Exclusif : le Cabinet De Block détaille le futur “portfolio” destiné à prouver vos compétences

«Portfolio». Un concept auquel vous devrez vous familiariser. Aux termes de la « loi qualité » fraîchement votée, il s’agit d’un outil obligatoire qui, dans deux ans, servira au professionnel de soins à prouver qu’il a la formation et l’expérience requises pour exercer. Voici quelques éclaircissements du cabinet De Block.

« Le portfolio deviendra une nouvelle condition de qualité à remplir par le praticien de santé à partir de 2021 », entame l’équipe de la ministre. On part d’un système où « les instruments d'assurance qualité se limitaient à la détention d'un visa, et éventuellement à l’agrément » (et avec - dans certaines branches - une formation continue structurée et réglementée). Et on tend vers une situation où le portfolio permettra à son titulaire de « démontrer qu'il est compétent pour fournir des prestations de qualité ».

Prouver cette compétence, c’est là le rôle premier dévolu au portfolio, dont « ni la forme ni la structure de contenu ne sont déterminées par la loi. Toutefois, il est conservé de préférence sous forme électronique. » Bref, c’est un e-portfolio, un « cyberfolio », qui est encouragé.

En parlant de contenu, justement, que devra-ton y mettre ? « Par exemple : le visa, l’agrément, les certificats de formation complémentaire, la documentation de la formation continue, le travail scientifique dans le domaine professionnel, l'expertise clinique particulière, le degré d'activité, l'expérience dans le diagnostic et/ou la thérapie particulièrement complexes », énumère le cabinet. « Le portfolio va donc beaucoup plus loin que le visa statique. » D'autres documents peuvent également être inclus, poursuivent les autorités, comme l'adhésion à un Ordre, à une association, la conclusion d’une assurance…

Un praticien pourra structurer lui-même son portfolio, qui renferme des données personnelles et est donc sa propriété, ajoute-t-on chez Maggie De Block. « Mais les associations scientifiques et professionnelles peuvent également faire des recommandations sur la mise à jour du portfolio. Si le praticien le permet, un hôpital peut l'aider à conserver son dossier. »

A quel(s) contrôle(s) le portfolio sera-t-il soumis ? « Les inspecteurs de santé du SPF Santé publique ont accès au portfolio, par exemple lors d'une inspection  (*). Le portfolio peut également être demandé en réponse à un incident ou à une erreur médicale. Il est donc important de conserver un bon dossier afin de pouvoir toujours démontrer que l'on est effectivement compétent dans les actes qu'on effectue. »

Consigner son activité garde

Chez la ministre de la Santé, on précise encore que l’outil « vise également à limiter la ‘prolifération’ de sous-disciplines réglementées par la loi ». Explications. Si un anesthésiste se concentre exclusivement sur les nouveau-nés par exemple, cela peut être documenté dans son portfolio. Le gouvernement n'a pas besoin d’organiser un titre spécial pour cette activité par arrêté ministériel. « Si les anesthésistes anesthésient presque exclusivement de très jeunes enfants, ils perdent d'autres compétences, par exemple pour une anesthésie complexe lors d'une transplantation. Si le portefeuille de l'anesthésiste ne comprend pas d'expérience en matière de transplantation, il se peut qu'il ne soit pas suffisamment compétent et qu'on ne s'attende pas à ce qu'il pose cet acte, sauf en cas d'urgence extrême, lorsque personne d'autre n'est disponible. »

Le cabinet ajoute encore que « le portfolio peut également être utilisé pour démontrer comment on respecte l'obligation de continuité et de permanence ». Et d’illustrer : « vous pouvez indiquer avec quels confrères ou hôpitaux vous travaillez pour garantir la continuité des soins pour chaque patient. (…) Et également dans quelle collaboration fonctionnelle (**) vous travaillez pour le service de garde. » 

Le cabinet indique encore que « pour les médecins et les dentistes, l'accréditation existe toujours ».

(*) la loi prévoit la création au SPF Santé publique d’une Commission fédérale de contrôle pour surveiller la pratique des professionnels, pouvant procéder par contrôle systématique, ad hoc, découlant d’une plainte ou sur initiative propre.
(**) ceci renvoie à l’article 21 de la loi qui stipule que tout MG « a l’obligation de participer à la permanence médicale dans la zone où il exerce sa profession (…) organisée par une coopération fonctionnelle de médecins généralistes agréée », qui en fixe des modalités.

Lire aussi : 

Les médecins devront compléter leur visa de compétences initial

La loi relative à la qualité de la pratique des soins de santé adoptée cette nuit à la Chambre

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Derniers commentaires

  • Frédéric MATHEI

    17 avril 2019

    une lourdeur administrative de plus...
    on passe de plus en plus de temps à ça au lieu de soigner nos patients, de nombreuses études le montrent
    à dégouter petit à petit les médecins..
    une (ou un) ministre médecin pour gérer les soins de santé: oui
    mais pas un médecin complètement déconnecté de ce qui se passe sur le terrain..

  • Remy Demeester

    14 avril 2019

    n'est ce pas plutot simplement une logique de marché appliquée aux soins de santé et aux médecins? On peut être pour ou contre, avoir une vision libérale estimant qu'ainsi on accroit la transparence et la valorisation des compétences ou au contraire avoir une vision non marchande estimant que ce n'est pas adapté et approprié au secteur de la santé.

  • Alain LECLERCQ

    14 avril 2019

    Dans un mois 65 ans, fini la médecine qui pourtant m’a beaucoup donné .Ouf juste à temps!
    Alain Leclerq bientôt exradiologue

  • Pascal PHILIPPART

    13 avril 2019

    À quand le portfolio pour les ministres?

  • Vincent JACMIN

    12 avril 2019

    On pourrait demander la même chose aux avocats, aux notaires, aux architectes…..etc!

  • Jacques HENNEBERT

    12 avril 2019

    j'en ai plein le cul.

  • Charles KARIGER

    11 avril 2019

    Et quel sera le portefeuille (en français, sacrénom!) des inspecteurs omnipotents? d'un titre de douanier expert en consultation de documents?

  • Philippe Georges DE RYCK

    11 avril 2019

    Bah! Il suffirait que personne ne remplisse ces divagations!
    Continuons à travailler comme nos maîtres nous l'ont appris!
    De toute façon nos "dirigeants " ont oublié la pratique de la médecine!
    Bonsoir à tous
    Dr De Ryck Philippe,

  • Laurent Guiot

    11 avril 2019

    Peut-on prévoir le même outil pour prouver la compétence de nos politiciens ?
    Dr L. Guiot