Je veux devenir un bon médecin (Rémi Florquin)

En tant qu’interne, l’horizon me paraît sombre. Alors que j’imaginais naïvement mes futures années de spécialisation comme une période d’apprentissage constant et d’amélioration continue sur un plan technique et humain et enfin mettre en pratique mes six années de formation pré-graduée pour me développer, grandir, la réalité semble diamétralement opposée. Au vu de l’actualité socio-professionnelle, je crains comme de nombreux collègues que ma période post-graduée de formation de spécialiste sera éprouvante, peu gratifiante, et contre-productive. Une période où je risque de me sentir comme un pion pris dans l’engrenage industriel de la structure hospitalière. 

La clef pour la réussite à mes yeux afin d’avoir une équipe de jeunes médecins intra-hospitalier qui apprennent et exercent leur métier de façon qualitative est double : il faut un bon équilibre entre la qualité de vie au travail du jeune médecin et une qualité de vie à domicile, car ne l’oublions pas : les médecins spécialistes en formation sont avant tout des jeunes femmes et hommes traversant une transition entre la vie d’étudiant et la vie de professionnel. 

Quoi qu’en disent les grands esprits des fédérations hospitalières, nous savons que nous avons choisi un métier difficile, les six ans de médecine sont d’ailleurs incomparables d’un point de vue pression et difficultés, nous ne nous voilons pas la face en espérant un quelconque changement durant la spécialisation. Cependant un désir que nous partageons tous, nous les jeunes, est de pouvoir exercer notre métier de façon indépendante et qualitative, en gros de devenir d’excellents cliniciens dans l’intérêt du patient. Ceci est un élément qui manque aux discussions actuelles : à aucun moment ne ressortent des propositions et discussions en cours que le but d’une spécialisation c’est d’assurer la relève de la force de travail médicale de demain, de qualité, épanouie et assurant l’avenir de la santé publique de nos concitoyens. 

Je ne suis pas sûr que les jeunes médecins veuillent se dédouaner de leurs devoirs et des attentes que l’on a d’eux. Cependant je suis intiment convaincu que les jeunes médecins ont envie de travailler mieux, dans un cadre mieux défini, avec une supervision correcte et d’être traités dignement à leur juste valeur. 

En effet, il est dangereux pour la santé des patients que nous soignons de laisser des médecins peu expérimentés, non supervisés, somnolents et sous-payés faire tourner les hôpitaux dans les moments de besoin (c’est-à-dire pratiquement tout le temps).

Où est passé le compagnonnage ? Où est passé l’accompagnement de maitre à élève ? La relation tant spéciale entre l’apprenti et l’expert ?

Il est impératif que les responsables gouvernementaux, de défense des professionnels, de gestion hospitalière et de l’éducation médicale remettent la formation là où elle doit être, c’est-à-dire au cœur des enjeux. Nous l’avons perdu, cet impératif moral au bénéfice d’indicateurs économiques et de limitation des dépenses.  Il va de soi qu’un bon apprentissage ne peut se faire que dans des conditions de travail adéquates pour un jeune adulte en 2021, qui doivent être réglées selon le respect des différentes lois Européennes et Belges.

Je veux devenir un bon médecin, pour que les patients que je prendrai en charge le soient de manière optimale, qu’ils soient pris en charge comme je voudrais qu’un membre de ma famille le soit. Je suis prêt à faire des sacrifices pour cela, je veux travailler dur mais je veux travailler de façon juste. C’est nous qui sommes les soignants de demain, c’est nous qui nous occuperons de la santé de nos anciens et veillerons sur la santé de la population et qui formerons à notre tour la génération suivante. Remettons la formation des jeunes médecins et non la rentabilité au centre, pour notre bien mais surtout pour le bien des patients qui mettent leur santé entre nos mains.  

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Derniers commentaires

  • Marc GERIN

    14 mai 2021

    Je suis médecin retraité et mes conclusions sont les mêmes. Il ne faut pas généraliser à tous les services, mais j'ai constaté un manque de supervision même dans des domaines critiques; cela dépend de beaucoup de facteurs: organisation, équipe incomplète, décisions par des personnes n'ayant pas les mêmes objectifs et/ou qui ne comprennent pas l'importance de certains aspect de notre travail, personnalité des décideurs, etc..etc... Et au final, c'est très démotivants: les jeunes désertent les lieux de formation dès qu'ils le peuvent, et c'est le cercle vicieux qui s'installe. Très bonne analyse malheureusement.

  • Vincent Gilliaux

    14 mai 2021

    Bravo et courage. Vous n'êtes pas seul. Les valeurs doivent reprendre le pas sur l'économie. J'y crois et j'espère. Battons-nous dans ce sens.
    Cordialement et merci.

  • Paul HEFFINCK

    13 mai 2021

    Les conditions de travail des assistants en voie de formation étaient déjà difficiles "de mon temps" (= 1970 !). Elles sont encore bien pires maintenant. La fatigue extrême de ces jeunes médecins surexploités est dangereuse pour eux-mêmes et leurs patients. Quand finira-t-on par comprendre que la qualité d'un travail dépend de la qualité d'une santé physique et morale équilibrée et harmonieuse?
    Je soutiens mes jeunes confrères de toutes mes forces.

  • Olivier DELAHAUT

    13 mai 2021

    Il est temps que nous agissions pour que l'apprentissage et le compagnonnage médical trouvent la place qu'ils méritent, c'est à dire au centre de nos préoccupations, que nous soyons médecins ou structures de santé.
    Personne ne nous oblige à devenir maitre ou hôpital de stages: c'est un choix, dont il faut assumer les devoirs de transmission du savoir et de sa pratique.
    Olivier Delahaut

  • Jacques DE TOEUF

    13 mai 2021

    Une pièce très émouvante à joindre aux débats sur l'exercice professionnel. Notre futur collègue souligne avec une maturité impressionnante ce qui est à la base de notre éthique professionnelle: servir le patient au mieux de nos compétences et savoirs, quel que soit l'environnement sociopolitique. et économique. Bravo.

  • Michel FRANKIGNOUL

    13 mai 2021

    Merci pour ce beau texte. Je pense que l'ensemble des médecins ne peut que se rallier à cette position.
    Dr M. Frankignoul