«Qui veut tuer la visite à domicile?» (Dr M. Méganck)

«On voudrait tuer la visite à domicile… qu’on ne s’y prendrait pas autrement!» Tel est l’avis courroucé de Michel Méganck, MG carolo et ancien président de la SMMG, à propos de l’e-prescription. Il regrette qu’on avance bille en tête, avec des échéances et des obligations, vers un système qui va couper bien des médecins de la possibilité de prescrire.

Le Dr Méganck estime que la réponse des autorités aux critiques sur l’e-prescription tend à se centrer sur les bugs techniques observés, en prédisant que leur disparition n’est que question de temps. Ce faisant, pour l’ancien président de la SSMG, on en oublie qu’on est en train d’avancer dans une voie qui va exclure un certain nombre de médecins et de situations, parce que la prescription électronique requiert un matériel qui n’est pas forcément présent en toutes circonstances ni dans toutes les pratiques. 

Se pose pour commencer la question de la connexion avec Recip-e pour le MG en déplacement. Lui-même cite l’exemple de Jumet, commune qu’il sillonne régulièrement. «Il y a des quartiers entiers, tant dans le centre que quand on s’approche de l’aéroport, où ça ne passe pas. Et Jumet est loin d’être l’unique exemple d’endroit où la couverture réseau n’est pas optimale.» Si le généraliste travaille en différé, en établissant les e-prescriptions une fois de retour à son cabinet à la fin de sa tournée de visites, «cela veut dire que se crée un délai dommageable pendant lequel le patient, ou ses proches, ne peuvent aller en pharmacie se procurer le traitement. Si c’est une médecine paperless, immédiate, que l’on veut instaurer, on peut oublier la visite à domicile, alors… Mais peut-être veut-on finir par aller chercher les patients non mobiles, les grabataires…, en ambulance pour les acheminer vers des centres de santé, comme aux Etats-Unis? Autant le dire tout de suite!» 

Le Dr Méganck déplore encore qu’un nombre insoupçonné de confrères risquent «d’être mis sur la touche en 2018 car ils ne possèdent pas le programme qui assure la liaison avec Recip-e». Peut-être aurait-il fallu que soit développé à leur attention une application d’e-prescription qui puisse se connecter à ce serveur, indépendante de tout programme de gestion de cabinet labélisé. D’après lui, ce sont 20.000 confrères qui, sauf solution, vont être coupés prochainement de la possibilité de prescrire. Il y englobe les confrères ayant opté pour une activité principale en institution, de médecine militaire, scolaire, pénitentiaire, d’assurance, d’expertise… mais aussi les spécialistes, qui n’ont pas de logiciel métier adapté. Michel Méganck souligne, comme d’autres avant lui, le danger pour la densité de l’offre en médecine générale de pousser à la retraite l’ancienne génération peu versée en informatique.

Etant également médecin coordinateur en maison de repos et de soins, il évoque le cas de la prescription aux résidents. Pour passer à l’électronique, elle cumule les deux problèmes évoqués ci-dessus, connexion incertaine et absence de programme ad hoc. S’y ajoute selon lui une confusion dans l’esprit des directions de homes. «Certains pensent que la prescription ‘électronique’, c’est d’imprimer des ordonnances établies à l’ordinateur, pour les faire signer aux médecins traitants quand ils passent. Il y a un déficit d’information sur ce qu’est l’e-prescription.»

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Derniers commentaires

  • Charles KARIGER

    21 Septembre 2017

    Les initiateurs de ces mesures ont-ils idée du nombre de prescriptions "papier" établies en l'absence du Patient? Appel téléphonique depuis un lieu de villégiature, contact avec un parent, conjoint, ami parfois... Dès le 1er janvier prochain, finis tous ces dépannages.
    Je propose d'être dès lors intransigeants. Pas de passage au cabinet (et pas rien que dans le hall ou la seule salle d'attente), pas de prescription. Pas de carte d'identité, pas de prescription.
    Et, bien sûr, pour ne pas altérer nos beaux " profils", pas de prescription sans tarification de la consultation.