« Nos patients se retrouvent dans un service d'urgence conçu pour accueillir 40 000 malades et il en accueille 80.000 à 90.000. » Pour le Dr Stefano Malinverni, chef du service des urgences du CHU Saint-Pierre, la violence à l’hôpital ne peut être dissociée de la saturation des services et du sous-financement structurel des soins. Dans un entretien, il plaide aussi pour une meilleure concentration des soins, davantage d’équité dans le financement hospitalier et une intégration renforcée des médecins généralistes au sein des urgences.
Le Dr Stefano Malinverni, chef du service des urgences du CHU Saint-Pierre, a choisi d’être médecin parce qu’il tenait à « être utile et à aider les personnes un peu plus dépourvues de moyens ». « Initialement, je l'ai fait avec l'idée de m’investir dans l'humanitaire. Mais, ayant eu des enfants, le projet humanitaire est pour l'instant entre parenthèses. Il n'est pas abandonné. Il s’agit d’un compromis. »
Son investissement dans le monde de la santé a commencé à 17 ans, lorsqu’il s’est inscrit à la faculté de médecine. « Aujourd’hui, il est important pour moi de pouvoir servir une population particulièrement paupérisée, celle du centre-ville de Bruxelles, qui souffre d’énormément de barrières aux soins… Pourtant, nous soignons un bassin de population qui vient avec des problèmes tout à fait anticipables, plus liés à la société qu'aux patients eux-mêmes. Ces patients cumulent des frustrations, des portes fermées, des incompréhensions. »
Favorable à la concentration des soins
Ce travail, en équipe, est réalisé dans des conditions très particulières : « Nos patients se retrouvent dans un service d'urgence conçu pour accueillir 40 000 malades et il en accueille 80.000 à 90.000. La violence, très structurelle dans la société, peut se décupler à l’hôpital : on donne à un bassin de soins paupérisé un hôpital où le sous-financement de l’infrastructure est flagrant, alors que, dans des bassins avec une population plus riche, les hôpitaux et cliniques sont mieux financés. Mon discours peut paraître radical, mais il est absolument hypocrite de parler de violence dans les hôpitaux quand les choix de financement des hôpitaux et cliniques génèrent eux-mêmes cette violence. »
S’il n’a pas lu tous les textes de la réforme hospitalière, il ne tient donc pas à donner un avis pointu, mais il se permet quelques remarques : « Je suis favorable à la concentration des soins. Quand je vois comment fonctionne un service d'urgence, il est évident qu'il faut concentrer les soins : une évidence, par ailleurs, étayée par la littérature scientifique. »
De l’équité et pas de l’égalité
Toutefois, pour lui, dans la réforme hospitalière, « il faut un discours d'équité des soins et pas d'égalité. Il n’est pas normal que les cliniques privées soient financées à la même hauteur que les hôpitaux publics. Il s’agit d’une injustice criante qui doit être corrigée. Je vais vous donner un exemple : si vous venez aux urgences et que vous avez une pneumonie, cela va me prendre 20 minutes maximum pour le cycle complet de soins : vous parlez français, vous avez un médecin traitant, une carte de mutuelle, un accès à une pharmacie, un logement, vous comprenez quand je vous explique un petit peu des concepts de base de médecine… Par contre, quand j'ai un malade qui n'a pas de mutuelle, pas de carte CPAS, pas de logement, pas de connaissance du système de santé belge, le temps est cinq, six, dix fois plus important. Au final, le remboursement est le même, une injustice qui pénalise les hôpitaux s’investissant dans les soins aux populations les plus démunies. »
L’importance des postes de garde et des généralistes
L’hôpital a aussi amélioré sa prise en charge grâce à son nouveau poste de garde. « Nous sommes très contents de l'avoir. Tout le monde est gagnant : les soignants comme les malades. L'hôpital, lui, est perdant parce qu’il est financé au volume. Nous le faisons pour une question de qualité des soins et de qualité de vie du patient. »
Pour lui, la priorité serait, pour tous les hôpitaux, de « trouver une formule qui intègre mieux les généralistes au sein des urgences. Ce serait bon aussi pour les finances de l’État puisque cela lui coûterait moins cher ».
Aux urgences, le travail en équipe est une réalité. « J'étais en vacances et les équipes ont géré une suspicion de fièvre hémorragique sans que j’aie eu quoi que ce soit à faire. Nous sommes une grande équipe de 150 personnes, toutes très compétentes. »
La qualité de la formation sur la durée
Au cœur de ce travail, la formation continue est indispensable : « Nous venons de recevoir, voici quelques semaines, des appréciations de nos candidats spécialistes. Ils nous ont très bien cotés. Nous sommes très exigeants sur les formations et l’entretien de notre dynamique quotidienne. Un exemple : la simulation au SMUR. Nous essayons tous les matins de faire la simulation d'un arrêt cardiaque. Nous avons aussi des séminaires tous les jeudis. »
Le soin aux personnes privées de liberté
Dans son quotidien, un autre dossier est très important : « Nous avons aussi une collègue, Maïa Nunes, qui nous a convaincus qu'il fallait changer notre approche au sujet des personnes privées de liberté par la police. Je rappelle qu’il s’agit d'un droit du citoyen, quand il est arrêté par la police, d’être vu par un médecin avant d'être privé de liberté. Aujourd’hui, il s’agit d’une population invisible dont personne ne veut s’occuper car le sujet est très peu porteur auprès des électeurs. »
Il décrit leur quotidien : « Figurez-vous qu'avant, ils s'appelaient les "vus et soignés", ce qui risquait de conduire à un raisonnement minimaliste : “on les voit… ils ne sont pas mourants, OK, ils peuvent aller au cachot”. Nous sommes en train de faire évoluer cette problématique à la petite échelle des équipes soignantes du CHU Saint-Pierre, en dépassant l’examen sommaire. En termes de santé publique, notre démarche est essentielle : cela concerne des patients à risque qui pourraient demain avoir la tuberculose, le HIV, une maladie psychiatrique qui va décompenser… Nous avons la possibilité d’intercepter de nombreux trajets pathologiques en amont d'une catastrophe… que, de toute façon, le système de santé national devra prendre en charge, avec des coûts majorés liés au retard de prise en charge. Ce que nous faisons devrait lui permettre de réaliser des économies. Nous travaillons à la récolte de données sur cette problématique et nous avons reçu une petite bourse de recherche. Un travail de santé publique bien mené à ce niveau pourrait avoir un réel impact », conclut-il.









Derniers commentaires
Alexandre SARAFIDIS
22 mai 2026Merci pour l ‘avis du Dr Malinverni .
La plupart des médecins de mon année ont commencé les études de médecine en voulant faire de l’ humanitaire comme lui mais la longueur des études et naturellement la vie familiale change la donne et la parenthèse plus ou moins longues de l’humanitaire apparaît .
Le trajet et les motivations sont souvent les mêmes quand on commencent les études de médecines ….
Pour les urgences il n y a pas de différences entre hôpitaux Privés et Publics dans
l accueil pour tous les types de patients ..
Tous sont accueillis partout !!!
Le raisonnement ne tient pas dans ce cas de figure .
Pour le reste c est naturellement des choix politiques qui devraient être tranché démocratiquement,…
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Robin GUEBEN
19 mai 2026Je suis très heureux de voir que je ne suis pas le seul à penser qu'il faut totalement réinventer la première ligne comme c'est avancé dans cet article. À noter que les flux pourraient être intégrés aux BMF qui permettraient en partie de payer une part des honoraires de garde des MG.
Courage à nous !