La pénurie dans les professions de soins continue de s’aggraver. En commission Santé du Parlement wallon, les échanges ont révélé un secteur à bout de souffle. Si le Gouvernement wallon déploie, avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, une nouvelle stratégie d’attractivité, l’opposition (PS et PTB) réclame des actes urgents sur les normes d’encadrement et les salaires.
Les chiffres évoqués au Parlement wallon traduisent un décalage inquiétant entre les besoins de santé et les forces vives disponibles. En l’espace de quelques années, le nombre d’étudiants en soins infirmiers a chuté de 4 000 à 2 600. Plus préoccupant encore, un infirmier sur trois envisagerait de quitter son poste. Face à cette hémorragie, le Gouvernement wallon et celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont adopté une stratégie commune (1).
Celle-ci repose, pour rappel, sur cinq leviers : l’amélioration des conditions de travail, l’adaptation des formations, la valorisation de l’image des métiers, la diversification des recrutements et l’action sur les facteurs de la demande de soins. « Nous ne sommes pas dans une phase théorique, des actions sont déjà en cours », a défendu le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, évoquant notamment des tests de simplification administrative dans les maisons de repos et l’intégration en cours de la fonction d’assistant en soins infirmiers.
« On ne réenchantera personne sans investir »
Mais sur les bancs de l’opposition, l’enthousiasme est tempéré par l’absence de mesures immédiates sur la charge de travail. La députée Rachida Aït Alouha (PTB) pointe l’obsolescence des normes d’encadrement : « L’attractivité sans changement concret des conditions de travail, c’est une illusion. » Un constat partagé par Sabine Roberty (PS), qui rappelle que les premières pistes de simplification administrative évoquées par le ministre ne soulageront pas directement « l’infirmière aux soins intensifs qui ne fait pas de facturation ». Elle insiste sur la nécessité de revaloriser les salaires via les accords du non-marchand : « Si l’on n’investit pas dans le salaire, on ne réenchantera personne. »
Une mécanique encore en construction
Le ministre a défendu une approche transversale. Selon lui, la stratégie sur les métiers du soin doit avancer de pair avec la réforme de la première ligne, les futures organisations locorégionales de santé et la refonte du paysage hospitalier wallon discutée à la CIM Santé. L’idée est de sortir d’une logique fragmentée et de mieux articuler les soins entre domicile, institutions et hôpital.
Dans l’immédiat, le dispositif repose surtout sur une mécanique de pilotage : task forces thématiques, gouvernance partagée entre administrations et niveaux de pouvoir, feuille de route annoncée pour juin 2026. Sur le financement, l’exécutif reste prudent : il entend avancer à moyens constants, avec l’espoir de dégager ensuite des marges via le non-marchand.
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