La gouvernance du CHRSM a été fortement modifiée en 2025. Le nouveau duo à la tête de l’hôpital - Claude Melen, directrice générale, et Edouard Hosten, directeur médical - ont l’objectif de redresser les comptes de l’institution namuroise en trois ans et de développer l’activité médicale sur les sites Sambre et Meuse en les spécialisant. Un Conseil médical commun va être créé.
« Depuis la reprise du CHRSM par Solidaris, en janvier 2025, nous estimons que nous avons intérêt à essayer de développer un grand ensemble sur deux sites. Nous sommes bien conscients qu’il n’est pas opportun de réaliser les mêmes activités médicales partout. Ce n'est pas non plus tenable financièrement », explique Claude Melen, directrice générale. « Nous sommes dans des contextes concurrentiels, que ce soit sur le territoire de Namur ou sur celui d’Auvelais. Bien avant la note des experts qui a été publié en décembre 2025, nous avions déjà présenté en septembre 2025 au Conseil d'administration une stratégie basée sur la spécialisation de nos sites hospitaliers. »
« Nous avons décidé que les axes prioritaires pour le site Sambre seraient la revalidation, la santé mentale et les soins palliatifs. Pour le site Meuse, les axes de développement prioritaires sont structurés autour des activités aigues et du pôle femme-mère-enfant », poursuit Edouard Hosten (photo), directeur médical. « Sur nos deux sites, nous voulons développer une offre de soins qui tiennent compte du virage ambulatoire. Il doit vraiment être renforcé sur nos deux sites, mais en particulier à Auvelais. L'offre de soins gériatriques sera aussi développée sur les deux sites dans des formes qui seront peut-être différentes sur Meuse et sur Sambre. Nous voulons aussi garder une offre de soins non programmés sur le site Sambre.»
Le directeur médical attend encore la traduction politique de la note des experts d'ici le mois de juin. « Cette note a forcément alimenté notre réflexion, mais de nombreux autres facteurs nous poussent à suivre cette direction-là.»
Un recrutement complexe
Comme de nombreux hôpitaux, le CHRSM doit faire face à la problématique de recrutement des médecins et infirmiers. «Les équipes médicales sont beaucoup plus fournies sur le site de Meuse. Les solutions pérennes pour le développement de Sambre passent par la mise sur pied d’équipes transversales », estime la directrice générale. « Nous avons dû fermer la maternité à Auvelais parce que nous manquions de ressources médicales. Finalement cette période de crise s’est transformé en une opportunité. Il y avait deux gynécologues sur le site Sambre, il y en a maintenant onze pour l’ensemble du CHRSM. Nous avons pu rendre le site Sambre attractif parce que les gynécologues intègrent des équipes plus grandes et peuvent mieux se répartir les gardes. Nous avons quasiment récupéré le nombre d’accouchements perdus lors de la fermeture de la maternité. Nous comptons généraliser cette approche transversale pour l'ensemble de nos spécialités et permettre de cette façon de rouvrir des consultations sur la clinique d’Auvelais.»
« Vu ce qui nous attend à l’avenir en termes de capacité de recrutement médical, nous sommes obligés, pour rester attractifs, de transversaliser les équipes », précise le Dr Hosten. « Nous devons aussi proposer un modèle cohérent aux médecins. Notre projet doit se construire avec le corps médical. La répartition de l’offre de soins et la structuration de trajets de soins intégrés au niveau des deux sites doivent être pensés avec nos médecins. »
Réduire la concurrence
Dans un contexte namurois tendu, Claude Melen est convaincue qu’il ne faut pas entretenir la concurrence actuelle entre les hôpitaux. « Il faut plutôt trouver des synergies et que chacun développe ses lignes de force. La difficulté du recrutement médical, la proximité et le resserrement des moyens financiers nous incitent à ouvrir la porte à des partenariats avec d'autres hôpitaux pour ne plus proposer toutes les activités partout. Au-delà de cette stratégie, nous avons aussi notre ADN. Le CHRSM est un hôpital universel qui défend des valeurs publiques. »
Dans l’optique de la collaboration renforcée entre les sites du CHRSM, le Dr Hosten reconnaît que la mobilité des médecins sera un défi majeur. « Il faut convaincre de la pertinence du projet. Pour ma part, je trouve que travailler sur plusieurs sites offre une véritable plus-value humaine et clinique. »
Retour à l’équilbre en 2028
Et autre défi de taille est le redressement financier de l’hôpital. « On connaît le contexte dans lequel Solidarité a repris l'hôpital. Il est en difficulté. On ne va pas se le cacher. Nous, avons un plan de retour à l'équilibre sur 3 ans, à l'horizon 2028. D'ici là, évidemment, nous devons montrer des signaux positifs afin de rendre la confiance au secteur bancaire pour retrouver une capacité pour lever des fonds. Nous avons mis une série de mesures en route pour réaliser cette transformation. Notre attitude est perçue de manière assez positive par le secteur bancaire », explique Claude Melen.
Un autre signal positif pour les banques est l’accord, obtenu le 30 mars lors d’une assemblée générale des médecins, de créer lors des prochaines élections médicales un Conseil médical unique pour le CHRSM.
Pour Edouard Hosten, «au niveau de la gouvernance médicale, il est vraiment fondamental, quand on veut porter un tel projet, d’avoir un interlocuteur avec lequel on puisse vraiment discuter de manière stratégique et transversale des enjeux. »
« Nous avons des projets et des ambitions, mais nous devons rester réalistes. Il nous manque le levier financier », reconnaît Claude Melen. « Dès que nous aurons renoué avec le cercle vertueux de la capacité d'emprunt, nous pourrons nous réinscrire dans les plans de construction. L'objectif est de retrouver à court terme, le plus rapidement possible, le levier financier. Nous visons aussi des gains de de productivité. L’intelligence artificielle peut y contribuer tant au niveau médical qu’administratif. Notre gouvernance a beaucoup évolué l’année passée. De nouveaux comités ont été créés. Au niveau du Comité de direction, nous avons aussi mis en place une direction de l'excellence opérationnelle expérience patient. L’objectif est d’optimiser nos processus pour les rendre plus efficients et d’améliorer l'expérience patient. »
> Lire l’intégralité de l’interview dans Le Spécialiste N°249
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