La réduction de moitié du remboursement de la lithotritie des calculs rénaux (LEC) crée de l’incertitude (Dr Thomas Adams)

Il y a quinze ans, l’urologie en Belgique restait encore largement marquée par la chirurgie ouverte classique et les techniques endoscopiques traditionnelles. Depuis lors, la discipline a évolué vers un domaine hautement technologique, où la chirurgie robot-assistée, l’intelligence artificielle (IA) et l’hyperspécialisation donnent le ton. Le patient reste au cœur des soins, mais le parcours allant du diagnostic au suivi a été fondamentalement modifié. Aujourd’hui, une certaine incertitude règne parfois, écrit le Dr Thomas Adams, président de l’Association belge d’urologie et membre du conseil d’administration de l’Association professionnelle d’urologie.

L’émergence du robot Da Vinci a représenté une véritable révolution, en particulier pour les interventions oncologiques telles que les chirurgies de la prostate, du rein ou de la vessie. De nombreuses indications bénignes – de la pyéloplastie aux reconstructions complexes – sont également traitées aujourd’hui par voie robotique. Moins de pertes sanguines, une récupération plus rapide et de meilleurs résultats fonctionnels constituent des avantages indéniables. Pourtant, l’absence de remboursement de ces interventions représente un défi structurel : les surcoûts sont souvent supportés par l’hôpital et le patient, ce qui entrave en partie l’innovation et les projets d’avenir.

La renaissance récente de l’endo-urologie est également frappante. De nouvelles techniques telles que HOLEP, MILEP, mini-perc (mini-néphrolithotomie percutanée) et l’urétéro-rénoscopie flexible ont profondément modifié la prise en charge de l’hyperplasie bénigne de la prostate et de la lithiase urinaire. Avec une incision minimale, une durée d’hospitalisation réduite et des protocoles standardisés, ces procédures gagnent fortement en terrain.

Réforme de la nomenclature : tension

La réforme imminente de la nomenclature au 1er janvier 2026 maintient le secteur sous tension. Récemment, la base de remboursement de la circoncision rituelle a été fortement restreinte, avec des conséquences possibles également pour le remboursement de cette intervention pour plusieurs indications médicales. La réduction de moitié de la rémunération de la LEC (lithotritie extracorporelle par ondes de choc) crée une incertitude quant à la rentabilité de cette méthode thérapeutique. Sans mécanismes de financement adaptés, l’accessibilité de soins essentiels et innovants est menacée.

Rôle de l’urologue dans le paysage de soins futur

L’urologue conserve un rôle central de chef d’orchestre tout au long du parcours de soins – du diagnostic, de la discussion multidisciplinaire et de l’exécution de l’intervention jusqu’au suivi à vie. Cela exige une formation continue dans chacun de ces sous-domaines. La collaboration étroite avec les médecins généralistes, les collègues spécialistes, les infirmiers et les associations de patients reste également essentielle pour des soins de qualité, proches du patient, au sein d’un réseau hospitalier. À l’heure des grands réseaux et des fusions, il devient de plus en plus important, en tant que discipline, de pouvoir garantir à la fois qualité et proximité.

L’intelligence artificielle offre des opportunités telles que l’interprétation rapide des images, l’optimisation des flux de travail et la reconnaissance de schémas dans de vastes ensembles de données. L’IA générative peut aider via la génération automatique de rapports, la planification préopératoire et même un accompagnement en temps réel lors des interventions. Cela améliore l’efficacité et la qualité et permet de proposer à chaque patient un parcours plus personnalisé. La robotisation et l’automatisation robotisée des processus (RPA, Robotic Process Automation) seront très probablement la prochaine grande évolution en complément de l’IA générative.

Nouveaux défis

Cependant, les avancées technologiques et la robotisation vont de pair avec de nouveaux défis : qui est responsable en cas de décisions erronées de l’IA ? Comment garantir la confidentialité des données des patients ? Et comment maintenir des soins abordables alors que les investissements augmentent fortement, d’autant plus que pour de nombreuses technologies innovantes, aucun remboursement adéquat n’est prévu ? Parallèlement, la surréglementation et le soutien limité des pouvoirs publics à l’innovation exercent un effet paralysant sur le développement d’un service d’urologie. La hausse des coûts du matériel et du personnel fragilise le modèle économique et met sous pression l’accès continu à des soins de haute qualité et innovants. Les soins urologiques requièrent une expertise infirmière spécifique – le marché du travail reste tendu et l’arrivée de nouveaux talents est nécessaire pour assurer le fonctionnement du service.

Pour relever ces défis, un changement de paradigme est nécessaire et nous devons devenir bien davantage une discipline guidée par les données (data driven). C’est en analysant et en interprétant nous-mêmes ces données que nous pourrons optimiser la qualité de notre travail en élaborant des trajectoires d’amélioration. Le patient est, en tant que moteur, demandeur d’initiatives visant à améliorer la qualité. L’accessibilité aux données reste cependant un problème majeur, celles-ci étant dispersées entre les hôpitaux, les mutualités et l’INAMI. Il est temps que toutes les parties prenantes aillent dans la même direction, tant dans l’intérêt de la qualité des soins que dans celui de l’efficience des coûts.

Tout cela requiert, selon moi, une représentation syndicale forte et une association professionnelle efficace, soutenue par la société scientifique, qui défendent les intérêts de la discipline à tous les niveaux.

En conclusion : l’urologie belge se trouve à un carrefour. La robotisation, l’IA et les techniques mini-invasives offrent des perspectives inédites, mais l’incertitude structurelle, la pénurie de personnel et le besoin persistant d’innovation menacent le développement futur de la discipline. Le défi consistera à continuer, malgré tout, à travailler de manière proche, humaine et qualitative, ancrée dans un modèle économique et organisationnel solide. Si l’urologie est une discipline en transition, la motivation et le soin apporté au patient en restent le fondement.

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