Première cause de mortalité chez les jeunes, le suicide reste un angle mort majeur des politiques de santé mentale. Au Parlement wallon, l’examen d’une proposition de résolution du PS a mis en lumière les failles du suivi après tentative de suicide, la saturation du secteur et les inquiétudes budgétaires qui pèsent sur la première ligne.
Avec près de 1.700 décès par an en Belgique, soit environ cinq par jour, le suicide constitue un enjeu de santé publique majeur. Chez les 15-24 ans, plus d’un décès sur quatre est dû à un suicide. En s’appuyant sur une étude publiée fin 2025 par Solidaris, le PS a défendu une proposition de résolution visant à intensifier la prévention. Les chiffres avancés sont lourds : plus d’un jeune sur six, âgé de 8 à 25 ans, récidive après une hospitalisation pour tentative de suicide ; un sur cinq n’a eu aucun contact avec un médecin généraliste dans les trois mois avant ou après cette hospitalisation ; quatre sur dix n’ont reçu aucun traitement médicamenteux dans les six mois entourant leur admission.
« Les acteurs de terrain croulent littéralement sous les demandes »
Pour Sabine Roberty (PS), ces chiffres imposent de muscler la prise en charge au plus près du terrain. « Il est primordial que la prise en charge soit renforcée, tant pour la prévention des suicides que pour les risques de récidive », insiste la députée socialiste. Elle plaide pour que « la prévention du suicide soit mieux représentée au sein de la première ligne de soins », via une meilleure coordination de l’offre locale.
Le débat a aussi remis en pleine lumière les craintes du secteur face aux économies annoncées à l’Aviq. « Les acteurs de terrain croulent littéralement sous les demandes », affirme Sabine Roberty. Éliane Tillieux a, elle, relayé l’inquiétude de la Fédération des centres de télé-accueil face à une possible disparition de la ligne 107. « Le 107 empêche de nombreux passages à l’acte, soulage de nombreuses personnes en souffrance, évite la surcharge, voire la saturation dans d’innombrables services actifs en santé mentale », a-t-elle souligné. Et d’ajouter : « Les emplois créés via la mesure “180 ETP Psy” pourraient aussi être remis en cause via les économies envisagées au sein de l’Aviq. »
Mathilde Vandorpe (Les Engagés) a tenté d’éteindre l’incendie. « Les 180 ETP sont bien maintenus et il n’est pas question de supprimer les centres de télé-accueil », a-t-elle assuré, tout en appelant à ne pas réduire le débat à un procès en inaction. « Ce n’est pas un problème qui va se résoudre en un claquement de doigts. »
Précarité, discriminations, politiques publiques
Au fil des interventions, plusieurs partis ont élargi la focale. Pour le PS, le suicide ne peut pas être réduit à une seule cause : « troubles psychiques, isolement social, précarité économique, violences, difficultés d’accès aux soins » s’entremêlent. Ecolo a insisté sur la vulnérabilité accrue des publics LGBTQIA+ et des personnes migrantes. Veronica Cremasco a défendu l’idée que le suicide n’est « pas qu’une tragédie individuelle, mais aussi un révélateur de l’état de notre société et d’un échec collectif ».
Dans cette logique, le PS propose de développer « une analyse d’impact en santé mentale pour toute réforme sociale ou économique ». Une piste jugée particulièrement importante par Ecolo. Le MR, tout en reconnaissant « l’urgence d’agir », a plaidé pour un audit de l’existant avant d’« empiler de nouvelles mesures dans un système ».
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