Les premiers chiffres de l'Inami sur les six mois ayant suivi la réduction du remboursement des statines et des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) montrent un recul des délivrances de ces médicaments. Ils constituent le premier bilan chiffré de la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026 et devront être confirmés sur une année complète avant d'en mesurer pleinement l'impact.
Depuis le 1er janvier 2026, les statines et les IPP sont passés de la catégorie B à la catégorie C des médicaments remboursés, entraînant une augmentation du ticket modérateur. Les IPP, utilisés par près d'un Belge sur cinq, et les statines, consommées par plus de 1,5 million de personnes – dont plus de 80% en prévention primaire –, figuraient parmi les médicaments visés par les mesures d'économies du gouvernement fédéral. Le taux moyen de remboursement des IPP est ainsi passé de 79% à 26%, tandis que celui des statines est passé de 78% à 52%.
L'Inami a communiqué à notre rédaction les premiers chiffres détaillés issus des données FarmaFlux couvrant la période de janvier à juin 2026. L'Institut invite toutefois à la prudence dans leur interprétation.
Entre mars et mai 2026, le nombre de délivrances de statines était inférieur de 5,4% à celui enregistré durant la même période de 2025. « Cette baisse est plus importante que la variation naturelle observée ces dernières années. Il semble donc qu'un léger effet négatif sur les volumes soit en train de se produire », analyse l'Inami.

Pour les IPP, les délivrances entre mars et mai 2026 ont diminué de 11,3% par rapport à la même période de 2025. Selon l'Association pharmaceutique belge (APB), si cette tendance devait se poursuivre – « ce qui est loin d'être certain » –, elle représenterait une diminution d'environ 850.000 emballages sur une base annuelle.
L'Inami rappelle toutefois que « avant 2026, pour les IPP comme pour les statines, les délivrances du mois de décembre sont toujours relativement importantes ». En moyenne, elles représentent 112% du volume moyen des onze premiers mois de l'année. En décembre 2025, juste avant l'entrée en vigueur de la réforme, elles ont atteint 124,4% pour les IPP et 123,4% pour les statines.
L'Institut souligne également que le premier semestre représente habituellement environ 101% du volume moyen des onze premiers mois de l'année, même si 2025 avait constitué une exception avec un niveau de 96%. En 2026, ce ratio est tombé à 87% pour les IPP et à 93% pour les statines.
« Il faudra davantage de recul pour juger si le niveau plus faible du premier semestre 2026 se maintient sur la durée. Si c'était le cas (ce qui n'est encore qu'une hypothèse à ce stade), on pourrait estimer que l'impact des diminutions de remboursement aurait provoqué une baisse des volumes consommés d'environ 6% pour les IPP et 2% pour les statines », précise encore l'Inami.









Derniers commentaires
Guy Berkenboom
04 aout 2026Je suis tout a fait d accord avec la remarque fe notre collegue Cogan.
La campagne anti statine en France a entraine une nette augmentation des syndromes coronariens aigus!!
En bref en faisant des economies sur l utilisations des statines, les depenses dans le traitement des pathologies coronaires vont nettement augmenter
G Berkenboom
Elie Cogan
03 aout 2026Les premiers chiffres communiqués par l’INAMI montrent une diminution des délivrances de statines après la réduction de leur remboursement. Il est évidemment prématuré d’en tirer des conclusions définitives, mais il est clair que les mesures budgétaires produisent un effet sur les prescriptions.
Il faut reconnaître que les statines sont probablement encore prescrites de manière excessive dans certaines situations, en particulier en prévention primaire lorsqu’elles ne répondent pas aux recommandations de bonne pratique ou que le risque cardiovasculaire global ne justifie pas un traitement médicamenteux. Favoriser une prescription plus pertinente constitue donc un objectif légitime.
En revanche, l’analyse ne peut se limiter aux économies réalisées ou au recul global des délivrances. La question essentielle est de savoir quels patients ont interrompu leur traitement. S’agit-il principalement de patients pour lesquels la prescription était discutable ou, au contraire, de patients présentant un risque cardiovasculaire élevé, chez lesquels le bénéfice des statines est solidement démontré ? Sans cette information, toute évaluation de la réforme demeure incomplète.
L’expérience française devrait nous inciter à la prudence. La controverse médiatique autour des statines, largement relayée dans les médias à la suite des prises de position du Pr Michel de Lorgeril, a conduit de nombreux patients à remettre en question leur traitement. L’étude EVANS a estimé que si les intentions d’arrêt observées avaient été suivies d’effet, elles auraient pu conduire à près de 5 000 événements cardiovasculaires majeurs, dont plus de 1 100 décès en une année (Danchin et al., Arch Cardiovasc Dis, 2013). Une étude britannique publiée ultérieurement dans le BMJ a confirmé qu’une couverture médiatique défavorable des statines s’était accompagnée d’une augmentation significative des interruptions de traitement, avec un impact potentiel estimé entre 2 173 et 6 372 événements cardiovasculaires supplémentaires sur les dix années suivantes (Matthews et al., BMJ, 2016).
Ces travaux rappellent la responsabilité particulière des médias lorsqu’ils diffusent des messages susceptibles d’influencer l’adhésion à des traitements dont l’efficacité est démontrée chez les patients appropriés. Mais, en miroir, la responsabilité de l’INAMI est plus importante encore. En tant qu’instrument opérationnel de la politique de santé, l’Institut ne peut se limiter à constater une diminution des dépenses ou des délivrances : il lui appartient d’identifier les patients qui interrompent leur traitement et d’évaluer les conséquences de ses mesures sur la morbidité, la mortalité et les hospitalisations cardiovasculaires. Cette exigence de suivi clinique est indissociable de sa mission de santé publique.
Une diminution des prescriptions ne constitue une réussite que si elle concerne essentiellement les prescriptions inappropriées. Des mesures linéaires, appliquées indépendamment du risque cardiovasculaire individuel et sans évaluation de leurs conséquences cliniques, ne peuvent constituer une politique de santé pleinement acceptable. L’objectif doit être une prescription plus pertinente, fondée sur les recommandations et adaptée à chaque patient, et non une simple réduction du volume des prescriptions.
Références
1. Danchin N, Almahmeed W, Al-Rasadi K, et al. Evaluation of the impact of the recent controversy over statins in France: the EVANS study. Arch Cardiovasc Dis. 2013;106(11):606–614.
2. Matthews A, Herrett E, Gasparrini A, et al. Impact of statin related media coverage on use of statins: interrupted time series analysis with UK primary care data. BMJ. 2016;353:i3283.