseurs pour une médecine exercée dans un cadre pluridisciplinaire. Elles ont également joué un rôle positif dans la prise en charge des toxicomanes, dont le nombre commençait sérieusement à augmenter à l’époque.
On a vu, à travers les années, une modification du paysage de la médecine générale, fait-il encore remarquer. C’est le moment aussi de l’apparition des groupes Balint, marquant également une sortie des seuls sujets purement scientifiques. On s’intéressait désormais à la santé du patient dans l’acception la plus large de ce terme, incluant notamment les facteurs psycho-sociaux. 

 > Cliquez ici pour voir la vidéo Mai 68 des archives Sonuma

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