«Jusqu’où les étudiants en médecine devront-ils aller pour être entendus?» (Ethan Rigaux)

En stage de médecine, Ethan Rigaux, président du Conseil fédéral de la FEF et coordinateur du Conseil étudiant à l’ULB, tire la sonnette d’alarme. Ce qu’il décrit ne concerne pas seulement les étudiants. Cela concerne la médecine de demain — et les médecins d’aujourd’hui.

Voici quelques semaines, un vote historique à 99 % a eu lieu pour boycotter les gardes. Un vote des étudiants en médecine de l’ULB et de l’UMons qui, pour la première fois depuis très longtemps, se sont collectivement battus pour leurs droits et refusaient d’assurer leurs gardes à l’Hôpital universitaire de Bruxelles (HUB). Cette grève était intervenue à la suite de la décision prise par la direction du réseau hospitalier de ne plus payer les gardes des étudiants dans les hôpitaux universitaires (l’Institut Jules Bordet, l’hôpital Erasme et l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola).

L’impact financier sur l’étudiant

Les étudiants font des gardes de nuit, des week-ends, des journées à rallonge. Ils se déplacent parfois à des dizaines de kilomètres de chez eux pour leurs stages. Ils paient leur logement, leurs transports, leur nourriture. Et ils ne reçoivent rien en échange — ni salaire, ni défraiement, ni même une protection légale minimale contre les abus. La plupart d’entre elles et d’entre eux avaient accepté cette situation comme une fatalité — jusqu’à ce vote.

Faire des études de médecine en Belgique est encore aujourd’hui soumis à un privilège financier. Pas une vocation accessible à toutes et tous. La démocratisation de l’enseignement supérieur, évoquée par certains partis, bute sur cette réalité.

À cela s’ajoute une autre réalité financière : jobber en même temps que ses études de médecine, lorsqu’on est en stage, est très compliqué. Et encore plus quand on est de garde.

La question du maître de stage

À l’hôpital, la situation est compliquée. Depuis quelques années à l’HUB, les étudiants doivent faire attester leur présence en stage par un médecin du service. Sur le papier, cette démarche doit permettre d’éviter les abus. Dans la réalité, il s’agit d’une charge administrative supplémentaire, sans bénéfice pour l’étudiant et qui, en plus, n’a pas réglé le problème des heures supplémentaires imposées. En effet, le vrai problème reste intact : finir après l’heure est culturellement accepté — voire encouragé — dans les hôpitaux.

À cela s’ajoute une autre problématique très concrète : celui qui demande à l’étudiant de rester est le même qui lui mettra une note. Le même qui siégera peut-être au jury de spécialisation. Ce conflit d’intérêts absolu n’a, à ce jour, aucun verrou institutionnel. Quand un étudiant est en stage dans un service, que peut-il faire si son maître de stage lui demande de rester jusqu’à 22 heures ? L’étudiant sait que sa note influencera son accès à la spécialisation qu’il vise depuis le début de ses études. Il reste. Il ne dit rien. Et il recommencera le lendemain — parce que se plaindre, c’est risquer sa carrière.

Les étudiantes : un manque de respect

En plus, une autre question doit être abordée : en fonction du genre de l’étudiant ou de l’étudiante, le stage va se passer plus ou moins bien selon le maître de stage. Il y a des services à éviter. Des noms qui circulent. Des étudiantes qui doivent être beaucoup plus attentionnées, soucieuses de ne pas faire d’écarts avec certains maîtres de stage, parce que les retombées sont plus fortes. Il s’agit d’une réalité documentée par les remontées de terrain des associations étudiantes — et que les facultés de médecine connaissent. La question n’est pas de savoir si c’est vrai. La question est de savoir pourquoi cette situation dure.

Agir et réagir

Ces pratiques sur le terrain sont peut-être le fait d’une minorité, mais elles sont le produit d’une culture hospitalière que la grande majorité des maîtres de stage perpétue, souvent sans y penser, parce qu’ils les ont eux-mêmes vécues. Il est essentiel d’inscrire la condition des stagiaires à l’agenda des négociations avec le cabinet de Frank Vandenbroucke. Ce sont les médecins de demain, leur formation concerne directement tous les acteurs de la santé. La FEF a soumis des propositions de loi sur la rémunération des stagiaires en médecine. Nous n’avons reçu aucune réponse du cabinet de Frank Vandenbroucke. Certains partis politiques ont manifesté de l’intérêt — mais le sujet n’est visiblement pas à l’ordre du jour. Aujourd’hui, l’enseignement, la culture, les soins de santé — tout est attaqué sur tous les fronts. Quand on touche à l’enseignement des soins de santé, on se doute bien que c’est encore moins l’enjeu du moment. Former un médecin en Belgique coûte cher à la société. Faire porter cette formation par l’étudiant seul — via deux ans de travail gratuit — n’est pas un choix anodin. C’est un choix politique. Un choix que la profession médicale, dans son ensemble, a jusqu’ici trop largement laissé faire.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Céline Ego

    04 juin 2026

    Bonsoir,
    en effet, les horaires des gardes (et de certains stages, y compris les stages en été) sont réellement problématiques pour les étudiants qui nécessitent de financer leurs études... En tant que Maître de stage qui accueille de nombreux stagiaires en médecine générale toutes facultés confondues, j'ai en effet entendu de nombreux témoignages en ce sens. Je pense que les horaires de prestation sont importants à respecter et qu'un étudiant épuisé n'assimile plus.
    Bien entendu, nous n'avons pas non plus été payé lorsque nous étions stagiaires (excepté par un plateau repas pour les nuits de garde) et nous ne sommes pas non plus rémunérés pour former nos stagiaires...
    Je pense qu'il est tout de même difficile d'envisager d'être payé alors qu'on est en apprentissage et pas encore apte à pratiquer en autonomie, car étant donné que vous ne disposez pas d'un numéro inami qui pourrait permettre une facturation aux mutuelles, quel budget pourrait financer vos prestations ? ...
    Courage aux étudiants et à ceux qui les défendent

  • Nathalie PANEPINTO

    31 mai 2026

    Les étudiants du master (ex doctorat) de la faculté de médecine de l'UCL n'ont jamais été payés. Pour quelle raison Mr Ethan Rigaux n'évoque-t-il pas cela ? De qui est-il représentatif et quelle est sa légitimité ? Par ailleurs, peut-il proposer des sources de financements ? Des propositions constructives sont toujours bienvenues, cela demande cependant des efforts.

  • Thierry Devigth

    29 mai 2026

    Quel beau texte. je m'étonne qu'il ne soit pas rédigé en écriture inclusive. Pas encore diplômé et déjà revendicateur. Et Président du conseil fédéral de la FEF. Bravo :grève votée à 99% même le Politburo soviétique et le PC Chinois n'y arrivent pas. Ça promet en terme de disponibilité pour les futurs patients.
    J'avoue mon inculture. Je croyais que FEF était l'acronyme de Fédération des Étudiants Francophones. Après lecture il semble être maintenant Front des Étudiants Fainéants. Mais pas de panique Monsieur, le ministre VdB vous prépare un beau NHS ,vous y serez bien. À moins qu'une carrière politique ne vous ouvre les bras. Au PTB?

  • Igne PARMENTIER

    29 mai 2026

    Un sacerdoce !!!! Qu'est ce qu'il ne faut pas entendre !

  • Charles PARMENTIER

    28 mai 2026

    Un stagiaire est là pour observer et apprendre, son salaire c'est le savoir et le savoir faire. Son stage coûte du temps et de l'énergie pour le personnel soignant qui l'encadre, de façon bien souvent non rémunérée.
    On revendique des droits sans assumer ses devoirs.
    Ponctualité, rigueur, connaissances théoriques de base, respect du patient et du personnel sont des pré-requis indispensables avant toute revendication.

  • Eric ALARDEAU

    28 mai 2026

    Bien d’accord avec l’opinion de notre estimé confrère et ami le dr DELDIME ;néanmoins l’opinion de l’auteur de l’article est aussi pertinente :je n’oublierai jamais que ma mère a fait des ménages, comme on disait pour participer au financement de mes études….donc une rétribution minimale de l’étudiant est indispensable !Mais que la jeune garde ,si vous me permettez ce clin d’œil ,n’oublie pas que notre profession est d’abord de SERVIR et non comme disait un professeur de médecine rencontré hier ,de PRESTER ses heures mais de tout réduire à ses intérêts personnels !Dr ALARDEAU.

  • Paul DELDIME

    28 mai 2026

    Constat remarquable et qui reste perpétuel avec une remarque pertinente: « la majorité des maîtres de stage perpétue cette réalité par ce qu’ils l’ont eux-mêmes connue !
    Vieux maître de stages je persisterai toujours à côtier 10/20 un stagiaire qui ne quitte pas l’hôpital 2 minutes après moi. Qu’il n’oublie pas que la médecine est un sacerdoce et que les médecins sont les vaches à lait du système de santé belge.