"Postcolonial?": une nouvelle exposition sur l'héritage colonial européen à Bruxelles

L'exposition temporaire "Postcolonial?" ouvrira samedi à Bruxelles, à la Maison de l'histoire européenne, où elle sera accessible gratuitement jusqu'au 14 mars 2027. Présentée jeudi à la presse, elle propose une réflexion sur la manière dont l'histoire coloniale continue de façonner le monde actuel et sur la place que cet héritage occupe encore dans les sociétés européennes contemporaines.

Le parcours se décline en quatre sections. Il revient d'abord sur les fondements structurels du colonialisme européen et sa longue histoire, du XVe siècle à 1945. Il s'intéresse ensuite à la manière dont les Européens ont conservé leur pouvoir après l'effondrement de leurs empires, puis aux espoirs et aux difficultés nés des indépendances. La dernière partie examine les traces actuelles de cet héritage, notamment dans l'éducation, les soins de santé, le logement, la police et la politique. 
"Postcolonial?" rassemble 195 objets et documents historiques datant du VIIe siècle à nos jours, 25 œuvres d'art contemporain et huit récits personnels filmés. Ces témoignages explorent la manière dont le colonialisme a façonné, et continue de façonner, des trajectoires individuelles. L'exposition entend ainsi faire dialoguer objets, art et récits de vie autour d'une lecture critique du passé colonial européen. 
La directrice de la Maison de l'histoire européenne, Constanze Itzel, a souligné qu'un musée consacré à l'histoire européenne a la responsabilité de rendre justice à l'héritage colonial du continent et de questionner les récits dominants. 
La commissaire Ayoko Mensah a, elle, insisté sur la nécessité de regarder aussi les angles morts de cette histoire. "Quand on parle du passé colonial, qui sait que plusieurs millions de soldats issus des colonies ont combattu lors des deux guerres mondiales ?", a-t-elle relevé jeudi. Selon elle, cette histoire a été sciemment cachée, notamment après la Deuxième Guerre mondiale, lorsque Winston Churchill, Franklin Roosevelt et Charles de Gaulle ont décidé de ne pas faire défiler ni montrer les nombreux soldats noirs ayant combattu en Europe et ailleurs.
Le point d'interrogation du titre renvoie d'ailleurs à cette volonté d'ouvrir le débat. "Avec le ? de Postcolonial?, on interroge aussi le temps postcolonial dans son rapport avec le temps colonial, que ce soit dans les pays colonisateurs que dans les pays colonisés", a encore expliqué Ayoko Mensah. L'exposition entend ainsi montrer que la fin officielle des empires n'a pas mis fin aux rapports de domination, aux inégalités héritées ni aux représentations forgées durant des siècles de colonisation.
Le musée souligne aussi que cette lecture ne s'arrête pas à la chronologie des conquêtes et des indépendances. La première section met en avant les caractéristiques structurelles du colonialisme et ses intersections avec le patriarcat, le capitalisme et l'esclavage, tout en accordant une place aux résistances. 
D'autres volets s'intéressent aux continuités du pouvoir européen après 1945 et aux défis auxquels ont été confrontés les nouveaux États indépendants. La dernière section relie explicitement ce passé aux inégalités et aux luttes actuelles.
Autour de l'exposition, des performances, ateliers, conférences, visites guidées et un module numérique destiné aux enseignants du secondaire sur l'enseignement de l'antiracisme ont également été annoncés. Des visites seront proposées en français, néerlandais, allemand et anglais, y compris pour un public intergénérationnel à partir de six ans. 
Le musée a aussi prévu plusieurs activités participatives avec des artistes, universitaires, activistes et acteurs culturels afin d'approfondir le dialogue autour de l'exposition.

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