Suppression de l’assistance opératoire, économies linéaires en radiologie, pression sur la pharmacie hospitalière… Autant de mesures qui vont toucher les médecins et les hôpitaux. Dieter Goemaere, directeur hôpitaux de Gibbis, analyse les mesures qui vont impacter douloureusement le secteur en 2026.
L’année prochaine, plusieurs décisions vont fortement ébranler le secteur hospitalier. D’abord les économies décidées en octobre par le gouvernement sur le budget des soins de santé. Ensuite, la politique renforcée de retour au travail en cas de capacité et la responsabilisation de l'employeur. Sans compter le poids croissant des pensions des statutaires qui plombent depuis des années les comptes des hôpitaux publics.
Par ailleurs, les hôpitaux attendent encore les décisions de la médico-mut, qui va décider de l'utilisation des masses d'indexation.
Face à ces mauvaises nouvelles, Dieter Goemaere identifie tout de même quelques mesures positives. D’abord, le maintien de l’indexation, dont la moitié du bénéfice devra être remboursée à l'État. « Nous supposons que l’autre moitié pourra être maintenue pour le secteur », avance l’expert.
« Le ministre Vandenbroucke aime bien mettre l'accent sur la récupération plus rapide des montants de rattrapage (275 millions d’euros pour 2026 ; NDLR), parce que c'est un budget important. Mais il oublie de dire que c'est en fait une dette de l'État envers les hôpitaux et que ce montant ne va pas améliorer les résultats financiers des hôpitaux. »
Autre nouvelle positive : il n'y aura pas d’augmentation globale de la TVA. Une mesure qui aurait impacté fortement les achats (l'alimentation, les médicaments...). « Tout n’est pas mauvais dans les mesures budgétaires, mais les exercices vont être très difficiles pour les hôpitaux. J’ignore quel hôpital s’en sortira », interpelle Dieter Goemaere.
L’impact sur les honoraires
Le chief economist de Gibbis estime que ce sont surtout les économies sur les honoraires des médecins et sur la pharmacie qui vont impacter les hôpitaux. « L'assistance opératoire, par exemple, va être supprimée pour dégager un montant de 36,5 millions d’euros. 16,5 millions devraient être réinvestis. On ne sait pas encore très bien comment. Le pire serait de faire des économies linéaires parce qu’il faudrait réaliser la même activité avec moins d’argent. Rappelons qu’il y a une rétrocession qui revient à l'hôpital sur l'assistance opératoire. De nombreux membres nous posent des questions à ce sujet, entre autres sur le timing de cette mesure qui peut impacter davantage un type d'hôpital qu’un autre type d'hôpital », analyse Dieter Goemaere. « L'assistance opératoire est souvent utilisée et facturée quand un médecin spécialiste en formation assiste à l'opération. Les hôpitaux universitaires et académiques seront donc plus touchés. »
Le ministre a promis un réinvestissement sur les économies réalisées. « Va-t-on créer un nouveau type d'assistance opératoire ? Va-t-on améliorer la valorisation de certaines prestations ? Lesquelles ? Les plus complexes ? Dans ce cas, cet investissement reviendrait peut-être aux hôpitaux qui ont été les plus touchés par la mesure. Actuellement on ne sait pas », commente Dieter Goemaere.
En imagerie médicale, il a été décidé de diminuer de 0,83 % toutes les valeurs. « Comment réagit-on à ce type d’économies ? La structure de coûts des hôpitaux ne change pas. Le volume d’examens ne va pas diminuer. Le nombre de technologues et les horaires d'ouverture vont rester les mêmes. C’est très difficile d’être en capacité de s’adapter à cet effort budgétaire. »
2,2 millions d’euros vont être économisés via le non-remboursement des circoncisions réalisées en dehors des indications médicales. « À l’avenir, on va de plus en plus aller faire ce type de choix-là. Décider ce qu’il est essentiel de rembourser ou ne l’est pas. »
Les économies sur la pharmacie hospitalière vont toucher l’industrie du médicament, les patients et le secteur hospitalier. « Prenons l’exemple d’un médicament X qui réduit les inflammations. Le prix ex-usine est de 42 euros. C'est le prix officiel. Le remboursement Inami à l'hôpital s’élève à 85 % de ce prix, soit 36 euros. Il va passer à 78 % du prix, donc 33 euros. Or, il n'y a pas de concurrent pour ce médicament sur le marché belge. Donc les hôpitaux vont perdre 9 euros à chaque administration. Cette économie sur le secteur pharma va donc toucher fortement l’hôpital. »
Rappelons que selon l’étude Maha (lire notre dernière édition), les produits pharmaceutiques sont une des sources importantes de revenus (20,06 % en 2024) pour les hôpitaux. « En effet, mais la marge qu'on réalise via les marchés publics sur les médicaments est réinvestie dans le fonctionnement de la pharmacie ou de l'hôpital. »
Le coût de la responsabilisation
Gibbis estime que les mesures de responsabilisation des employeurs dans le cadre du retour au travail des malades vont coûter 3,5 millions aux hôpitaux bruxellois. « C’est un coût important qui s’ajoute aux autres mesures. »
Quant au poids des pensions des statutaires, la facture moyenne est de 7 millions par hôpital public bruxellois. « Elle va doubler d'ici 2029. C'est évidemment intenable. »
Dieter Goemaere rappelle qu’il est vraiment important d'investir dans l'attractivité des métiers de soins. « Mais ce sont les hôpitaux qui vont devoir économiser les moyens pour financer les investissements. »
Sur le long terme, le chief economist enjoint les autorités à « créer de la certitude. Le monde politique éprouve des difficultés, dans le contexte (géo)politique actuel, à donner un peu de perspective. Nous réclamons une stabilité. Nous attendons avec impatience les propositions pour le secteur hospitalier qui seront présentées par le groupe d’experts le 17 décembre à la CIM Santé. »
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