« Il ne doit pas y avoir de concurrence entre MG et pédiatres »

Sous le thème pour l’année 2018 « Grandir en bonne santé », les Mutualités libres avaient choisi de donner la parole ce 24 mai aux pédiatres et aux prestataires de la première ligne en contact avec des enfants. La place du pédiatre et du MG dans l’organisation des soins de santé continue à faire débat.

Un débat très dynamique et interactif entre le panel composé des grandes figures des instances de la pédiatrie et les participants. La place du pédiatre dans l’organisation des soins reste toujours une question à laquelle il n’y a pas de réponse claire et pour laquelle les avis divergent. « Un enfant en bonne santé n’a pas besoin d’un pédiatre ». « Si », ripostent les pédiatres. « Non, et d’ailleurs, un enfant en bonne santé n’a pas besoin de médecin tout court… », argue encore un généraliste, en boutade.

Rôle du pédiatre dans les soins de 1ère ligne

Avec la première question « Quel est le rôle du pédiatre dans les soins de première ligne ? », le décor était donc directement posé. Pour le Dr Ann de Guchtenaere, présidente de la Vlaamse Vereniging voor Kindergeneeskunde, tout dépend de ce que l’on entend par première ligne : « Si l’on définit la première ligne, comme le fait de pouvoir aller directement chez ce prestataire, alors la réponse est oui. Tous les enfants doivent pouvoir aller chez un pédiatre directement. Si l’on me demande : Tout enfant ayant une pharyngite doit-il aller chez le pédiatre ? Je réponds non. »

Dans cette discussion, le Dr Anne Malfroot, présidente de la Société belge de Pédiatrie, ajoute qu’à ses yeux, il n’y a pas de concurrence entre le MG et le pédiatre. « Il y a du travail pour tout le monde. Il y a aussi des généralistes qui ont beaucoup de compétences pour s’occuper des enfants et qui aiment travailler avec les enfants. Mais il y a aussi des généralistes qui préfèrent ne pas s’occuper d’enfants. Et les parents le ressentent vite ! »

Tout dépend aussi des régions, comme le fait remarquer le Dr de Guchtenaere : « A Bruxelles, il y a beaucoup de pédiatres. Dans le Limbourg et dans les Ardennes, par exemple, il y a une pénurie de pédiatres. (…) Il est important de voir quels sont les besoins en prenant en compte ces réalités régionales ».

Collaboration entre les acteurs

Pour le Pr Georges Casimir, président de l’Académie belge de Pédiatrie, un point important est la collaboration indispensable entre les deux acteurs. « Une personne sur 4 qui entre dans un hôpital ou dans un cabinet de médecine générale est une personne de moins de 18 ans. Donc, dans la plupart des facultés de médecine, maintenant, on a souligné l’importance de la formation des MG en pédiatrie. C’est fondamental. Et les MG qui travaillent avec nous sont des collègues, des confrères, au même titre que les cardiologues. Ce qui compte, c’est la place de l’enfant et que l’enfant soit bien soigné. »

Et le président de l’Académie de pédiatrie de pointer un problème dans notre pays : l’organisation des soins. « On a été très longtemps dans une relative absence d’organisation des soins. Aujourd’hui, le gouvernement souhaite aller vers une refonte bien logique des soins en créant des réseaux. Cela a du sens. Maintenant, ce qui est important c’est que les enfants restent au centre de cette dynamique, tant dans la 1ère ligne que dans les 2e et 3e lignes. Il faut que l’organisation des soins colle aux besoins des patients. Et cela, c’est un souhait des pédiatres depuis très longtemps. »

Un souhait… donc, en effet ce n’est pas encore le cas aujourd’hui : « L’Académie de pédiatrie a remis toute une série d’avis. Il n’y a aucun retour », déplore Georges Casimir.

Différences culturelles

Un cliché souvent épinglé est que les parents en Flandre vont plus rapidement avec leur enfant chez le généraliste, tandis que les parents francophones se dirigent plus rapidement vers le pédiatre. Un cliché remis en cause directement par un médecin dans la salle qui a travaillé à Bruxelles, où la densité de pédiatres est élevée, et où beaucoup d’enfants ont leur pédiatre, et qui travaille maintenant à Charleroi, où beaucoup de parents vont avec leur enfant chez le généraliste plutôt que chez le pédiatre.

« Je crois qu’il y a d’abord des différences dans tous les pays d’Europe. La structure est parfois différente d’une ville à l’autre parce que justement, le problème c’est l’organisation des soins », réagit le Pr Casimir.  « Je pense qu’il ne faut pas opposer les personnes. Je pense qu’il faut travailler aujourd’hui avec la seule idée des besoins des patients et des programmes de soins. Ce qui est fondamental, c’est qu’un programme de soins marche, c’est-à-dire que le trajet de soins d’un patient se fasse de la meilleure façon qui soit. Tout le monde est là pour cela : les généralistes, les infirmières à domicile, les pédiatres,… Il faut organiser le programme de soins pour que le patient dispose partout d’une échelle de soins qui soit la plus opportune possible pour les choses les plus simples aux choses les plus compliquées. »

Vers des certificats de pédiatrie pour généralistes

Une autre idée émise par un participant au débat est la volonté d’aller vers la création de certificats de pédiatrie. Une idée à laquelle se rallie aussi la présidente de la Vlaamse Vereniging voor Kindergeneeskunde.

Pour le Dr Michel Pletincx, président de l’Association professionnelle belge des Pédiatres, il est surtout important que les généralistes qui voient des enfants aient les compétences et qu’ils réfèrent quand il faut.

> Retrouvez d’autres articles sur le débat MLOZ dans la prochaine édition papier du Spécialiste jeudi prochain.

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