Psychiatrie ambulatoire saturée : ce que des généralistes gantois ont mis en place

L’association des médecins généralistes de Gand (Huisartsenvereniging Gent, HVG) appelle, dans une tribune publiée mardi dans Medi-Sfeer, à renforcer la collaboration entre généralistes et psychiatres face à la saturation croissante des soins psychiatriques ambulatoires. Cette réaction intervient après une enquête récente de la FBPA, relayée par Medi-Sphère et Le Spécialiste, selon laquelle un psychiatre sur trois envisage de réduire son activité ambulatoire en 2026.

« Les chiffres de cette enquête sont malheureusement aussi douloureusement reconnaissables dans la région de Gand », écrit la HVG. Les généralistes disent constater « quotidiennement les conséquences d’une psychiatrie saturée », avec des patients « impossibles à orienter » et des listes d’attente ayant « depuis longtemps dépassé les limites du médicalement responsable ».

La tribune souligne que l’accès aux soins ambulatoires se dégrade et que de nombreux psychiatres recherchent « une réalité clinique praticable ». Dans ce contexte, les acteurs gantois disent avoir lancé le projet Tussen de Lijnen (« Entre les lignes »), en partenariat avec des réseaux de santé mentale ainsi qu’avec des psychiatres de la ville.

Selon ses promoteurs, l’objectif est clair : « amener l’expertise du psychiatre là où le patient peut encore être pris en charge, dans le cabinet du médecin généraliste ». Le dispositif repose sur deux axes.

Le premier est une « consultation téléphonique inter-collégiale », permettant au généraliste de discuter de manière structurée avec un psychiatre, notamment sur une question diagnostique ou un ajustement thérapeutique, afin d’éviter des orientations systématiques vers des listes d’attente déjà surchargées.

Le second axe concerne la psychiatrie consultative au cabinet : pour les situations complexes, le psychiatre se déplace physiquement dans la pratique de médecine générale, où un entretien conjoint est organisé avec le patient. Une approche qui, selon la HVG, permet de « lever des impasses thérapeutiques » et d’assurer une prise en charge intégrée des dimensions somatiques et psychiques.

La tribune rappelle par ailleurs que l’enquête de la La Fédération Belge des Psychiatres Ambulatoires (FBPA) montre que 92,5% des psychiatres souhaitent une rémunération pour ce type de concertation multidisciplinaire. « Nous nous y associons pleinement », affirme l’association gantoise, qui estime que cette coopération améliore la qualité des soins, abaisse les barrières pour les patients et peut prévenir des crises ou des hospitalisations.

Les auteurs jugent toutefois « intenable » que ces pratiques reposent aujourd’hui sur « la bonne volonté » des médecins. Ils demandent une reconnaissance structurelle, via un financement durable et un numéro de nomenclature de l’INAMI pour l’intercollégialité entre première et deuxième ligne.

« Abattons les murs entre la première et la deuxième ligne », conclut la HVG, estimant que le modèle gantois démontre sa faisabilité, et appelant désormais les autorités à en assurer la pérennité.

Lire aussi: 

> Un psychiatre sur trois veut réduire sa pratique ambulatoire en 2026

> La crise silencieuse de la psychiatrie ambulatoire (Dr. Thomas Van der Poorten)

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