Dr Valérie Hansen: «Si j’étais encore médecin à 100%, je serais sans doute complètement démotivée»

Après 20 ans de soins hospitaliers au service des enfants (néonatologie et unité parents-bébé) et face à une pression administrative croissante, le Dr Valérie Hansen a repensé son exercice de la médecine. Aujourd'hui pédiatre libérale à mi-temps et artiste professionnelle, elle incarne une transition vers une pratique médicale plus équilibrée. Un choix de survie face au risque d'épuisement, qui invite à repenser l'organisation du temps soignant.

Le Dr Valérie Hansen, pédiatre depuis près de trente ans, a progressivement réorganisé sa vie professionnelle face à une pression qu’elle juge devenue difficilement soutenable. En partageant son temps entre la médecine libérale et une pratique professionnelle de la calligraphie japonaise et de la danse, elle a cherché un équilibre plus viable, qui maintienne intacte sa motivation à travailler. Son parcours met en lumière les tensions qui traversent aujourd’hui l’exercice médical et, à sa manière, ouvre une réflexion sur la place du soin de soi dans les métiers du soin.

De la néonatologie au cabinet libéral

La carrière du Dr Hansen débute à l’hôpital, où elle travaille pendant cinq ans en néonatologie, dans un rythme marqué par les gardes de nuit et des semaines pouvant atteindre soixante heures. Une cadence qui finit par peser sur sa vie familiale. « J’ai sacrifié beaucoup de mon temps personnel. J’ai arrêté les soins intensifs parce que je voulais quand même voir un peu mes propres enfants, les voir grandir, les accompagner », confie-t-elle. Elle travaille ensuite durant dix ans dans une unité d’hospitalisation parents-bébé. Son passage vers la médecine libérale, puis la création d’un centre de santé, s’inscrivent dans cette recherche d’un exercice plus soutenable. Derrière ce choix, il y a aussi une ligne de fracture très concrète : continuer à soigner les enfants des autres sans voir grandir les siens n’était plus tenable. « Les conditions de travail à l’hôpital ne sont pas bonnes. Le médecin est sous une pression énorme, il n’a pas le temps de faire son travail de façon calme, et la charge administrative est de plus en plus lourde », se souvient-elle.

La pratique libérale ne dissipe pourtant pas toutes les tensions. Le statut d’indépendant implique des frais fixes importants, dans un modèle qui valorise mal le temps long, pourtant nécessaire en pédiatrie pour installer la confiance avec l’enfant et ses parents. Malgré l’intensité du travail, l’équation économique reste parfois précaire. Avec l’organisation de vie qu’elle a choisie, admet-elle, finir le mois n’est pas toujours simple. « L’efficacité médicale ne se mesure pas à la rapidité d’une consultation de dix minutes pour administrer un vaccin. C’est véritablement la qualité de la relation qui prime », souligne la spécialiste.

À cette pression économique s’ajoute, à ses yeux, une logique de contrôle administratif de plus en plus pesante. Elle cite notamment le suivi des prescriptions par l’INAMI, qu’elle vit comme un climat de suspicion à l’égard du jugement médical. « On a appris pendant des années la pharmacologie… Et puis il y a eu, à un moment, des codes-barres, avec une potentielle réprimande si on prescrit trop », regrette-t-elle.

Quant au débat politique actuel sur les suppléments d’honoraires, la pédiatre se montre pragmatique : « Si le gouvernement arrête toute possibilité de suppléments d’honoraires, alors il doit aider les médecins dans leurs frais d’installation. »

La "bulle d'oxygène" artistique comme antidote

Face à l’augmentation de la charge de travail et à une rémunération qui ne suit pas toujours, le risque d’épuisement professionnel guette. « Si j’étais encore médecin à 100 %, je serais sans doute en burn-out et complètement démotivée », confie Valérie Hansen. Pour tenir, elle a réinvesti une passion ancienne : la création artistique (1). Ce qui a commencé comme une « bulle d’oxygène » indispensable pour absorber la pression du métier s’est transformé progressivement en une véritable activité professionnelle.

Au fil des années, la praticienne a ainsi construit un nouvel équilibre. En dehors des consultations, elle donne des stages de calligraphie japonaise, mène des recherches artistiques et réalise des performances mêlant écriture et mouvement. Pour elle, cet espace de ressourcement n’est pas une simple échappatoire, mais une manière de préserver aussi sa qualité de présence dans le soin. « Grâce à cela, on revient autrement vers l’autre, et l’on est plus efficace dans le soin », assure-t-elle.

Ce cheminement l’amène aussi à poser un regard critique sur l’hygiène de vie imposée aux soignants. « On soigne les autres, mais il est paradoxal, dans ce métier, de s’occuper autant d’autrui sans avoir de temps pour soi », constate-t-elle. Elle avance d’ailleurs une proposition très concrète : « Si le gouvernement devait prendre une mesure, ce serait d’octroyer une demi-journée rémunérée par semaine aux médecins pour qu’ils puissent, à leur tour, prendre soin d’eux-mêmes. »

Remettre le corps au centre

Ce mode de vie lui donne aussi un point d’observation particulier sur l’avenir de la médecine. Face au développement de l’intelligence artificielle, la pédiatre y voit avant tout un outil logistique, susceptible, par exemple, d’aider au tri médical dans un contexte de pénurie. Elle exclut en revanche toute substitution dans l’acte de soin : « Il n’y a rien qui remplace le vrai contact, la vraie conversation avec de vrais gens. »

Cette conviction s’inscrit dans une vision plus large de son métier. Malgré les incertitudes et les réformes en cours, Valérie Hansen dit garder intacte son envie de soigner. Elle la prolonge aussi dans un travail de transmission, à travers quelques conférences et formations destinées aux plus jeunes médecins. Elle la relie à une cohérence profonde entre ses deux pratiques, qu’elle développera dans son livre La vie en mouvement, à paraître très prochainement : « Mon fil rouge personnel, c’est la circulation de la vie dans le corps et le mouvement », illustre-t-elle. Pour Valérie Hansen, l’art n’apparaît donc pas comme un détour loin de la médecine, mais comme une manière de continuer à l’exercer sans s’y épuiser.

> Pour découvrir son travail artistique : www.shotomai.com

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Derniers commentaires

  • Suzanne Vercheval

    20 mars 2026

    Je suis vraiment d'accord, mais pour le médecin indépendant, très vite il y a la question de vie économique ,et de pension si l'âge est là, qui se manifestent. Le médecine est amenée par la pression ambiante à perdre son aspect humanitaire et sa vision globale de l'être humain. Ceci était utile aux patients et riche ou régénérant pour le soignant investi. Elle est sous les feux des restrictions et limitations économiques. S'équilibrer passe par des ouvertures plus artistiques ou plus naturelles et plus ouvertes au corps, ce qui permet au médecin de le rester …mais la précarité économique devient alors un risque non-négligeable. Ceci est probablement le risque d'autres métiers également! Et la raison de certains burn out.

  • Louise Watkins

    19 mars 2026

    Bravo! Je suis entièrement d’accord. Pour moi c’est la musique, le chant. Essentiel pour l’équilibre (Je suis gynécologue). Une demie journée rémunérée? Pourquoi pas! Merci pour le partage