«Il est urgent de réintroduire le remboursement de la sérologie du CMV»

Le congrès ECCI (European Congenital CMV Initiative) qui se tenait à Bruxelles les 14 et 15 mai a notamment mis l’accent sur l’importance de la prévention et du dépistage chez la femme enceinte, avec un étonnement de nombreux pays voisins que nos décideurs politiques aient supprimé le remboursement de la sérologie depuis juillet dernier. Selon le Dr Pascale Huynen, chef de clinique en microbiologie au CHU de Liège, co-organisatrice du congrès, il est urgent de réintroduire le remboursement.

Après un franc succès à Venise il y a deux ans pour la première édition, cette deuxième édition de l’ECCI a réuni 145 spécialistes (médecins de nombreuses spécialités, scientifiques et experts en santé publique) des quatre coins du monde, avec une belle représentation de la Belgique puisque le comité organisateur local comptait 9 spécialistes belges de 7 universités.

Des associations de patients étaient également conviées et ont fait part de leur regret de ne pas avoir été mieux informés. Des lacunes dans la prévention qui consiste pourtant en de petits gestes tout simples ont notamment été mises en avant.

 Il faut promouvoir un dépistage universel 

«Un enseignement capital du congrès, c’est qu’étant donné la fréquence et la gravité de l’infection (s’agissant de l’infection virale congénitale la plus répandue au monde, elle touche 0,45% des enfants à la naissance), il faut promouvoir le dépistage universel du CMV chez la femme enceinte. Dans ce cadre, il est capital de garantir l’accès au dépistage et donc en Belgique de réintroduire le remboursement», martèle le Dr Huynen.

«Hélas, force est de constater dans notre pays qu’on est dans une médecine à deux vitesses. Devant une population aisée, la plupart des gynécologues demandent encore un suivi des sérologies CMV pendant la grossesse. Par contre, devant une patientèle plus précarisée, depuis le déremboursement, nombreux sont ceux qui ne le demandent plus que lorsqu’ils sont face à une symptomatologie évoquant une infection à CMV, alors qu’on sait très bien que de nombreuses patientes qui contractent le virus sont tout à fait asymptomatiques», déplore la chef de clinique.

«Les modalités de remboursement sont encore différentes selon les pays, mais dans la plupart, la sérologie pendant la grossesse est remboursée», ajoute-t-elle.

Dépistage indispensable pour réagir précocement

Une difficulté aujourd’hui pour les praticiens est qu’il n’existe pas de paramètres prédictifs de la gravité de l’infection pour les enfants nés d’une maman atteinte d’une infection à CMV. Il n’y a pas encore non plus de consensus sur les démarches à adopter en matière de prévention, de suivi que ce soit au niveau diagnostique et thérapeutique (posologies précises par exemple). Il y a donc une nécessité d’investir dans la recherche, ressort-il du congrès.

Mais pour les experts, le consensus est que ce dépistage est capital si l’on veut pouvoir dépister la maladie chez le bébé d’une maman infectée, traiter l’infection (il existe maintenant des rétroviraux, des immunoglobulines) et suivre l’enfant de façon adéquate. «Certaines surdités diagnostiquées à l’âge de 5-6 ans ne sont même jamais mises en lien avec le CMV car on ne sait pas que la patiente avait contracté le virus. Ce sont des enfants qui ne sont traités que tardivement alors qu’ils auraient pu être suivis et pris en charge dès la naissance. C’est dramatique pour ces familles», souligne l’experte.

«Et malheureusement, certains gynécologues chez nous considèrent les nouvelles modalités de non remboursement de l’analyse comme des recommandations scientifiques alors qu’il n’existe pas de recommandations. C’est catastrophique», commente Pascale Huynen.

Vers la création de registres

Enfin, ce congrès était aussi l’occasion de réinsister sur l’importance de l’épidémiologie. «On peut constater une disparité Nord/Sud où les flamands recensent beaucoup plus que les wallons les infections à CMV. Et on peut aussi regretter qu’en Europe, il y ait une obligation de déclaration du Zika alors qu’il n’y en a pas pour le CMV. Ce congrès nous a aussi conduit à la réflexion qu’il serait particulièrement utile d’enregistrer les infections congénitales à CMV, mais aussi des suivis et des traitements», indique le Dr Huynen.

Enfin, une des grandes conclusions de ce congrès est qu’il est nécessaire d’améliorer la collaboration, mais aussi la communication entre les différents acteurs impliqués (gynécologues, pédiatres, néonatologues, virologues,…).

Et le Dr Huynen de conclure par un message reçu d’associations de patients d’autres pays: «S’il-vous-plaît, expliquez aux autres médecins vos connaissances afin qu’ils (ré)intègrent le dépistage du CMV dans le suivi des femmes enceintes. C’est un enjeu majeur de santé publique.»

> Le débat se poursuit sur @medispherehebdo et @JdS_SK

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