Que veut Ahmed Laaouej pour les hôpitaux bruxellois ?

Depuis son entrée en fonction comme ministre bruxellois chargé notamment de la Santé et de l’Action sociale, Ahmed Laaouej dit avoir pris le temps de rencontrer les acteurs du secteur avant de fixer son cap. Hôpitaux publics, investissements, urgences, pôles d’excellence, attractivité pour les spécialistes : il détaille ses priorités dans un entretien exclusif au Spécialiste. Avec une confidence : « J’ai lu la presse médicale très tôt dans ma vie, mon frère a démarré sa carrière comme généraliste. »

Sur le volet hospitalier, Ahmed Laaouej défend notamment le maintien des investissements, le renforcement des pôles hospitaliers universitaires et le développement de centres d’excellence. Il entend aussi préserver l’équilibre entre secteur public et secteur non public et éviter que les difficultés financières des établissements ne fragilisent l’offre de soins et l’attractivité de Bruxelles pour les médecins spécialistes.

1. Médecine générale et services d’urgence

À son niveau, il veut aussi faire évoluer les habitudes des Bruxellois en matière de recours aux services d’urgence : « Je ne souhaite pas opposer la médecine générale et les services d’urgence. Je plaide pour renforcer les trajets de soins, en s’appuyant notamment sur les guichets mutualistes et les maisons médicales comme points d’ancrage de proximité. Je salue au passage les initiatives de certains hôpitaux qui ont installé un poste de médecine générale au sein même de leurs urgences. »

2. Hôpitaux : préserver l’attractivité bruxelloise

Interrogé sur le risque de voir des spécialistes quitter la Région si cette dernière devait avoir des hôpitaux dont la qualité et le financement seraient en baisse, il a été clair : « Nous devons être vigilants à propos de cette question. J’insiste sur l’importance de préserver les pôles hospitaliers universitaires bruxellois : il s’agit d’un atout académique et scientifique majeur. J’ai conscience que nous devons tenir compte des arbitrages budgétaires fédéraux. Dans un contexte de recherche d’économies évaluées à dix milliards d’euros, je n’hésite pas à pointer une tendance récurrente des gouvernements de droite à utiliser la sécurité sociale comme variable d’ajustement budgétaire. »

Il rappelle que des budgets ont été confirmés : « Nous défendons un fonds de transition pour accompagner la réforme du paysage hospitalier ainsi qu’un refinancement des hôpitaux. Dans cette logique, la première programmation des investissements hospitaliers, approuvée par la Cocom, prévoit 132,4 millions d’euros pour 2026-2030 en faveur des hôpitaux et des maisons de soins psychiatriques bicommunautaires. Les investissements seront priorisés : 5,7 millions d’euros pour la mise aux normes des infrastructures, 55,3 millions d’euros pour garantir la continuité des soins et le maintien des services essentiels, 20,4 millions d’euros pour renforcer la sécurité des patients et améliorer la qualité des prises en charge. La situation financière de nombreux établissements reste toutefois préoccupante. Si nous voulons garantir leur mission sociale et l’accès aux soins, nous devons leur donner les moyens de cette mission. C’est aussi dans cette logique que les montants consacrés aux SIEG (missions de service public assumées par les hôpitaux) ont été doublés dans l’accord du gouvernement pour atteindre 20 millions d’euros. Le financement doit éviter que les difficultés budgétaires soient répercutées sur les patients, notamment via un recours accru aux suppléments d’honoraires, et garantir la capacité des hôpitaux à remplir leur mission de service public. »

Et d’ajouter : « Nous soutenons le développement du projet HUB qui regroupe Erasme, Saint-Pierre, Iris Sud, Bordet et l’Huderf, avec la volonté de maintenir une offre répondant aux besoins de proximité et de développer en parallèle des pôles d’excellence spécialisés. La réforme ne peut avoir pour conséquence de laisser progressivement disparaître les structures publiques au profit d’une concentration de l’offre dans quelques grands établissements. Cette logique a notamment guidé la mobilisation pour sauver l’hôpital Paul Brien. »

3. Vers un rapprochement Iriscare-Vivalis

Enfin, sur la gouvernance administrative de la santé bruxelloise, souvent critiquée pour sa complexité institutionnelle et les dépenses excessives de ses institutions, le ministre indique avoir mandaté les deux administrations compétentes, Iriscare et Vivalis, pour lui remettre en septembre une note esquissant un cadre de collaboration renforcée. « Je suis ouvert à une collaboration élargie avec la Cocof, sans pour autant vouloir m’engager dans une réforme structurelle de grande ampleur, préférant une logique d’efficacité opérationnelle immédiate. »

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Gilbert BEJJANI

    03 septembre 2026

    Je me réjouis de la proposition du rapprochement Iriscare-Vivalis pour laquelle je plaidais dans mon interview lors de la formation du gouvernement bruxellois.
    Par contre, quand vous dites que Ahmed Laaouej dit avoir pris le temps de rencontrer les acteurs du secteur avant de fixer son cap : nous @Absym Bruxelles, le principal representant syndical de médecins bruxellois, n’avons pas été consultés.
    Cela aurait été souhaitable !