Le Dr Patrick De Moor, généraliste et assistant en chirurgie depuis plus de quinze ans, signe une nouvelle tribune après avoir interpellé récemment Frank Vandenbroucke dans une lettre ouverte. Il y décrit le rôle indispensable de l’assistant au bloc opératoire, véritable seconde paire d’yeux lors des interventions, et alerte sur les conséquences de la suppression du code INAMI qui conditionne sa présence même en salle d’opération. "Ce à quoi Ryanair avait finalement renoncé par sécurité, notre ministre de la Santé va l’appliquer en chirurgie… Décidément, rien ne l’arrête, même pas la sécurité des patients !"
À partir du 1er janvier 2026, dans son nouveau projet visant à faire des économies sur nos soins de santé, Frank Vandenbroucke, s’en prend une fois de plus aux médecins, en supprimant cette fois, la rémunération des assistants en chirurgie.
10 % du code INAMI est la somme que touche un assistant lorsqu’il assiste un chirurgien. Plus de code, plus d’assistant !
Un copilote indispensable pour éviter les erreurs
Dans un bloc opératoire, l’assistant est en quelque sorte le copilote du chirurgien. Comme dans un cockpit d’avion, le copilote assiste le pilote tout au long du vol, l’aide dans chacune de ses manœuvres et assure un double Check. C’est exactement la tâche de l’assistant en salle d’op.
Il est la 3ième et 4ième main du chirurgien et participe activement à l’intervention tout au long de son déroulement. Il effectue en quelque sorte « un double contrôle ». Un petit vaisseau mal coagulé, une compresse oubliée, une suture perméable… Un tas de petits détails qui peuvent passer inaperçus, où quatre yeux font clairement la différence…
Mais ce n’est pas la seule tâche de l’assistant. Il assiste également le patient avant et après son intervention. Il participe activement au bon déroulement de l’hospitalisation et est le premier relais avec le personnel infirmier.
Robotisation : un argument qui ne tient pas
Un des principaux motifs invoqués à cette suppression par notre ministre est celui de la robotisation… La chirurgie connaît aujourd’hui une série d’aides robotisées permettant une plus grande précision de l’acte chirurgical. Mais en aucun cas, les robots ne pourrons remplacer les médecins en matière de contrôle et de sécurité. En tout cas pas à l’heure actuelle…
Le risque d’un chirurgien laissé seul
Supprimer les assistants reviendraient faire reposer tout l’acte chirurgical sur les épaules d’une seule personne… Nul n’est infaillible. La fatigue, la tension nerveuse, la complexité de l’intervention sont autant d’éléments qu’il faut prendre en considération pour une sécurité optimale du patient opéré. C’est là un rôle essentiel de l’assistant. Servir de second rempart de protection…
Une prise en charge financière impossible pour les chirurgiens
Et espérer que le chirurgien prendra à sa charge le salaire de l’assistant est tout à fait utopique et illusoire. Outre devoir déjà rétrocéder une part importante de ses revenus à l’hôpital ( jusqu’à 40%) et de louer ses locaux de consultation, dans certains établissements, il est également tenu de payer son instrumentiste à l’heure prestée.
Une décision qui révèle une méconnaissance du terrain
Une fois encore, il est regrettable de constater la méconnaissance du monde médical et de son fonctionnement par notre ministre.
Il pense naïvement qu’en s’attaquant préférentiellement aux médecins, il préservera les patients… C’est pourtant là qu’il commet sa plus grosse erreur ! Des médecins, surchargés, fatigués, démotivés, mal payés, ne parviendront plus à procurer aux patients, la médecine de qualité dont ils bénéficient actuellement.
Quand l’assistant devient le dernier rempart
Je suis moi-même assistant en chirurgie depuis plus de 15 ans et j’ai eu l’occasion d’assister, à plusieurs reprises dans ma carrière, un chirurgien qui s’est brusquement senti mal en pleine intervention au point de devoir quitter précipitamment la salle d’op…
Je vous laisse deviner le devenir d’un avion dont le pilote serait «HS» et qui n’aurait pas de copilote…
La chirurgie est avant tout un travail d’équipe, un chirurgien, son assistant, un(e) infirmier(e) Instrumentiste, des infirmier(e)s de salle. Chacun ayant un rôle bien défini, comme dans un ballet. « Ôter un seul rouage au plus fin des mécanismes d’horlogerie et le processus se grippera instantanément"…
Un futur dysfonctionnement annoncé
« 10 % » célèbre, série télévisée sur le showbiz, pourrait très prochainement connaître une seconde saison sur le dysfonctionnement des blocs opératoires!
Monsieur le ministre, une fois de plus, vous ne méritez pas de nous représenter !









Derniers commentaires
Louis Nicolas Jekeler
13 novembre 2025Votre réponse à cette agression de la part de notre ministre est parfaitement exacte.
Je suis chirurgien depuis près de 30 ans, il est totalement impossible d'opérer sans assistant . C'est techniquement impossible.
On ne peut accepter ce type de décision sans une réaction coordonnée de tous les occupants du quartier opératoire.
Le tout est de voir comment , avec nos journées de 12 heures, on peut s'organiser pour réagir face à ce type de décision arbitraire.
Laurence Galanti
11 novembre 2025Le ministre poursuit le détricotage de notre médecine de qualité en s'attaquant maintenant aux "assistants opératoires" . Est-il à ce point ignorant de la réalité de terrain ? Cibler systématiquement les médecins n'est certainement pas le meilleur moyen de faire des économies dans les soins de santé.... mais plus sûrement de démotiver les médecins dans leur souhait à continuer d'exercer une médecine humaine de qualité, proche de leurs patients telle qu'ils l'ont rêvée lorsqu'ils ont choisi cette profession.
Jean-Marc Desmet
11 novembre 2025Encore une fois ! Un appel au bon sens, que le premier semble avoir complètement perdu. Des "économies" directes mais pour des coûts ++ sur le moyen et le long terme.
Francine KERSTEN
10 novembre 2025Les assistants font de l' "aide opératoire" et non de l'assistance. L'assistance opératoire était "exercée" par le médecin traitant qui assistait "simplement" qui connaissait, en principe, les antécédents médicaux du patient et pouvait éventuellement réagir en cas de problème. ( ex : 215025 les honoraires du médecin traitant à une intervention sous anesthésie générale), code supprimé dans la nomenclature le 1/1/1991.
Les "assistants" sont nécessaires dans le cadre des interventions, ce sont les futurs chirurgiens et on n'apprend pas tous les gestes qui sauvent uniquement dans les livres !!!!!
En général, les aides opératoires sont pratiquées dans les hôpitaux universitaires.... des cours en milieu réel.
Alexandre Sarafidis
10 novembre 2025Très bel analyse .