Contrôles INAMI : les médecins devront-ils prouver que leurs consultations étaient nécessaires ?

Les médecins devront-ils demain démontrer eux-mêmes que leurs consultations étaient nécessaires ? Selon le procès-verbal d’une réunion du Comité du SECM de l’INAMI , que Medi-Sphère et Le Spécialiste ont pu se procurer,  le service d’inspection réfléchit à une inversion de la charge de la preuve et à des contrôles fondés sur une durée théorique de consultation.

Une enquête nationale sur la facturation des suppléments de nuit et de week-end a donné un aperçu des réflexions en cours au sein du Service d’évaluation et de contrôle médicaux (SECM). La discussion est née du temps nécessaire pour contrôler des prestations individuelles : auditions de patients, analyse de dossiers, collecte de preuves et collaboration parfois limitée des patients.

À partir de quand un médecin facture-t-il « trop » ?

Le directeur général du SECM, Philip Tavernier, a évoqué une piste susceptible de modifier le système actuel. « Dans le cadre du plan d’action de contrôle et d’application, l’une des mesures proposées consiste à inverser la charge de la preuve. »

Selon Philip Tavernier, l’approche actuelle exige beaucoup de moyens. « Pour le SECM, cela représente un travail énorme de vérifier prestation par prestation et de démontrer qu’elle n’a pas été réalisée ou qu’elle n’a pas été effectuée conformément aux règles. »

Le SECM étudie dès lors la possibilité de fixer un seuil au-delà duquel le prestataire devrait démontrer lui-même que ses prestations ont été correctement facturées et qu’elles étaient médicalement nécessaires. « Nous souhaitons en réalité fixer une limite. Si les prestataires facturent davantage, ils devraient pouvoir démontrer que la prestation a été correctement facturée et qu’elle était nécessaire. Cela faciliterait énormément notre travail d’inspection. »

Contrôler sans examiner les dossiers ?

Une autre piste porte sur la durée des consultations. La médecin-inspectrice Mia Slabbaert a lié directement cette question aux contrôles. « C’est précisément pour cette raison que nous souhaiterions disposer d’une durée moyenne minimale pour une consultation chez le médecin. »

Elle a formulé l’enjeu de manière explicite. « Si le nombre d’heures par jour est dépassé, nous pouvons considérer que tout ce qui dépasse cette limite peut être mis à charge du prestataire et nous n’avons même plus besoin d’examiner ses dossiers. »

Mia Slabbaert reconnaît que les consultations peuvent varier en durée. « Si une consultation ne dure que cinq minutes, elle sera compensée par une autre de vingt-cinq minutes. Mais une consultation de deux minutes pour chaque patient, cela n’est pas crédible. »

La médecin-inspectrice Inne Akkermans a également souligné l’intérêt d’un tel seuil. « Dans ce cas, nous n’aurions même pas dû réaliser cette enquête. Si nous avions disposé d’un seuil, il aurait été immédiatement évident que le premier médecin le dépassait. »

Le contenu du procès-verbal a fait réagir le Dr Jos Vanhoof, président du Vlaams Artsensyndicaat, la branche flamande de l'ABSyM. « Le Service d’évaluation et de contrôle médicaux annonce explicitement que le plan d’action de contrôle envisage une inversion de la charge de la preuve. Un prestataire de soins dépassant un certain seuil de facturation devrait alors démontrer lui-même que les prestations ont été correctement réalisées et qu’elles étaient médicalement nécessaires. »

L’idée d’une durée minimale de consultation l’inquiète également. « Le SECM plaide pour une durée moyenne minimale par consultation. Si, selon le SECM, un médecin généraliste réalise davantage de prestations que ce qui serait possible dans un nombre théorique d’heures de travail, cela pourrait être considéré comme la preuve de prestations non conformes, sans contrôle individuel des dossiers. »

Vingt minutes par patient ?

Le Dr Jos Vanhoof établit un parallèle avec le débat sur les Relative Value Units (RVU), le nouveau système envisagé dans la réforme de la nomenclature pour valoriser les prestations selon le temps, la complexité et le risque. Pour une consultation standard, une durée de référence de vingt minutes est retenue.

Le président du syndicat flamand plaide pour qu’une consultation soit prise en compte dès la première minute et jusqu’à un maximum de vingt minutes, sans durée minimale obligatoire. Il estime retrouver la même logique dans les propos du SECM. « Cela constitue déjà une anticipation de la durée retenue dans les RVU, à savoir une durée minimale de vingt minutes, alors que nous avons toujours défendu une durée maximale. »

Le spectre du NHS ?

Pour le Dr Jos Vanhoof, ces pistes dépassent la seule question du contrôle. « Cela revient à instaurer un plafond du nombre de prestations par jour. Cela signifie des délais d’attente encore plus longs pour les patients. Cela augmente le risque de saturation des soins. »

Il craint aussi une remise en cause progressive du financement à l’acte. « Cela signifie surtout un démantèlement progressif de la médecine à l’acte et un glissement vers le “succès” du modèle Beveridge du NHS. »

À ce stade, les propositions évoquées ne sont que des pistes de réflexion. Le procès-verbal que nous avions publié, mais que nous avons du retirer à la demande de l'Inami, montre toutefois que le SECM envisage des contrôles davantage fondés sur des seuils statistiques, la durée des consultations et les profils d’activité atypiques que sur l’examen systématique des dossiers individuels.

Lire aussi : 20 minutes pour une consultation de MG : un standard envisagé dans la réforme de la nomenclature

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Francois Planchon

    24 juin 2026

    Et pour les politiques, il n'y a pas de contrôle du bien fondé des prestations rémunérées ????

    Un (très) bel exemple :
    Quand ils ont mis près de 3 ans, avec beaucoup de réunions en boucles tardives, à se mettre (enfin) d'accord pour une pension minimale avec une carrière complète.... ET que le résultat était un montant net de même pas 100 euros de plus que la GRAPA au taux isolé (pension minimum accordée à une personne n'ayant jamais travaillé)... ne trouvez-vous pas que toutes ces heures de palabres inutiles devraient être remboursées aux contribuables !!!!!
    LA question aurait dû être : combien devons nous donner en plus que la GRAPA à une personne ayant travaillé toute sa vie ET/OU ne faudrait-il pas réduire la GRAPA au niveau du RIS où elle se trouvait avant d'avoir été généreusement augmentée par 2 ministères socialistes successifs, sans se poser la question de "en avons-nous les moyens" ou cela ne déséquilibre-t-il pas la marge de manoeuvre pour déterminer la pension minimum pour une carrière complète !?!?

  • Michel SIMONS

    19 juin 2026

    15 minutes , c'est suffisant

  • Didier CLAUSE

    19 juin 2026

    20 minutes?
    Ce inclût il
    Le temps de rédaction du courrier
    La prescription des médicaments
    Les attestations pour le remboursement des médicaments
    La rédaction des demandes d’examens complémentaires
    Les échanges téléphoniques pour discussion des résultats…..

  • Charlotte Godefroit

    18 juin 2026

    On veut juste dégoûter les médecins de la médecine générale en augmentant la charge mentale et le stress…

  • Charles KARIGER

    18 juin 2026

    Cher Confrère Gueben,
    Il y a bien longtemps que les divers responsables mutualisto-politiques (Ce sont les mêmes, tout le monde le sait.) que les Belges se choisissent élection après élection, ont entrepris de concrétiser l’utopie du « Droit à la santé » en façonnant peu à peu un système de dispensation de soins uniformes quadrillant le pays sur un modèle militaro-industriel.
    Ceci a déjà remplacé ce que l’on appelait (JADIS !) l’Art de guérir.
    Avec finalement probablement un succès analogue à celui de LeTec.

    Dans ce cadre, notre statut a déjà changé. Vous dites joliment « situation de pseudo-salarié d'État mais avec inconvénients de carrière d'indépendants et pas d'avantages de fonctionnaires ». En droit, il y a un mot pour désigner ces « Dr Uber » que l'on nous fait devenir : de FAUX-INDÉPENDANTS.



  • Freddy Piron

    18 juin 2026

    Contrôle des consultations médicales : non à une médecine chronométrée et à la présomption de culpabilité
    Les pistes évoquées au sein du SECM de l’INAMI, visant à imposer des seuils théoriques de durée de consultation et à inverser la charge de la preuve pour les médecins, suscitent une profonde inquiétude.
    Faire reposer le contrôle des prestations sur des moyennes statistiques et sur un temps “théorique” par patient reviendrait à nier la réalité du terrain. Une consultation médicale ne se résume pas à un chronomètre. Certaines situations nécessitent quelques minutes, d’autres beaucoup plus. C’est précisément cette souplesse qui permet une médecine efficace, humaine et adaptée aux besoins réels des patients.
    Instaurer un système dans lequel un médecin devrait se justifier automatiquement au-delà d’un certain seuil revient à introduire une forme de présomption de culpabilité. Une telle logique est inacceptable. Elle fragilise l’exercice médical, alourdit encore la pression administrative et menace directement l’accessibilité des soins.
    Cette orientation ferait courir un risque majeur : celui d’une médecine de plus en plus bureaucratique, déconnectée du jugement clinique, où l’on évalue l’activité sur base de tableaux, de moyennes et de modèles théoriques plutôt que sur la réalité des dossiers et des besoins des patients.
    Nous refusons toute évolution vers une médecine chronométrée, inspirée d’une logique purement comptable ou d’un modèle où le temps primerait sur la qualité des soins. La Belgique ne peut pas glisser vers un système où l’acte médical serait réduit à une unité statistique ou à une tarification déguisée à la minute comme aux USA.
    La lutte contre les abus est légitime. Mais elle ne peut se faire au prix d’une remise en cause de la liberté thérapeutique, de la confiance envers les médecins et de la qualité des soins.
    Nous appelons les autorités compétentes à renoncer à toute approche automatique fondée sur des seuils arbitraires et à privilégier une concertation réelle avec les représentants de la profession. Le contrôle doit rester juste, proportionné et fondé sur l’examen concret des situations, et non sur une suspicion généralisée.

  • Jean-Louis MARY

    18 juin 2026

    J’ai toujours été un farouche partisan d’un paiement à l’acte mais quand je vois le nombre de tâches et demandes journalières qu’un généraliste pratique chaque jour sans aucune rénumération je comprends que les vocations se font rares en MG .Bien sûr l’informatisation omniprésente ne fait que faciliter les demandes en tous genres des patients.
    In fine , VDB arrivera à ses fins , un NHS à la sauce belge et les MG des administratifs de santé de première ligne avec statut d’indépendant.

  • Robin GUEBEN

    18 juin 2026

    Qui croit encore les ministres Vandenbroucke et Coppieters et le plus haut fonctionnaire de santé Pedro Facon quand ils disent ne pas vouloir une médecine d'État et que les libéraux "ont mal compris" ?

    Moi j'ai très bien compris qu'il faudra très bien payer les urgentistes et cliniciens généraux car avec la suppression des suppléments d'honoraires et des pool hospitaliers, sans compensation financière ils vont se barrer dans le désert médical français d'à côté qui paie des salaires de ministre ce genre de prestations.

    J'espère que vous apprécierez votre nouvelle situation de pseudo-salarié d'État mais avec inconvénients de carrière d'indépendants et pas d'avantages de fonctionnaires, chers signataires naïfs...

    https://www.lesoir.be/686242/article/2025-07-06/nous-medecins-qui-ne-faisons-pas-greve-ce-7-juillet