Préoccupant : 50% d’augmentation de la tuberculose à Bruxelles !

Le service des Maladies Infectieuses du CHU Saint-Pierre à Bruxelles a enregistré un taux de croissance inquiétant du nombre de cas de tuberculose multisensible . En effet, le service du Pr Stéphane De Wit tire la sonnette d’alarme auprès des autorités bruxelloises. Entre 2016 et 2017, le nombre de cas recensés uniquement par cet hôpital de référence est passé de 70 à 105, soit une augmentation de 50% ! Il s’agit d’un réel souci pour le responsable du service. « Jamais nous n’avons vu une telle augmentation dans la population que nous drainons dans notre hôpital », s’inquiète S. De Wit.

Il s’agit de souches de Bk multisensibles et non celles qui font plus souvent la Une et qui sont multirésistantes. « Selon nous, il s’agit clairement d’un marqueur de la paupérisation croissante de notre société. Ce sont les personnes en grande précarité qui sont concernées et, plus particulièrement, les SDF », précise-t-il. Précisons que ces chiffres ne constituent pas le reflet de ce que l’on trouve dans la population migrante, mais bien un problème sis dans la population autochtone qui vit avec ces infections méconnues.

Sommet de l’iceberg ?

Bien entendu, le CHU Saint-Pierre se situe dans un quartier où le taux de personnes en grande pauvreté est plus élevé et ce constat ne vaut pour le moment que pour eux. Cependant, s’il s’agit bien d’un marqueur, cela signifie que le nombre de cas recensés est certainement en dessous de la vérité.

« Nous voyons apparaître de plus en plus de cas de tuberculose extrapulmonaire avec des atteintes gynécologiques ou hépatiques. C’est aussi le signe que les personnes atteintes viennent consulter tard et qu’elles ont dès lors probablement eu le temps d’en contaminer d’autres », continue le spécialiste.

Selon nos sources, on ne décèle aucun signe d’augmentation du côté de la FARES francophone ou de la VRGT flamande. « Il s’agit peut-être d’un phénomène spécifique à notre institution », admet S. De Wit. Ou bien s’agit-il peut-être que du sommet de l’iceberg. Avertie depuis des semaines, la Commission Communautaire Commune, réunissant les deux communautés linguistiques dans la capitale, a entendu l’appel des spécialistes de l’hôpital bruxellois. Actuellement, aucune mesure concrète n’a été annoncée.

Agir rapidement !

« Il faudrait augmenter le nombre de dépistages ciblés au niveau de la Région bruxelloise et principalement dans les lieux où se réunissent ces personnes très précarisées. C’est possible et assez simple à mettre en œuvre grâce aux unités mobiles équipées d’un appareil de radiographie et des accessoires de prélèvements ad hoc. L’intradermo n’est d’aucune utilité dans ce contexte puisqu’on ne sait jamais s’il s’agit d’une infection ancienne ou non et, en cas de tuberculose aiguë, le test revient parfois négatif. » C’est effectivement en découvrant des nouveaux cas que ceux-ci pourront être pris en charge rapidement et donc devenir moins ou plus contaminant. A plus long terme, il faut s’attaquer à cette précarité, ce qui fait bien de ce phénomène un débat et des choix sociétaux.

Le traitement de ces Bk multisensibles est simple, mais il doit être bien suivi. Dans un certain nombre de cas, certains patients devront être hospitalisés. Le CHU Saint-Pierre met en œuvre une nouvelle unité de prise en charge pour les patients atteints de tuberculose qui doivent être isolés de longs mois. De l'avis du spécialiste, celle-ci permettra aux patients ne pouvant bénéficier d’un suivi ambulatoire adéquat d’être adéquatement pris en charge.

La situation bruxelloise n’est probablement pas unique en son genre. Si certains quartiers plus huppés de Bruxelles sont probablement indemnes, d’autres grandes villes comme Charleroi, Antwerpen ou Liège recèlent aussi en leurs murs leur lot de personnes en grande précarité et donc très à risque d’être infectées.

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Derniers commentaires

  • Philippe BAUGNIES

    18 janvier 2018

    Il y a 20 ans, on l'avait prédit suite à la disparition du dépistage scolaire. Personne ne devrait être étonné !