Pour les pédiatres, la coupe est pleine !

Cette dernière année, les pédiatres ont tenté à maintes reprises de faire valoir leurs revendications pour améliorer leurs conditions de travail, mais aussi les soins aux petits patients, en vain. L’approbation du projet de loi concernant la forfaitarisation des soins à basse variabilité vendredi dernier par le Conseil des ministres est la goutte qui fait déborder le vase. Ils demandent à « être impliqués sans laisser les décisions aux mains de conseillers sans expérience pédiatrique ».

Lors du colloque organisé par les Mutualités Libres récemment, les pédiatres avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en soulignant que tous les points névralgiques abordés ce jour-là avaient déjà été portés à la connaissance des autorités, mais sans réponse. En effet, depuis leur entretien au Cabinet de la ministre De Block en juillet dernier, ils n’ont plus eu aucune nouvelle de l’état d’avancement des dossiers relatifs à la pédiatrie. « Nous n’avons même pas reçu un accusé de réception à notre dernier courrier », faisait remarquer le Pr Georges Casimir, président de l’Académie belge de pédiatrie au terme de la journée.

Il y a quelques mois, Le Spécialiste faisait déjà écho des remarques des pédiatres par rapport au manque de considération pour la pédiatrie dans le projet de loi relatif aux soins à basse variabilité. Ils avaient alors formulé une série de remarques et espéraient que la ministre en tienne compte dans l’affinement du projet.

Entre-temps, le Conseil d’Etat a remis son avis sur le projet, qui a ensuite été adapté à ses remarques. Et vendredi dernier, cette nouvelle version a été approuvée par le Conseil des ministres. Celle-ci n’est toujours pas de nature à satisfaire les pédiatres. C’est la raison pour laquelle ils durcissent aujourd’hui le ton dans le courrier qu’ils envoient à la ministre, cosigné par le président de l’Académie belge de pédiatrie, le Dr Georges Casimir, la présidente de la Vlaamse Vereniging voor Kindergeneeskunde, le Dr An Deguchtenaere, le président de l’Association professionnelle des pédiatres, le Dr Michel Pletincx, et le président du Groupement belge des pédiatres de langue française, le Dr Pierre Philippet.

L’enfant toujours associé à sa mère

Une des activités médicales reprises dans cette nouvelle loi concerne l’accouchement, et tous les soins qui l’entourent, y compris ce qui concerne le nouveau-né, toujours considéré comme un « appendice de la maman », non reconnu juridiquement, ce qui pose clairement problème dans l’élaboration de ces nouveaux forfaits.

« Si nous comprenons que les examens d’un nouveau-né en bonne santé, avec parfois des petits problèmes comme une jaunisse, une perte de poids importante, ou un allaitement difficile, fasse partie de ces soins à basse variabilité, il est inconcevable de tenir le même raisonnement lorsque le nouveau-né présente des complications : prolapsus du cordon, déchirure du placenta, étranglement par le cordon, septicémie néonatale, prématurité et dysmaturité, … », martèlent les pédiatres dans leur courrier à la ministre De Block.

Ces problèmes peuvent survenir alors que la maman ne présente aucune complication au moment de l’accouchement. Ces enfants sont alors admis en N*. L’implication active et continue des pédiatres, mais aussi des équipes infirmières spécialisées, de l’assistante sociale ou encore de la psychologue s’y avère essentielle. Or, dans le projet de loi, ces soins en N* restent pourtant considérés comme étant à basse variabilité ! « Il est inadmissible que le degré de gravité de prise en charge du nouveau-né admis en N* soit établi en fonction de l’état de la maman, sans prise en compte de ses caractéristiques propres ! », s’insurgent les pédiatres.

Conséquences néfastes pour les nouveau-nés et leur maman

Pour les pédiatres, la nouvelle loi va ainsi pénaliser les services N* qui ont investi dans des soins performants et étendus, tout en favorisant les services N* moins performants.  « Si cette loi entre en application en l’état, cela va inévitablement avoir pour conséquence que ces nouveau-nés semi-critiques seront transférés plus rapidement dans des centres de soins intensifs néonataux (NICU), et ce, pour de simples raisons de financement insuffisant, sans aucune prise en compte de caractères qualitatifs. Les mamans et leurs nouveau-nés vont être plus fréquemment arrachés à leur environnement habituel, ce qui hypothèque le développement harmonieux de la mère et de son enfant après la naissance ».

La demande des pédiatres est donc claire : ils prient à nouveau la ministre de retirer de la liste des soins à basse variabilité, les numéros de nomenclature se référant au N* et à l’assistance du pédiatre à la naissance, puisque jusqu’ici, leur demande est restée lettre morte.

Et de conclure leur courrier en durcissant le ton :  « Jamais les pédiatres n’ont été impliqués dans l’élaboration des critères déterminés pour les soins à basse variabilité de l’accouchement.  Afin de garantir pour les enfants en général, et dans ce dossier en particulier pour les nouveau-nés, des soins spécifiquement adaptés, basés sur des critères de qualité et sur une médecine ‘evidence based’, nous réclamons que, dans tous les dossiers concernant les soins pour les enfants, les pédiatres soient consultés et impliqués, sans laisser les décisions aux mains de conseillers sans expérience pédiatrique. »

Lire la Lettre ouverte au Ministre De Block

Lire aussi : Les Mutualités libres donnent la parole aux pédiatres

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