Pourquoi les hôpitaux ne créeraient-ils pas des structures spécifiques dédiées à éviter le cancer ? Une manière efficace de renforcer la prévention et de réduire les complications pour les patients en proposant différents dépistages et des consultations groupées.
On le sait, la prévention en matière de cancer est promue depuis des décennies. Des programmes nationaux spécifiques pour le dépistage à large échelle de plusieurs types de cancers ont été mis en place : sein, peau, prostate, côlon… Pour ce dernier, toute personne reçoit normalement, à partir de l’âge de 50 ans, un petit kit de dépistage par la poste, l’invitant à faire elle-même un test de selles et à l’envoyer gratuitement à un laboratoire. Un résultat positif l’invite à passer une colonoscopie.
Les campagnes de sensibilisation, par les médecins traitants et les médias, sont assez régulières. Et pourtant, les statistiques sont assez désastreuses : on n’atteint en général pas 50 % de dépistage parmi la population concernée, en particulier en Belgique francophone. Avec pour conséquence que ce sont 80 000 nouveaux cancers qui sont diagnostiqués dans le pays chaque année, la plupart lorsque les symptômes se sont déclarés, c’est-à-dire à un stade avancé.
Les freins à l’acceptation du dépistage sont connus : la peur du diagnostic, la négligence, le coût des actes. Et pourtant, toute la communauté hospitalière le sait : la prévention du cancer, pour les plus fréquents d’entre eux, est extrêmement efficace dans l’amélioration du pronostic. Elle l’est aussi dans le bilan financier global pour le système de santé, grâce aux traitements lourds qu’elle permet d’économiser, sans parler bien sûr des souffrances et des angoisses de la maladie qu’elle évite au patient. Alors, ne faudrait-il pas changer de méthode ?
Depuis des années, les hôpitaux proposent des prises en charge ciblées dans des modes d’organisation originaux, comme les « cliniques du dos », les « travel clinics », les « SOS mains », les « cliniques de la douleur » ou les « cliniques du sport », et quelques autres encore. Il s’agit de concentrer des équipes multidisciplinaires autour d’un éventail de pathologies concernant une problématique déterminée. Pourquoi les hôpitaux ne créeraient-ils pas, de la même manière, des structures spécifiques dédiées à éviter le cancer ?
Je dis bien « éviter ». Car la première barrière à faire tomber est la croyance qu’on est irrémédiablement malade lorsque les premières cellules malignes sont détectées, ce qui fait peur à beaucoup et incite à se mettre la tête dans le sable et à croiser les doigts pour que « rien n’arrive ». Or, si un nævus in situ ou un polype malin pris à temps doivent toujours induire une surveillance ultérieure, ils ne sont pas pour autant la cause d’une maladie pour le patient : leur résection évite toute conséquence négative.
La seconde est le sentiment que tous ces dépistages sont actuellement organisés indépendamment les uns des autres et qu’il est compliqué de s’adresser au bon spécialiste avec la bonne régularité. Il faut prévoir une visite chez le dermatologue, une mammographie ou un bilan prostatique, une colonoscopie, à des fréquences variables qui dépendent des diagnostics antérieurs. Quant au dépistage systématique du cancer du poumon, il semble encore dans les limbes…
Tarification préférentielle
Un suivi par une structure administrative qui gérerait tous les dépistages utiles et proposerait au patient des consultations groupées, dont la fréquence serait induite par les résultats antérieurs, serait nettement plus efficace. Les rendez-vous ultérieurs seraient proposés en fonction des résultats des investigations pour tous les organes scrutés, en groupant tous les examens possibles sur une seule journée.
Enfin, une tarification préférentielle, voire une gratuité complète pour le patient qui suivrait scrupuleusement le programme qui lui est proposé, constituerait un incitant supplémentaire. Le coût que cette initiative représenterait serait certainement largement compensé par le coût des soins lourds qu’une telle prévention permettrait d’économiser.
Les hôpitaux, par la large gamme de spécialités médicales dont ils disposent, semblent les structures les plus adaptées pour proposer un suivi préventif multi-organes pertinent et groupé à leurs patients, en fonction de leur âge et de leurs antécédents, en coordination avec les médecins traitants. À quand donc les premières cliniques « évitons tous les cancers » ?








