Le budget 2026 approuvé par le Conseil général laisse un goût amer aux médecins

Le Conseil général de l’INAMI a approuvé lundi matin le budget des soins de santé pour 2026, fixé à 41,297 milliards d’euros, avec 17 voix pour et 4 abstentions. Les médecins, représentés mais sans droit de vote au sein de cette instance, dénoncent un budget déséquilibré et des économies jugées excessives, selon un communiqué diffusé lundi par l’Association belge des syndicats médicaux (ABSyM).

Le texte approuvé découle du rejet, le 6 octobre, du projet initial par le Comité de l’assurance. Conformément aux règles, le gouvernement a donc soumis lui-même une proposition, fondée sur la lettre de mission du 21 juillet, qui fixait les grandes lignes des mesures d’efficience attendues dans chaque secteur.

« Le ministre Vandenbroucke aura donc eu gain de cause. Les 150 millions d’euros d’économies qu’il imposait aux médecins sans aucune justification sont devenus réalité », déplore le Dr Patrick Emonts, président de l’ABSyM. Il rappelle que ce montant s’ajoute aux 62 millions d’euros que les médecins devront déjà rembourser dès le 1er janvier 2026 et aux 16 millions d’euros qui seront retenus sur la masse d’indexation. « On peut regretter que les cinq représentants du gouvernement aient voté pour et acceptent donc sans autre forme de procès ces économies excessives sur le dos des médecins », ajoute-t-il.

L’ABSyM dit pouvoir adhérer à certaines mesures d’économie, comme le renforcement des critères d’inclusion pour les patients chroniques suivis par un pharmacien de référence, la délivrance d’antibiotiques à l’unité ou encore la protection des patients BIM lors de la hausse du ticket modérateur de deux euros par boîte de médicaments.

Mais l’association rejette fermement la méthode retenue pour les économies imposées aux médecins. « Lorsque l’on parcourt la note, on observe rapidement que c’est essentiellement à la valeur de la lettre-clé qu’on a touché. On diminue donc le prix de toute une série d’activités médicales, alors que les coûts restent identiques, voire augmentent », déplore encore le Dr Emonts. Il estime que « dans le prolongement de la volonté du ministre de supprimer les suppléments d’honoraires en ambulatoire, il s’agit d’une mise à mort programmée de la médecine extramuros ».

Le président de l’ABSyM pointe également « une attaque contre la chirurgie orthopédique », déjà lourdement mise à contribution dans le cadre des précédentes économies. « En plus des réductions importantes sur la chirurgie du dos et du genou, ces disciplines sont parmi les plus touchées par la suppression de l’aide opératoire. Or, malgré les nouvelles technologies, cette aide reste nécessaire. Le chirurgien devra désormais payer lui-même une infirmière instrumentiste », explique-t-il.

Enfin, l’association estime que les perspectives d’un accord médico-mutualiste s’amenuisent. « Les propositions formulées par les médecins, comme l’augmentation du ticket modérateur des consultations pour les patients non BIM, ont été écartées. Et la téléconsultation n’a toujours pas été réintroduite, alors qu’elle pourrait générer des économies si elle est bien encadrée », souligne le Dr Emonts. « Ce budget témoigne d’un manque de concertation avec le corps médical. Si l’on veut un accord médico-mut pour la fin de l’année, il est urgent de rétablir la confiance. »

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Derniers commentaires

  • Gilbert BEJJANI

    25 octobre 2025

    En effet nous déplorons ces mesures et la méthode.
    Mais comme cela était "assez prévisible", résister n'aura pas suffit sans alternatives.
    Il me semble qu'il y avait une proposition au comité de l'assurance, qui était à mon sens, sensiblement meilleure que celle proposée et votée au Conseil Général deux semaines plus tard. On devra faire avec notre tentative de blocage et ses conséquences.
    De manière plus ponctuelle, certes l'ortho est touchée, mais beaucoup d'autres secteurs le sont aussi, et personne ne peut être satisfait d'une économie de 150 Mio d'euros, mais comment ne pas être aussi révolté face à ces réductions, quand certaines prestations génèrent encore beaucoup de marge, au delà des frais normaux et que ces prestations conservent leur valeur ? Comment ne pas être révolté quand il y a des secteurs où des efforts sur les volumes pourraient être faits ? Enfin, comment avancer, sans revaloriser les permanences et les disponibilités, qui ne sont toujours pas soutenues comme des priorités toutes aussi importantes que la téléconsultation.
    Désormais, il faut imaginer un syndicalisme différent si nous voulons gagner nos combats. Je le disais il y a quelques années, et je le redis. Il est temps de préparer nos projets et prioriser nos combats.