Loi-cadre : l’UBPS appelle à préparer une mobilisation nationale

La publication de la loi-cadre au Moniteur belge marque un tournant dans les relations entre les professionnels de santé et les autorités, estime l’Union belge des prestataires de soins (UBPS-BUG). Dans un communiqué, l’association affirme que 96,1% des 1.120 professionnels consultés considèrent que la concertation ne suffit plus et appelle à préparer une mobilisation nationale du secteur des soins de santé.

L’UBPS-BUG rappelle que, pendant plusieurs mois, les professionnels ont participé aux concertations, répondu aux consultations publiques et transmis leurs observations sur la loi-cadre ainsi que sur le test de proportionnalité. « Des milliers de réactions ont été formulées. Des milliers de professionnels ont pris le temps de participer au débat. Pourtant, la loi-cadre a été publiée », souligne l’association.

Pour mesurer l’état d’esprit du terrain, l’UBPS-BUG a mené une consultation nationale auprès de 1.120 professionnels de santé, dont 787 francophones et 333 néerlandophones. En raison des canaux de diffusion utilisés — réseaux professionnels, presse médicale, organisations représentatives et relais syndicaux — les répondants sont principalement des médecins et des dentistes.

Selon les résultats communiqués, 76,4% des répondants souhaitent qu’une mobilisation forte ou une grève nationale fasse partie de la prochaine étape du mouvement. Ils sont 87,5% à demander l’engagement d’actions juridiques et 67,9% à soutenir une stratégie combinant mobilisation nationale et recours juridiques. À l’inverse, seuls 3,9% considèrent que la concertation seule constitue encore une réponse suffisante.

« 96,1% des répondants estiment donc que le temps de la simple concertation est révolu », résume l’UBPS-BUG, qui voit dans ce résultat « un signal d’alarme majeur » pour des professions historiquement peu enclines aux mouvements sociaux.

L’association relève aussi une demande forte de réponse commune de l’ensemble des professions de santé. Médecins généralistes, médecins spécialistes, dentistes, hygiénistes bucco-dentaires, kinésithérapeutes, logopèdes, infirmiers et sages-femmes seraient concernés par les mêmes inquiétudes face aux réformes en cours.

« Le terrain ne demande pas uniquement une mobilisation. Il demande une mobilisation unitaire », insiste l’UBPS-BUG. Selon l’association, les réformes engagées dépassent désormais les intérêts d’une profession particulière et concernent « l’avenir même du système de santé belge ».

Les inquiétudes exprimées dépassent également les seuls aspects financiers des réformes. « Les témoignages recueillis dans notre consultation, tout comme les nombreuses réactions exprimées lors du test de proportionnalité et des débats récents dans la presse médicale spécialisée, font apparaître des préoccupations récurrentes », souligne l’organisation. Celle-ci cite notamment l’augmentation constante de la charge administrative, la multiplication des obligations de justification, le renforcement des mécanismes de contrôle, le durcissement des sanctions administratives ainsi que le développement de dispositifs « perçus comme reposant davantage sur la suspicion que sur la confiance ».

L’UBPS-BUG évoque également une restriction progressive de l’autonomie thérapeutique, une intervention croissante de l’administration dans l’organisation des soins, le développement de mécanismes de forfaitisation, une standardisation grandissante des pratiques et une pression accrue sur les modes d’exercice indépendants.

« Le système de santé belge s’est historiquement construit sur la confiance accordée aux professionnels de santé. Aujourd’hui, de nombreux professionnels de santé ont le sentiment que cette confiance est progressivement remplacée par une logique de contrôle, de suspicion et de gestion administrative », écrit l’association.

Pour l’UBPS-BUG, l’enjeu dépasse désormais la seule question des honoraires. « Pour beaucoup de professionnels, la question n’est plus uniquement celle des honoraires. Elle est devenue celle du modèle de soins que nous souhaitons pour demain », poursuit-elle. L’organisation oppose un modèle fondé sur « la responsabilité professionnelle, l’autonomie clinique, la liberté thérapeutique et la confiance » à un système davantage guidé par « des contraintes administratives, des objectifs budgétaires et des décisions prises à distance du terrain ».

L’association annonce qu’elle engagera immédiatement des contacts avec les organisations représentatives du secteur afin de préparer une mobilisation nationale et d’examiner les modalités d’actions communes. « Le message du terrain ne peut plus être ignoré », estime-t-elle.

Tout en privilégiant une démarche unitaire, l’UBPS-BUG prévient que l’absence d’unité ne pourra plus servir de prétexte à l’inaction. « Les professionnels de santé se sont exprimés. Le terrain a parlé. L’UBPS-BUG respectera le mandat qui lui a été confié. Avec les autres organisations si elles souhaitent rejoindre le mouvement. Mais, s’il le faut, également seule », conclut-elle. « Cette fois, il devra être entendu. »

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