Suppléments d’honoraires : « Les soins de santé ne sont pas un supermarché », avertit le Dr Patrick Emonts

La question des suppléments d’honoraires et de la transparence des revenus médicaux a animé un débat nourri lors du congrès annuel de la Fédération des Médecins Spécialistes (FMS), où intervenants médicaux, mutualistes et assureurs ont confronté leurs positions sur l’accessibilité financière des soins et l’avenir du modèle belge.

D’entrée de jeu, le président de Solidaris, Jean-Pascal Labille, a appelé à sortir du registre émotionnel. « Nous devons dépouiller ce débat des émotions et traiter les choses en bonne et due forme », a-t-il insisté, dans un contexte qu’il juge particulièrement contraint par « un trajet budgétaire fermé » imposé au secteur.

Pour lui, la priorité reste la nomenclature. « D’abord mettre la nomenclatuur en ordre, ensuite seulement s’attaquer aux plafonds des suppléments », a-t-il plaidé. Jean-Pascal Labille voit aussi une marge dans la réduction des consultations inutiles, avec un recentrage sur la qualité. « Alors, la valeur de la prestation médicale, technique comme intellectuelle, peut augmenter dans l’enveloppe fermée », a-t-il avancé.

Le président de l’ABSyM, le Dr Patrick Emonts, a marqué le débat par une formule directe. « Une chose doit être claire : les soins de santé ne sont pas un grand magasin dans lequel on peut faire son shopping à volonté », a-t-il lancé, tout en rejetant une lecture communautaire des discussions.

Lorsque le modérateur Christophe Deborsu a tenté d’orienter le débat vers une opposition Flandre-Wallonie, le Dr Emonts a recadré : « Nous ne voulons pas en faire une guerre communautaire. Le problème central, c’est l’insuffisance de la nomenclature actuelle et la valeur que l’on attribue à une prestation médicale. »

Selon lui, les suppléments sont avant tout un symptôme. « Il n’y aurait pas besoin de suppléments si la nomenclature reflétait correctement cette valeur », a-t-il affirmé, se disant favorable à un renforcement de la première ligne « tant que le libre choix du médecin est respecté ».

Le représentant de Gibbis, Dieter Goemaere, a également mis en garde contre une lecture simpliste des chiffres sur les revenus bruts des médecins. « Ces données doivent être interprétées avec une grande prudence », a-t-il souligné, évoquant notamment les différences régionales entre spécialités.

En Flandre, a-t-il expliqué, « il y a souvent une masse de patients plus importante », ce qui permet de financer les hôpitaux avec des suppléments plus bas. « Avec 125%, on peut atteindre le même financement que dans des régions où l’on doit demander 150% ou 200% », a-t-il détaillé. Une approche uniforme risquerait, selon lui, d’ignorer la réalité socio-économique locale et de provoquer une « race to the bottom ».

Le président du Cartel, le Dr Thomas Gevaert, a élargi la discussion au statut même du médecin. « Parfois, nous avons l’impression de combiner le pire des deux mondes : nous perdons notre liberté mais aussi notre sécurité », a-t-il déclaré.

Il a plaidé pour préserver une marge de manœuvre, y compris dans le cadre des suppléments. « Laissez un peu de jeu au médecin qui est proche de son patient », a-t-il demandé, estimant que les hôpitaux innovants sont également pénalisés. « Celui qui innove se voit puni s’il ne peut plus demander de suppléments. »

Selon lui, « à l’étranger, il existe suffisamment d’exemples qui prouvent à quel point il est néfaste de restreindre trop fortement cette liberté ». Interrogé par le modérateur sur le pays auquel il pensait, il a répondu, « le Royaume-Uni et le NHS ». »

La notion d’« excès », mentionnée dans la loi-cadre, a suscité un échange tendu. Le président de la FMS, le Dr Stan Politis, a interrogé le panel : comment définir ces excès ?

Piet Calcoen, représentant de DKV, a avancé un chiffre frappant : « 600 à 700% ». Un pourcentage qu’il a justifié par l’exemple des consultations psychiatriques. « Un tarif de 30 euros pour une consultation complexe d’une heure est intenable », a-t-il estimé. « Dans certains cas, il faut appliquer un supplément de 600 à 700%. »

Pour lui, la difficulté tient aux écarts entre disciplines. « Il existe une grande discordance entre les spécialités et l’investissement en temps qu’elles exigent », a-t-il ajouté.

En fin de débat, la discussion s’est tendue sur le rôle des mutualités, après une intervention remarquée du Dr Romaric Croes, appelant celles-ci à cesser la vente d’assurances hospitalisation.

Jean-Pascal Labille s’est défendu en invoquant « l’accord historique de 1964 », qui fixe la répartition des rôles entre mutualités et assureurs privés, avertissant contre une dérive vers une médecine trop étatisée.

Mais le Dr Gevaert a répliqué vivement : « Les mutualités occupent une position inacceptable : elles participent à la fixation de nos tarifs, mais nous n’avons aucun mot à dire sur les décisions concernant les tarifs mutualistes. »

Le débat a illustré, au-delà des chiffres, les tensions persistantes entre accessibilité, financement hospitalier, liberté professionnelle et place des acteurs institutionnels, dans un système sous pression budgétaire croissante.

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Derniers commentaires

  • Francois Planchon

    12 février 2026

    Et pourquoi le débat ne tourne-t-il pas autour des revnus excessifs des mutuelles, qui ne devraient pas permettre de capitalisation aussi importante !
    Avec l'informatique actuelle, quand je vais chez le dentiste ou l'ophtalmologue (les 2 derniers exemples), je perçois le remboursement en même temps que le payement effectué au praticien...
    La diminution des frais administratifs qui en résulte, sans plus de traitement manuel, devrait aussi engendrer une économie pour l'INAMI ET les patients...
    Mais personne ne semble oser mettre en cause ce tabou... si ce n'est JLB qui voudrait taxer leurs profits comme ceux des entreprises... C'est une vue faussée : c'est l'existence même des profits qui est à mettre en cause SVP....

  • Robin GUEBEN

    12 février 2026

    Une pyramide de Ponzi (aussi bien construite soit-elle) finit toujours par s'effondrer naturellement. Un comportement mafieux d'une oligarchie (autant de monopole de la violence ait-elle) finit toujours inconsciemment détruite totalement depuis la base contrainte. On y est, c'est maintenant. Soit les fidèles (pour ne pas dire fanatiques) des modèles super-étatistes et autres grossistes de la solidarité le réalisent, soit ces organismes s'éteindront. Que les mutuelles, les maisons médicales au forfait et divers cadres de santé se réforment sinon elles disparaitront de facto.
    Le ministre Vandenbroucke et ceux qui lui soufflent à l'oreille se retrouveront bien ridicules d'envoyer des amendes à des hôpitaux vides de médecins comme il y a quelques années à la clinique André Renard.