Vivre avec des résistances (Frank Ponsaert)

Toute organisation est constamment confrontée au changement. Il y a quelques décennies déjà, le slogan «le changement est la seule constante dans notre organisation», est apparu dans le bureau de nombreux CEO. De nombreuses sociétés de conseil ont fait de la «gestion du changement» leur core business et l’une des compétences clé ici est d’apporter une réponse à la résistance structurelle. On pourrait donc remplacer le slogan des bureaux des CEO par «la résistance est la seule constante dans le changement».

Le secteur de la santé est aussi en pleine mutation. La digitalisation n’en est qu’un aspect. Elle fait toutefois en sorte que de très nombreux processus changent et que l’interaction entre les différents acteurs est totalement modifiée. De plus, un groupe non négligeable d’acteurs des soins, ayant une aversion «depuis le berceau» pour l’informatique, sont maintenant contraints de prendre également la voie des soins de santé digitaux.

Dans notre SA «Soins de santé» et notre holding «Santé publique», il y a un besoin de gestion du changement. Il est grand temps que nous nous penchions sur les résistances.

Travailler sur les résistances ne se fait pas en pliant devant ceux qui crient haut et fort que c’est un scandale. Mais d’un autre côté, il y a toute une série de techniques utilisées pour approcher les résistances qui ne sont pas d’application. Notre SA «Soins de santé» et notre holding «Santé publique» ne sont pas des entreprises. Il n’y a pas de CEO à leur tête qui décide des carrières et des licenciements. Il y a des organes de concertation qui déterminent la direction à emprunter, conjointement avec les autorités. Mais même ces organes de concertation n’ont pas d’impact sur la résistance. Cela vient de la base.

Le prestataire de soins, qui est satisfait de la digitalisation, qui utilise tout simplement les opportunités qui se présentent à lui, utilise l’eSanté et bien d’autres choses encore. Le prestataire de soins satisfait travaille simplement dans un monde qui change et évolue avec la société. Ce prestataire de soins est à la base des plus de 6 milliards de messages qui passent chaque année via la plateforme eHealth. Cela dit, un groupe important de prestataires de soins s’y oppose et le fait savoir haut et fort sur toutes sortes de forums.

Ce qu’il faut éviter d’un point de vue de la gestion du changement est que dans leur critique, ils obtiennent raison et, ainsi, obtiennent (à juste titre?) ce qu’ils veulent. Car ils obtiennent alors du pouvoir et de la confiance. Dans un environnement d’entreprise, on peut «imposer» de vivre provisoirement avec les maladies de jeunesse et les imperfections. Dans notre SA «Soins de santé» et notre holding «Santé publique», c’est difficile, voire impossible.

La prescription électronique obligatoire est reportée à cause d’adaptations fonctionnelles qui doivent encore être apportées. Dommage que l’on n’insiste pas suffisamment sur cette raison. Maintenant, il faut attendre le 4 décembre pour savoir à quand ce report sera fixé. La date de mai 2018 n’est pas encore arrêtée définitivement. Il vaut peut-être mieux reporter jusqu’à septembre 2018 si cela donne la certitude que le système sera plus proche de la perfection.

Et enfin, bon nombre d’indépendants deviennent nerveux lorsqu’ils entendent le mot obligation car il va, selon eux, à l’encontre du mot libéral. Ici aussi, il est essentiel de préciser les raisons des obligations. Cela vaut pour les résistances à la prescription électronique, à la facturation électronique et certainement aussi à la mise à disposition d’informations médicales dans le contexte des trajets de soins, des soins chroniques et d’autres projets healthdata.be. Sachant que «libéral» n’est pas synonyme de «liberté absolue» et que «libéral» doit toujours être interprété dans les contours de l’écosystème des soins de santé tracé. Ce système toujours changeant, et ce, pour améliorer la qualité des soins pour le patient.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes un patient interessé par des informations médicales validées, consultez notre site grand public www.vivasante.be.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.