La réunion de ce vendredi marquait le premier entretien formel entre le ministre de la Santé et les syndicats médicaux depuis la grève nationale organisée lundi dernier. A l'issue de la réunion l’ABSyM et le Cartel jugent les avancées insuffisantes. Les deux syndicats médicaux pointent des désaccords persistants, notamment sur les suppléments d’honoraires, et appellent à prendre le temps de réécrire le texte.
« Nous avons abordé beaucoup de points, avec des petites avancées sur certains, mais avec encore des points chauds. Cela nécessite une réécriture et nous verrons », a déclaré Patrick Emonts, président de l’Association belge des syndicats médicaux (ABSyM), à la sortie d’une nouvelle réunion de concertation qui s’est tenue vendredi en fin de journée au cabinet du ministre.
Parmi les avancées relevées, le président de l’ABSyM évoque le maintien du conventionnement partiel pour les médecins et les dentistes, qui ne devait plus être possible selon le texte initial. Il cite également les aménagements apportés à la possibilité de retirer un numéro INAMI dans certaines circonstances, ainsi que les propositions concernant les primes et incitants au conventionnement. Mais ces éléments, insiste-t-il, ne convainquent pas encore le terrain.
Le principal point de tension reste, selon lui, le budget lié aux suppléments d’honoraires. « Le ministre reste intransigeant sur les suppléments d’honoraires », déplore-t-il. « Il n’y a pas de concertation possible pour le moment. » Le syndicat n’exclut d’ailleurs pas de nouvelles actions si le ministre ne revient pas sur cette position. L’avant-projet de loi maintient, pour les prestations dispensées à partir du 1er janvier 2028, des plafonds fixés à 125 % dans les hôpitaux et 25 % en ambulatoire.
Pour Patrick Emonts, il est impossible de mener une telle réforme avant les vacances. « Ce sont les soins de santé que nous sommes en train de réécrire. Nous avons eu un projet tombé sur la table sans concertation. Cela ne peut pas se faire de manière rapide », affirme-t-il. Il rejette toute tentative de passage en force : « Sinon, on bougera. »
Pas de fumée blanche malgré la reprise du dialogue
Du côté flamand, le vice-président du BVAS , Jos Vanhoof, reconnaît que les remarques précédentes ont été entendues, mais estime que les principales pierres d’achoppement restent entières. Son collègue Stan Politis résume la situation ainsi : « L’entretien a permis de redonner suffisamment d’oxygène aux discussions pour éviter une réanimation. Mais le patient est encore loin d’être sur pied. »
Même son de cloche du côté du Cartel. Son président , le Dr Thomas Gevaert juge que les positions du ministre n’ont pas suffisamment évolué : « Non, il n’y a certainement pas encore de fumée blanche. Sur les points cruciaux, il y a trop peu de mouvement. » Il pointe en particulier le mécanisme d’indexation conditionné à un accord, perçu comme une forme de chantage. Il regrette que les mutualités ne soient pas concernées en cas de désaccord, alors que les médecins seraient directement pénalisés.
Thomas Gevaert propose l’instauration d’un standstill sur les suppléments d’honoraires, pour traiter les abus tout en harmonisant progressivement les pratiques dans l’esprit de l’accord de gouvernement. Mais cette option n’a pas été retenue par le ministre, qui maintient les plafonds de 25 % et 125 %. « Ces pourcentages sont pour nous une provocation, mais il reste inflexible », déplore-t-il.
Des ajustements limités, sans garanties suffisantes
Parmi les ajustements consentis par Frank Vandenbroucke, figure l’abandon de l’exigence d’une double majorité des trois quarts pour dénoncer un accord. Il ne serait plus non plus question de retirer un numéro INAMI, sauf en cas de fraude ou de pratiques malhonnêtes, mais sans garantie formelle .
Le ministre accepte que les modalités de financement des syndicats médicaux, en lien avec le taux de conventionnement, soient discutées dans le cadre de la medicomut. Il conserve toutefois la faculté d’imposer des tarifs maximums en cas d’absence d’accord, décision qui relèvera non plus du seul Roi mais désormais du Conseil des ministres.
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