Que pensent Unessa et Santhea de la nouvelle étude du KCE consacrée à l’évolution des durées de séjour et au recours accru à l’hospitalisation de jour dans les hôpitaux belges ? Les deux fédérations pointent les limites de cette étude tout en soulignant l’intérêt de se baser sur des données chiffrées pour réformer le secteur hospitalier.
« Notre fédération partage pleinement le principe selon lequel les choix politiques en matière de santé doivent reposer sur des faits scientifiques établis. À ce titre, cette étude constitue une base de travail importante, à condition d’être considérée dans son ensemble, en intégrant le second volet attendu à l’automne 2026, qui apportera des analyses plus fines par pathologie, par profil de patient et sur la consommation de soins en aval », commente Santhea.
Pour la fédération wallonne des institutions de soins publiques, les limites méthodologiques identifiées par le KCE lui-même appellent à la prudence, notamment en ce qui concerne les facteurs sociaux, la capacité de prise en charge après la sortie et l’impact sur la première ligne. « Tous les patients ne sont pas équivalents face à l’hospitalisation de jour, en particulier les patients âgés, polypathologiques ou socialement fragilisés. »
Suivi de la satisfaction du patient
« La réduction de la durée de séjour est liée à l’innovation des pratiques, à l’amélioration de la formation des médecins, aux nouvelles techniques chirurgicales et à l’utilisation de nouveaux outils. La technologie nous aide énormément pour arriver à ces résultats », commente le Dr Philippe Devos, directeur général d’Unessa. « Prendre comme critères de référence le taux de mortalité et la réadmission non programmée dans cette étude du KCE revient à évaluer la qualité des routes en Belgique en regardant le nombre de morts sur une année. Ces critères d’évaluation ne sont pas vraiment significatifs. J’aurais préféré avoir accès à d’autres résultats : le nombre de patients qui doivent consulter en urgence après l’hospitalisation, ou qui doivent être réopérés sans nécessairement être réadmis, pour lesquels le chirurgien doit, en ambulatoire, remettre des points de suture, ou encore le nombre de patients qui font des complications infectieuses au domicile et qui doivent être mis sous antibiotiques. Ce sont des éléments de suivi de la qualité et de la satisfaction du patient. »
Le Dr Devos souligne que l’on ne dispose en réalité pas de ces résultats parce qu’ils sont rarement mesurés par les institutions.
Le directeur général d’Unessa rappelle qu’une étude de l’OCDE a révélé que la Belgique n’obtient pas un bon score dans le suivi du patient, dans les trente jours après une hospitalisation, par le médecin généraliste. « En raison de la pénurie de médecins généralistes et d’infirmières à domicile, il est très difficile de pouvoir assurer le suivi du patient après une hospitalisation. C’est un facteur limitant énorme. On prend des risques, puisque potentiellement, on lâche le patient dans la nature. »
Isolement social
Le Dr Devos pointe un facteur dont il faut tenir compte : l’isolement social. « En Wallonie, par exemple, on a presque 8 % de personnes en plus qui sont considérées comme “isolées” par rapport à la Flandre. Et pour pouvoir bénéficier d’une anesthésie générale en hôpital de jour, il est nécessaire que la personne soit accompagnée la première nuit. Cette règle nécessite plus d’organisation de la part du patient en Wallonie qu’en Flandre. C’est un frein au développement de l’activité ambulatoire. »
Les auteurs de l’étude du KCE estiment qu’il faut renforcer les soins intensifs parce que les patients hospitalisés sont désormais dans un état plus sévère. « Lorsqu’on réduit de 10 % le nombre de nuits dans un hôpital, on ne réduit pas pour autant de 10 % la charge de travail, parce que les patients qui y restent sont plus compliqués », soutient le Dr Devos. « Plus on réduit le nombre de nuitées à l’hôpital, plus on réduit la durée moyenne de séjour, plus les patients seront “intensifs”, et plus il faudra avoir de médecins et d’infirmiers dans les services. Ce n’est malheureusement pas le cas. Si on ne refinance pas correctement chaque nuit et chaque journée d’hospitalisation, on va vers des ennuis. Des études montrent que lorsque la norme de 1 infirmier pour 8 malades passe à 1 infirmier pour 9 malades, la mortalité grimpe de 13 %. Le ministre de la Santé publique est conscient de l’enjeu de revaloriser le personnel infirmier, mais pour l’instant ce n’est pas le cas. Alourdir la charge de travail du personnel hospitalier ne va pas aider à résoudre les problèmes de burn-out et ne va pas améliorer la sécurité des patients qui séjournent à l’hôpital. Le KCE aurait dû aussi analyser les effets de la réduction de la durée de séjour sur les patients hospitalisés. »
À l’instar d’Unessa, Santhea rappelle également que « l’efficience ne peut être réduite à la seule diminution de la durée de séjour. Un séjour plus court implique souvent une intensification des soins et nécessite des équipes suffisantes et qualifiées, sans report excessif de charge vers d’autres secteurs. »
Santhea estime que cette étude, une fois complétée par son second volet, pourra constituer l’un des socles scientifiques de la réforme du paysage hospitalier. « Notre fédération restera pleinement mobilisée pour contribuer de manière constructive à des décisions fondées sur des données complètes, nuancées et ancrées dans les réalités du terrain. »
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