«Dans le paysage hospitalier actuel, il faut savoir faire les bons choix stratégiques»

Le Dr Marc Blaimont, chef du service de cardiologie d’Helora (6 sites), membre et trésorier du conseil médical (de l’agrément Jolimont-Lobbes), dirige un service dont l’activité est en pleine croissance. Ce cardiologue interventionnel, formé au management hospitalier, a fait évoluer son service dans un contexte financier tendu.

« En Région wallonne, notre activité est impressionnante. Notre service regroupe 6 sites hospitaliers : Jolimont, Lobbes, Nivelles, Tubize, Constantinople et Warquignies. Nous sommes plus d’une trentaine de cardiologues, en ce compris nos consultants, notamment au sein du CathLab », explique le Dr Marc Blaimont, qui a repris la direction du service fin 2021.

« Notre service de cardiologie le plus lourd est celui du site de Jolimont, agréé B3 (1), où ont lieu des procédures telles que les ablations de FA, les TAVI, les PCI complexes et les CTO, les fermetures d’auricule gauche/FOP/CIA, les mises en place de défibrillateurs automatiques implantables », explique ce cardiologue interventionnel de formation.

En 2025, le service a réalisé un peu plus de 1 200 angioplasties sur le site de Jolimont et un peu moins de 500 angioplasties sur le site de Constantinople.

« Nous avons effectué ± 600 ablations de FA et un peu plus de 100 implantations de défibrillateurs, nous positionnant comme l’un des plus grands centres wallons dans le domaine. »

En 2025, le service de cardiologie à 6 sites d’Helora a également publié une trentaine d’articles scientifiques tout en participant à plusieurs études cliniques et en déployant des technologies innovantes.

Pression financière

« En raison de la situation économique de nos hôpitaux, devenus “vieillots”, nos locaux sont clairement inadaptés à notre activité actuelle. Nous disposons de 3 salles de cathétérisme sur le site de Jolimont et de 2 sur le site de Constantinople », explique le chef de service. « Nous sommes clairement dans une période de transition grevée d’incertitudes au sein de notre réseau. Je dois sans cesse défendre mon budget de fonctionnement devant le comité de gestion. Les difficultés au sein des services paramédicaux, et notamment celui du nursing, mais aussi des services de soutien tels que, entre autres, le secrétariat et l’IT, mettent à mal la mise en œuvre d’un programme de développement. Que dire quand, au final, médecins et infirmières/infirmiers doivent sans cesse s’accommoder d’un système informatique particulièrement rébarbatif et, au final, sont plus à son service plutôt que de pouvoir bénéficier de son aide. »

« Quelle sera enfin la capacité de nos institutions hospitalières à poursuivre un réel programme d’investissements ? Il faudra probablement faire des choix stratégiques en y intégrant les difficultés à trouver l’équilibre entre la quantité, la qualité des soins et le financement de ces activités », ajoute le Dr Marc Blaimont.

Conflit générationnel ou évolution prévisible des mentalités

Le chef de service ne cache pas ses difficultés de recrutement de jeunes cardiologues. « Même si notre service de cardiologie est connu, reconnu et attractif, il devient de plus en plus difficile de pouvoir engager des jeunes cardiologues fraîchement sortis de nos universités. Nombre d’entre eux font le choix d’une pratique médicale exclusivement extrahospitalière, au risque de se déconnecter complètement, au bout de quelques années, de la médecine hospitalière, les privant ainsi non seulement de la confrontation directe à des pathologies variées, souvent complexes et parfois rares, tout comme de l’enrichissement personnel par le partage des connaissances scientifiques sans cesse réactualisées avec la communauté, non seulement cardiologique mais aussi d’autres spécialités. »

Des programmes de fellowship ont été mis en place dans ce service de cardiologie, offrant l’opportunité de participer activement à la transmission d’un savoir-faire, mais aussi, de manière évidente, de favoriser le recrutement potentiel de futurs nouveaux cardiologues qui rejoindront l’équipe.

« Créer un terreau fertile reste une priorité pour donner de l’espace à nos jeunes engagés », conclut le Dr Marc Blaimont.

Comprendre la complexité du secteur

Marc Blaimont estime que son défi actuel est de pouvoir parvenir à poursuivre le développement de son service dans un climat économique extrêmement tendu, un environnement institutionnel incertain et l’annonce d’une toute proche grande réforme du financement des soins de santé.

Et de conseiller aux futurs chefs de service de s’impliquer avec force, vigueur et rigueur dans la gestion afin de mieux appréhender le fonctionnement du secteur hospitalier. « Il faut pouvoir et savoir analyser les chiffres et les données pour faciliter les échanges et les discussions avec le gestionnaire. Et même si ce n’est pas l’essence de notre métier de base, la formation en gestion est un prérequis évident », soutient ce chef de service détenteur d’une maîtrise en management des institutions de soins et de santé de la Solvay Brussels School of Economics and Management.

(1) Programme complet de soins cardiologiques, en ce compris la chirurgie cardiaque hors transplantation réservée aux milieux universitaires.

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Derniers commentaires

  • Stéphane Rillaerts

    04 mai 2026

    Un beau défi à relever.

  • Pierre HANOTIER

    04 mai 2026

    Notre système de financement à l’acte, en l’occurrence du « tout au cathétérisme » favorise outrancierement les services à forte nomenclature comme la cardiologie. Le développement de ces mégas cathlab n’est plus un choix stratégique pour un gestionnaire mais une opportunité de renflouer ses caisses. Le budget pour la prévention, approche beaucoup plus intelligente sociétalement, est complètement absorbé par ces actes « réparateurs ». Quand passerons-nous à un système d’assurance santé plutôt que d’assurance maladie?

  • Olivier DELAERE

    04 mai 2026

    Dans le paysage hospitalier actuel, il faut savoir faire les bons choix stratégiques, et notamment éviter que les indications de chirurgie cardiaque soient délibérément référées en dehors de son propre réseau sous peine de perdre son agrément