Classement Newsweek 2026 : pourquoi les hôpitaux francophones ne sont pas dans le Top 250 ?

Le couperet annuel est tombé. Dans l’édition 2026 du célèbre palmarès Newsweek des meilleurs hôpitaux du monde, les établissements francophones belges ont totalement disparu du Top 250. Si la Flandre parvient à y maintenir quatre institutions, le sud du pays accuse le coup après les sorties de l’hôpital Erasme et des Cliniques universitaires Saint-Luc. Mais cette invisibilité traduit-elle une réelle baisse de la qualité des soins ou un biais méthodologique profond ? L'avis du Dr Philippe Devos.

Pour comprendre l’éviction des hôpitaux wallons et bruxellois, il faut se pencher sur le moteur du classement Newsweek (réalisé avec Statista). L’algorithme repose sur les recommandations d’experts, mais surtout sur des indicateurs de qualité hospitalière et sur les PROMs (Patient-Reported Outcome Measures). C’est ici que le bât blesse pour le sud du pays. « En Flandre, les indicateurs de qualité et les PROMs sont publiés. En Wallonie, ils sont confidentiels, quand il y en a. On ne peut donc pas monter dans le classement », résume d’emblée le Dr Philippe Devos.

Comme le souligne le directeur général d’Unessa, la construction d’un système de reporting hospitalier repose sur trois piliers : la culture, la récolte des données et la fiabilité des données. La collecte d’informations suppose ensuite des outils informatiques suffisamment matures pour permettre une extraction automatique. Un luxe dont ne disposent pas encore la majorité des établissements francophones. « S’il faut demander aux soignants, qui sont déjà en sous-effectif, de passer du temps à faire des clics sur un ordinateur pour finalement ne pas mieux guérir le malade, juste pour pouvoir être dans un ranking de Newsweek, il y a peut-être autre chose à faire », tranche le médecin.

À cela s’ajoute l’inévitable biais de l’entre-soi : « Les panels d’experts internationaux ont structurellement tendance à favoriser les grands centres parisiens ou anglo-saxons au détriment des acteurs francophones belges, ce qui explique, entre autres, la quasi-absence d’hôpitaux belges dans le Top 250. »

Le miroir aux alouettes et la prime à la « triche »

Si l’absence francophone interpelle, la fiabilité même du classement pose question. Les palmarès internationaux favorisent souvent le modèle américain, avec ses centres d’excellence ultra-financés. Pourtant, la réalité clinique globale raconte une autre histoire. « Dans les classements de l’OCDE, qui regardent des faits sur lesquels on ne peut pas tricher – comme le taux de survie d’un cancer après chimiothérapie –, on se rend compte que les soins belges sont largement plus efficaces que les soins américains », souligne le Dr Philippe Devos.

Plus interpellant encore : la pression du classement pousse parfois à la manipulation des chiffres. « La Flandre publie par exemple les taux d’infections liées aux cathéters. Or, plus de 10 % des hôpitaux n’en rapportent aucune. C’est médicalement impossible. Cela veut dire qu’ils ne les déclarent pas. Cela fait de facto monter ces institutions dans le ranking », pointe le directeur général d’Unessa. Le phénomène n’est pas isolé. « Aux États-Unis, lorsque le système d’assurance Medicare a menacé d’amputer de 50 % le financement des hôpitaux en cas d’infection à staphylocoque doré (MRSA), les déclarations ont chuté de 80 % l’année suivante… tandis que la consommation d’antibiotiques ciblés bondissait de 30 %. Sanctionner la transparence pousse inévitablement les acteurs dans un piège où la dissimulation devient la norme. »

Projection : cap sur 2030 et le refus d’une médecine à deux vitesses

Derrière la question du ranking se cache le débat sur le financement des soins. Faut-il concentrer les moyens sur deux ou trois hôpitaux d’élite internationaux, au risque de créer une médecine à deux vitesses (comme aux États-Unis), ou élever le niveau moyen de l’ensemble du réseau ? Frank Vandenbroucke a récemment poussé la logique du Pay for Performance (P4P), consistant à pénaliser financièrement les 85 % d’hôpitaux les moins performants pour récompenser le Top 15 %. Une vision rejetée par Unessa, qui plaide pour un changement de paradigme : financer les hôpitaux qui font les plus grands progrès et conditionner les bonus des « premiers de la classe » à l’obligation de former les établissements les plus faibles.

La Wallonie, de son côté, ne compte pas rester à quai. L’Aviq et la Paqs travaillent actuellement à une harmonisation stricte des définitions médicales et des méthodologies de récolte. Une étape indispensable, accélérée par les obligations liées à l’European Health Data Space. « Pour partager la donnée, il faut définir qu’un chat est un chat et qu’un chien est un chien », image le Dr Philippe Devos, soulignant le besoin urgent de combler cette lacune historique. « À l’heure de l’IA et de sa capacité à structurer des données qui ne le sont pas à la base, nous avons des outils qui vont permettre d’y aller vite. Je suis très confiant sur le fait que nous y arriverons avant 2030 », conclut le Dr Philippe Devos.

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