Le paysage belge des soins de santé compte une nouvelle association professionnelle. Avec la création de la Société Belge de Microbiologie Médicale – Belgische Vereniging voor Medische Microbiologie (SBMM-BVMM), les microbiologistes médicaux souhaitent faire entendre plus clairement leur voix dans les politiques de santé. La microbiologie médicale est une sous-discipline de la biologie clinique et dispose pour la première fois, avec la SBMM, de sa propre association professionnelle.
Selon les fondateurs, la création d’une association distincte n’est pas un luxe superflu. Les microbiologistes médicaux remplissent aujourd’hui plusieurs rôles simultanément. « Pour moi, un microbiologiste médical ressemble un peu à un couteau suisse », explique le président ad interim, le Dr Steven Martens. « Un seul manche avec plusieurs fonctions fiables qui peuvent chacune faire la différence au moment opportun. »
Avec la SBMM, les microbiologistes souhaitent rendre leur expertise plus visible, tant dans la pratique des soins que dans les politiques de santé. « Tant chez les médecins que chez les pharmaciens, le sentiment existait qu’il était temps de créer une association propre aux microbiologistes », déclare le Dr Steven Martens.
Subdiscipline avec sa propre dynamique
La microbiologie médicale fait partie de la biologie clinique, aux côtés de disciplines telles que la chimie clinique, l’hématologie et le diagnostic moléculaire. La microbiologie possède toutefois une dynamique propre au sein du système de soins. Les décisions relatives aux maladies infectieuses, à la politique antibiotique et à la prévention des infections dépassent souvent le cadre du laboratoire et ont un impact direct sur le traitement clinique, l’organisation hospitalière et la santé publique.
Selon le Dr Steven Martens, c’est précisément ce qui rend la position des microbiologistes particulière. « Une décision prise dans le laboratoire de microbiologie influence non seulement le diagnostic, mais aussi les choix thérapeutiques, la politique antibiotique et la prévention des infections. » La discipline se situe ainsi au croisement du diagnostic de laboratoire, de la médecine clinique et de la santé publique.
Avec la SBMM, les microbiologistes souhaitent veiller à ce que cette expertise soit également représentée de manière structurelle lorsque sont élaborées les politiques et réglementations relatives aux maladies infectieuses, à la résistance antimicrobienne et au diagnostic.
L’association a été officiellement lancée début mars lors d’une réunion institutionnelle et scientifique organisée au Parlement fédéral. Environ quatre-vingts microbiologistes venus de tout le pays ont participé à cette journée de lancement. Le président de la Chambre, M. Peter De Roover, a ouvert le symposium et a souligné l’importance sociétale des microbiologistes, un rôle qui est devenu particulièrement visible pour le grand public durant la crise du COVID-19.
Issue de deux structures faîtières
La SBMM est issue d’une collaboration entre deux structures professionnelles existantes au sein de la biologie clinique. D’une part, l’Union professionnelle belge des médecins spécialistes en biopathologie médicale (UPBMSBP). D’autre part, la Société belge des pharmaciens spécialisés en biologie clinique (SBPSBC), qui défend les intérêts des pharmaciens biologistes cliniciens.
Au sein de ces deux organisations, un groupe de travail consacré à la microbiologie existait déjà depuis plusieurs années. C’est à partir de cette collaboration qu’a émergé l’idée de créer une association distincte spécifiquement dédiée à la microbiologie médicale. Selon le Dr Steven Martens, le moment était venu de franchir cette étape. La SBMM relève des deux associations faîtières, mais doit permettre à la microbiologie médicale de mieux faire valoir sa place comme discipline à part entière.
Entre laboratoire, clinique et politique
Le professeur Koen Magerman a replacé la nouvelle association dans un cadre politique plus large. Il a présenté un aperçu des différents organes et structures impliqués en Belgique dans les politiques relatives aux maladies infectieuses, à la résistance antimicrobienne et au diagnostic microbiologique. Il a souligné que les microbiologistes jouent un rôle clé au carrefour du diagnostic de laboratoire, des soins cliniques et de la santé publique.
« Cela n’arrive qu’une seule fois dans la vie d’un microbiologiste », a-t-il déclaré en ouverture de son exposé consacré à la création d’une association professionnelle nationale pour la discipline. Selon le professeur Koen Magerman, les microbiologistes ne sont pas seulement des experts de laboratoire, mais aussi des conseillers importants pour les cliniciens et les hôpitaux en matière de traitement des infections, de prévention des infections et de surveillance épidémiologique.
Rôle clé dans la politique de lutte contre les infections
La seconde partie de la journée de lancement a également abordé le contexte international. La professeure Deborah De Geyter et le professeur Valentijn Schweitzer ont présenté le rôle des microbiologistes dans la prévention et le contrôle des infections en Belgique et aux Pays-Bas. Une comparaison des programmes de gestion des antimicrobiens dans les deux pays a ensuite été présentée par le Dr Steven Vervaeke et le Dr Erlangga Yusuf. Ces programmes visent à promouvoir un usage responsable des antimicrobiens et à lutter contre l’émergence de résistances.
Selon le Dr Steven Martens, ces interventions illustrent à nouveau l’ampleur des missions de la discipline. « Un microbiologiste médical est à la fois conseiller en maladies infectieuses et expert de laboratoire. Nous jouons un rôle important dans le diagnostic stewardship et fournissons régulièrement des avis thérapeutiques aux collègues cliniciens. Les microbiologistes sont également actifs depuis des décennies dans les programmes de bon usage des antimicrobiens, l’antibiothérapie parentérale ambulatoire (OPAT), la prévention des infections et l’épidémiologie. »
Ambitions pour l’avenir
La SBMM souhaite, dans les prochaines années, devenir un interlocuteur reconnu des décideurs politiques. « L’association doit devenir un point de contact identifiable pour tous ceux qui sont impliqués dans la politique de lutte contre les infections et contre la résistance antimicrobienne », déclare le Dr Steven Martens.
L’organisation veut également veiller à ce que l’expérience de terrain et l’expertise scientifique des microbiologistes pèsent davantage dans l’élaboration des réglementations. « À terme, il faut aussi une reconnaissance accrue des prestations intellectuelles que les microbiologistes fournissent chaque jour. »
Avec la SBMM, les microbiologistes veulent s’assurer que leur expertise polyvalente soit davantage visible dans les politiques et l’organisation des soins. Ou, comme le résume le Dr Steven Martens, le microbiologiste médical est un couteau suisse, « mais il est temps que le système apprenne lui aussi comment et quand utiliser au mieux cet outil ».








