Une étude longitudinale menée au Canada et publiée en juillet 2026 dans le Canadian Medical Association Journal dresse un constat préoccupant : l'épuisement professionnel pousse un nombre croissant de médecins urgentistes à réduire leur activité, voire à quitter définitivement leur spécialité.
L'enquête a suivi une cohorte de médecins interrogés à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie de Covid-19. Au total, 410 d'entre eux ont répondu au questionnaire. Parmi eux, 10 % avaient, entre-temps, abandonné la médecine d'urgence.
Deux médecins sur trois touchés par le burn-out
Le niveau d'épuisement mesuré dépasse celui observé lors d'une précédente enquête de novembre 2020. Près des deux tiers des médecins répondants présentent des scores élevés d'épuisement émotionnel, de dépersonnalisation, ou les deux à la fois. Pour les auteurs de l'étude, il ne s'agit plus d'un simple contrecoup passager de la pandémie, mais d'un phénomène durable. Les jeunes médecins et les femmes médecins semblent particulièrement exposés, ces dernières rapportant plus souvent un épuisement émotionnel marqué et une baisse de leur sentiment d'efficacité professionnelle.
Un système perçu comme défaillant
Les témoignages recueillis dans le cadre de l'étude dépeignent un système de santé à bout de souffle, où les urgences doivent compenser les lacunes des autres maillons de la chaîne de soins sans disposer des moyens nécessaires.
Parmi les principaux facteurs de stress identifiés figurent l'afflux croissant de patients et l'allongement des délais d'attente, le manque de lits d'hospitalisation disponibles, les difficultés d'accès aux soins primaires et spécialisés, l'insuffisance de soutien face aux problématiques sociales, ainsi que des attentes jugées irréalistes envers les capacités réelles des services d'urgence sur le terrain.
Des réformes structurelles réclamées
Si les dispositifs de soutien entre pairs, les temps de repos et les programmes de santé mentale peuvent soulager les équipes à court terme, ils ne s'attaquent pas aux causes profondes du problème. Les auteurs de l'étude appellent à des réformes structurelles : une meilleure prise en charge des patients en dehors des urgences, le développement de services dédiés aux personnes âgées et un renforcement du personnel non médical pour répondre aux besoins sociaux et organisationnels.
À travers cette étude, le message adressé aux hôpitaux est clair et sans détour : la lutte contre le burn-out des médecins ne peut se limiter à des mesures individuelles. Les effectifs, les capacités d'hospitalisation et le rôle que les services d'urgence sont contraints d'endosser pour pallier les failles du reste du système de santé sont tout autant en cause.
Une conclusion malheureusement pleinement applicable à la réalité du terrain en Belgique. Pour rappel, selon l'enquête nationale sur le bien-être Be.well.pro, un professionnel de la santé sur huit (12,5 %) présente un risque élevé de burn-out.
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