Reconnaissance de l’algologie : une ouverture via le "credentialling "?

La voie vers un titre professionnel en algologie reste semée d’embûches et se voit régulièrement bloquée. Le Pr Jan Van Zundert espère une nouvelle ouverture via le credentialling, une forme de « titre professionnel light ». Cela suppose une concertation avec les doyens des universités belges, prévue ce printemps. Pour l’heure, le silence reste toutefois total à ce sujet. Des projets pilotes seront-ils lancés maintenant que le nouveau Conseil supérieur des médecins a été installé ?

Le Pr Jan Van Zundert a esquissé, lors du congrès annuel de l' Association professionnelle belge des médecins spécialistes en anesthésie et réanimation (APSAR-BSAR) le 21 mars, le contexte de la prise en charge de la douleur et de la nomenclature, principalement occupée par trois groupes de spécialistes. Le groupe le plus important est constitué des anesthésiologistes, avec environ 500 prestataires. S’y ajoutent 76 neurochirurgiens et 124 radiologues actifs dans le traitement de la douleur chronique, souvent en lien avec des techniques plus invasives ou des pathologies spinales.

Si la douleur spinale (lombalgies et cervicalgies) représente de loin la plus grande part des dépenses et des prestations de la nomenclature, le champ de la prise en charge de la douleur chronique est nettement plus large. La nomenclature prévoit également le traitement des douleurs oncologiques, des douleurs faciales, des douleurs viscérales et neuropathiques.

Un segment spécifique de la nomenclature concerne la neuromodulation, une technique caractérisée par un faible volume mais un coût très élevé par patient. En Belgique, son remboursement est strictement encadré : il est « uniquement » (80 à 90 %) accordé aux patients présentant des douleurs persistantes après une intervention chirurgicale.

Impact économique et évolution régionale

L’impact financier de la nomenclature en algologie s’élève à 50 millions d’euros, contre 38 millions pour la seule chirurgie spinale. Alors que la chirurgie spinale concerne environ 40.000 patients (environ 1.000 euros par patient), ce montant est près de quatre fois inférieur pour la prise en charge de la douleur chronique, avec 284 euros par patient, souligne le Pr Van Zundert. Pourquoi ?

Chaque année, environ 170.000 patients bénéficient d’un traitement interventionnel selon les chiffres de l’INAMI. Cela représente environ 5,4 % de la population totale souffrant de douleurs (3 millions de Belges atteints de douleurs chroniques). Selon les analyses, cela témoigne d’un usage approprié, sans signaux directs de surconsommation.

La Flandre recourt depuis plus longtemps aux traitements interventionnels de la douleur. En Wallonie, ces pratiques semblent s’être développées plus tardivement, même si un rattrapage est observé avec une croissance annuelle. À l’inverse, la consommation d’opioïdes y est nettement plus élevée. Ces différences régionales restent significatives, malgré une baisse globale de l’usage des opioïdes en Belgique — évolution jugée souhaitable. La Wallonie conserve actuellement une part disproportionnée (47 %) de la consommation nationale d’opioïdes par rapport à son poids démographique, selon une étude des Mutualités libres.

Si les scores moyens de douleur sont comparables entre les régions, des différences apparaissent dans l’impact sur le fonctionnement quotidien. En Flandre, la proportion de patients fortement limités dans leurs activités habituelles en raison de douleurs physiques est passée de 34 % à 27 %, selon des données récentes de Sciensano. En Wallonie, ce chiffre est resté stable ou a légèrement augmenté, passant de 42 % à 43 %.

Des éléments qui interpellent

Selon l’analyse de l’INAMI, les traitements interventionnels mini-invasifs coûtent 4,37 euros par assuré. Les dépenses annuelles moyennes par patient s’élèvent à 284 euros (contre 1.029 euros pour la chirurgie vertébrale). Des éléments qui interpellent au regard de la réduction de la douleur, de l’amélioration de la qualité de vie, de la diminution de l’usage des opioïdes et de la réduction de l’invalidité.

Dans la perspective d’une nomenclature algologique pour 2026, il apparaît surtout nécessaire de créer une consultation spécifique en algologie, mettant davantage en valeur l’acte intellectuel en médecine de la douleur par rapport à l’interventionnel. Une forte demande existe également pour des simulations dans le cadre des réformes en cours.

Pour débloquer le titre professionnel en algologie, le Pr Jan Van Zundert mise donc sur le credentialling. La douleur chronique est une pathologie complexe qui requiert une approche multidisciplinaire, d’où la nécessité de développer davantage de centres multidisciplinaires de la douleur et de former des médecins spécialisés dans ce domaine à l’échelle du pays.

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