Accès aux spécialistes : 98 % des généralistes franciliens confrontés à des difficultés d’adressage

Près de tous les médecins généralistes d’Île-de-France rencontrent des difficultés pour orienter leurs patients vers un spécialiste. Selon une enquête publiée mardi par l’URPS Médecins Libéraux Île-de-France, ces obstacles entraînent davantage d’examens complémentaires, prolongent les arrêts de travail et retardent certaines prises en charge. L’organisation appelle à des mesures démographiques et organisationnelles pour restaurer l’accès aux soins spécialisés.

L’enquête flash, réalisée auprès de médecins généralistes franciliens, met en évidence une situation que l’URPS qualifie de critique. Au total, 98 % des répondants déclarent éprouver des difficultés pour adresser leurs patients à un spécialiste. Pour 68 % d’entre eux, ces problèmes surviennent plusieurs fois par semaine, voire quotidiennement.

Toutes les spécialités sont concernées, mais les tensions apparaissent particulièrement marquées en dermatologie, psychiatrie, rhumatologie et neurologie.

Selon les résultats de l’enquête, ces difficultés d’accès modifient directement la pratique des généralistes. Près des deux tiers des répondants (63 %) indiquent prescrire davantage d’examens complémentaires afin de poursuivre l’évaluation clinique en attendant un avis spécialisé. Plus des trois quarts (77 %) affirment également délivrer davantage d’arrêts de travail.

Pour l’URPS, ces difficultés contribuent à allonger les délais de prise en charge et à prolonger certaines incapacités de travail, faute d’un accès suffisamment rapide à un spécialiste.

La télé-expertise ne suffit pas

Face à ces difficultés, la télé-expertise apparaît comme un outil largement utilisé. L’enquête montre que 63 % des médecins généralistes y ont recours pour obtenir l’avis d’un spécialiste à distance.

L’URPS estime toutefois que cette solution ne permet pas de résoudre l’ensemble des problèmes rencontrés. Si elle facilite l’obtention d’un avis spécialisé dans certaines situations, elle ne remplace pas l’examen clinique et ne garantit pas toujours une consultation effective auprès du spécialiste concerné.

Triple constat

Les médecins interrogés décrivent une situation résultant de plusieurs facteurs. L’URPS évoque une pénurie de spécialistes dans certaines disciplines, un manque de lisibilité concernant les pratiques tarifaires et une désorganisation croissante du parcours de soins.

Selon l’organisation, cette combinaison favorise les retards diagnostiques, les renoncements aux soins et une charge de travail accrue pour les médecins généralistes, qui se retrouvent souvent en première ligne pour gérer les conséquences des délais d’accès.

Pour remédier à cette situation, l'URPS appelle notamment à adapter le nombre de médecins formés aux besoins réels des territoires et à améliorer les conditions d'adressage entre généralistes et spécialistes. L'organisation plaide également pour le maintien d'un accès équitable aux consultations spécialisées. Elle rappelle à cet égard que les praticiens du secteur 2 - un statut proche de celui des médecins belges non conventionnés puisqu'il autorise des dépassements d'honoraires - réalisent également un nombre significatif d'actes aux tarifs de l'assurance maladie, notamment pour les patients bénéficiant de la Complémentaire santé solidaire - équivalent à notre BIM - et qui concerne environ 8 millions de personnes en France.

Ces constats font écho à des préoccupations également observées dans plusieurs pays européens, dont la Belgique, où les délais d’attente pour certaines spécialités et les difficultés d’accès aux consultations spécialisées figurent régulièrement parmi les préoccupations exprimées par les médecins de première ligne et leurs patients. Un véritable état des lieux national mériterait sans doute d'être réalisé pour mesurer l'ampleur réelle du phénomène.

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