Consommation de médicaments en maison de repos: le regard mitigé d'un médecin coordinateur sur cette étude

L'étude de Solidaris sur la consommation de médicament en maison de repos vient de sortir.  Elle avance que les personnes consomment moins de médicaments lorsqu’elles sont en maison de repos et que l'entrée en maison de repos entraîne un peu moins de polymédication.  Elle évoque aussi la question du médecin coordinateur en maison de repos et  l'apparition d'un pharmacien coordinateur. Le Dr Guy Delrée , médecin coordinateur en maison de repos pose un regard mitigé sur cette étude.

Le Dr Guy Delrée, président de la Fédération des Associations de Médecins Généralistes de la région wallonne  (FAMGW) et médecin coordinateur en maison de repos pose un regard mitigé sur cette étude: « Il y a beaucoup de biais possibles dans cette étude. Par définition, quand une personne entre en maison de repos, il s’est passé quelque chose dans sa vie: elle est tombée, a eu un problème de santé,  a fait un séjour à l’hôpital... Souvent, la personne n’a donc pas la même santé avant qu’après. Nous ne sommes donc pas dans le même traitement. »

Il ajoute un second élément important selon lui: « Quand un patient est en hôpital, il doit faire face à des changements thérapeutiques parce qu’il souffre d'une pathologie. Lors de son séjour à l'hôpital, il a vu des spécialistes qui ont modifié son traitement : je prends l’exemple des antiacides qui est un médicament typiquement prescrits à l’hôpital. Il est donc normal que la prise de ce médicament augmente. C’est le spécialiste de l’hôpital qui le prescrit. »

Garder un oeil sur la durée des prescriptions

Le Dr Delrée pose un autre constat: « Quand les patients entrent en maison de repos, ils ont souvent des troubles de comportement...on voit donc une augmentation de la prescription de neuroleptiques au début du séjour de la maison de repos. Evidemment, ce sont des médicaments qui sont donnés à courte durée. Idéalement, vers le 6eme mois, une diminution de ce type de prescription doit avoir lieu. On ne peut donc pas tirer des conclusions avec tellement de changements dans les paramètres. C’est un peu dangereux. »

Pas favorable au pharmacien coordinateur

Il pose un regard surpris à propos de la proposition de mettre en place un pharmacien coordinateur dans les maisons de repos : « Je suis évidemment pour la multidisciplinarité mais j’ai quand même des difficultés à me faire à l’idée d’un pharmacien coordinateur...parce que ce qui nous manque pour mieux soigner les patients en maison de repos,  c’est du temps ! Nous avons besoin de plus de temps avec le patient, pour parler aussi avec les infirmières. Il convient donc de mieux revaloriser le temps qu’un médecin prend en maison de repos. La question n’est pas une question du manque de compétence du médecin même si on peut toujours s’améliorer. On doit aussi améliorer la formation. »

Pour lui, le pharmacien coordinateur ne résoudra donc pas ce problème: « Si on nous ajoute ce type pharmacien, cela va sans doute encore nous demander du temps alors qu’on en manque déjà. Le risque est aussi d’encore plus disperser les compétences d’autant que de nombreuses maisons de repos possèdent des pharmaciens très éloignés géographiquement. Par ailleurs, le pharmacien ne connaît pas aussi bien le patient que le médecin. »

Améliorer les logiciels des médecins

Par contre, il existe d'autres solutions plus concrètes selon lui: « Il faut aussi soutenir le médecin avec l’aide à la décision. On doit nous donner accès à des outils avec de l’intelligence artificielle alors que dans nos cabinets, on ne voit toujours rien venir. Nos logiciels médicaux sont toujours du siècle dernier.  Evidemment, je ne dis pas qu’il faut remplacer le pharmacien par des logiciels médicaux. »

Le rôle du médecin coordinateur

Enfin, il apporte des précisions sur le rôle du médecin coordinateur : « Je rappelle que ce médecin ne peut pas se mêler du traitement des patients. Je vois donc mal pourquoi un pharmacien coordinateur pourrait le faire. Au quotidien, comme médecin coordinateur, je n’ai pas normalement accès au dossier médical du patient. Le secret médical existe. Evidemment quand nous avons des réunions multidisciplinaires en maison de repos et que le médecin traitant n’est pas là, le médecin coordinateur peut avoir son attention attirée par des infirmières sur l’un ou l’autre traitement si un souci est constaté. Après une discussion avec le médecin coordinateur, l’infirmière peut à ce moment-là attirer l’attention du médecin traitant. C’est toutefois ce dernier qui prend la décision parce qu’il est le seul à avoir sous la main tous les éléments qui concernent son patient. »

> Découvrir l'étude de Solidaris

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