Le ministre espère que les travaux consacrés à déterminer les coûts directs et indirects associés aux prestations médicales seront terminés début juillet. « Le résultat de cet exercice complexe est de délimiter la partie des honoraires médicaux qui doit être dédiée à la couverture des coûts, par rapport à la partie des honoraires qui sert à la rémunération professionnelle. Il est prévu de présenter ces résultats lorsqu’ils seront finalisés lors d’une réunion conjointe de la médico-mut et de la commission réunissant les hôpitaux et les organismes assureurs. J’espère que les résultats de cet exercice macro pourront être présentés avant le début de l’été. C’est notre objectif. Ces informations sont importantes pour pouvoir alimenter la négociation avec les médecins », a expliqué Frank Vandenbroucke.
Il a également annoncé la finalisation de l’échelle globale interdisciplinaire permettant de calculer les honoraires professionnels des médecins pour la fin de l’été 2026. « Il faudra ensuite multiplier la valeur relative d’une prestation par le nombre de prestations réalisées au niveau national. Ce nombre total de points pourra être mis en rapport avec le budget consacré à la partie professionnelle des honoraires. Cela permettra de convertir la valeur du point en euros. Cela donnera aussi lieu à une concertation avec la médico-mut. »
Le ministre a rappelé que la négociation sur les suppléments d’honoraires devrait aboutir avant la mi-2027.
Pour l’ensemble des réformes, le ministre fait preuve de son pragmatisme légendaire : « Si la négociation globale entre les acteurs n’aboutit pas à temps, le gouvernement décidera. L’objectif est de mettre en œuvre l’ensemble des deux grandes réformes, nomenclature et financement hospitalier, à partir de 2029. Par ailleurs, au niveau du financement, nous essayons de libérer plus rapidement les montants de rattrapage vers les hôpitaux. »
Quant à la réforme du paysage hospitalier, Frank Vandenbroucke rappelle que l’objectif est que les ministres membres de la CIM Santé prennent des décisions ensemble avant la fin du mois de juin.
Le ministre fédéral estime que, dans l’intérêt des patients et des travailleurs, il faut continuer à concentrer les soins là où c’est nécessaire. « Il y a, hélas, une forte résistance de la part du secteur à la concentration des soins complexes. Nous devons néanmoins continuer dans cette voie en visant tant la qualité des soins que l’utilisation des ressources. »
Pour le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, représenté par sa cheffe de cabinet adjointe, toutes ces réformes doivent se faire en concertation avec le secteur et en évitant la précipitation. « Un délai de 10 à 15 ans semble nécessaire. » Il est aussi indispensable de tenir compte des spécificités des zones rurales (démographie médicale, temps de déplacement, etc.).
Il y a-t-il un pilote dans le cockpit ?
Pour Santhea, la transformation du système de santé est nécessaire afin de répondre aux défis démographiques, financiers et organisationnels auxquels sont confrontées les institutions et les professionnels de terrain. Cependant, l’accumulation de réformes menées simultanément fait apparaître un risque de manque de cohérence et de collision entre les différentes transformations engagées.
« La Belgique ne manque pas de visions. Elle manque surtout d’un cockpit capable de piloter l’ensemble des réformes de manière cohérente », souligne Denis Herbaux, directeur général adjoint de Santhea. « Notre fédération estime que les calendriers politiques sont souvent trop courts pour permettre la mise en œuvre sereine de transformations structurelles dont les effets ne peuvent être mesurés qu’à moyen ou long terme. »
Pour augmenter les chances de réussite, Santhea plaide notamment pour :
- une planification claire et progressive des réformes ;
- la définition d’objectifs intermédiaires vérifiables ;
- la possibilité d’adapter ou de reporter certaines transformations lorsque les prérequis nécessaires ne sont pas réunis ;
- une meilleure cohérence entre les politiques hospitalières, la première ligne et les outils numériques de santé.
« La transformation du système de santé est nécessaire. Mais sans gouvernance solide, sans prendre le temps, sans ressources, sans outils et sans professionnels, elle risque de fragiliser ce qu’elle cherche précisément à préserver », analyse Yves Smeets, directeur général de la fédération patronale.









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Didier CLAUSE
08 juin 2026décalage majeur de calendrier: Le texte affiche une ambition de mise en œuvre des réformes dès 2029 alors que certains acteurs de terrain estiment qu’un horizon de 10 à 15 ans est nécessaire
Plusieurs réformes structurelles (nomenclature, honoraires, financement hospitalier, paysage hospitalier) sont menées simultanément sans démonstration claire de leur articulation.
Les négociations avec les médecins doivent s’appuyer sur des données encore non finalisées.
Le ministre affirme privilégier la concertation mais annonce que le gouvernement tranchera en cas d’échec, ce qui peut affaiblir la confiance des partenaires.
La concentration des soins est présentée comme un objectif prioritaire alors que les impacts sur l’accessibilité en zones rurales restent insuffisamment clarifiés.
La réforme repose sur des modèles macroéconomiques complexes dont les conséquences concrètes pour les hôpitaux et les spécialités médicales demeurent incertaines.
L’absence d’une gouvernance unique (« cockpit ») augmente le risque de contradictions entre réformes et de perte de cohérence stratégique.