En Belgique, si vous voulez être médecin, soyez roumain!

Comment comprendre la schizophrénie du gouvernement fédéral? D’un côté il impose des quotas stricts sur le numéro d’Inami pour nos étudiants mais de l’autre il permet sans restrictions aux étrangers de pratiquer la médecine dans notre pays. Magritte aurait-il apprécié ce trait de surréalisme à la belge?

En Belgique, en 2018, si vous voulez exercer le métier de médecin, il semblerait qu’il vaut beaucoup mieux être roumain et débarquer dans notre pays pour avoir un accès direct à la profession que de suivre le cursus classique belge qui passe des études secondaires, à l’examen d’entrée en médecine jusqu’à l’obtention, plus qu’incertaine, du Saint-Graal, le numéro d’Inami, pour lequel il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus!

Vaut-il mieux en rire ou en pleurer ? Si certains le prennent avec philosophie, les nombreux étudiants qui ont trimé et ont raté de peu leur examen d’entrée sont quant à eux bien amers. Ceux qui ont réussi leur examen d’entrée mais sont surnuméraires par rapport au nombre de numéros d’Inami disponibles sont très inquiets de leur futur sort. Comme le sont d’ailleurs nombre de leurs confrères et consœurs déjà diplômés qui ne comprennent absolument pas l’injustice totale que cet état de fait représente.

Schizophrénie du fédéral

Comment comprendre la schizophrénie du gouvernement fédéral? D’un côté il impose des quotas stricts sur le numéro d’Inami via l’organisation d’un examen d’entrée pour nos étudiants. Mais de l’autre, quand il travaille sur le projet de loi sur la pratique des soins de santé (Lire page 8), il enlève volontairement la proposition faite concernant les étrangers qui veulent venir pratiquer la médecine dans notre pays. En effet, il avait été proposé que ceux-ci doivent passer un examen linguistique permettant de confirmer la connaissance minimale d’une des trois langues nationales ainsi qu’un test sur la connaissance du système des soins de santé belge.

On peut être pour ou contre le numerus clausus. On peut également avoir un avis plus nuancé, qui défend une limitation raisonnée, souple et dynamique de l’entrée dans les études afin de maintenir une formation de qualité pour tous les étudiants, garantir une vie professionnelle épanouie par la suite ainsi que des soins d'excellence pour tous. C’est déjà une question d’importance et qui peut nous diviser. Mais si ce numerus clausus strict ne s’associe pas à des mesures réglementées pour l’accès à la profession des médecins en provenance de l’étranger, cela devient kafkaïen (ou Magrittesque...). On peut comprendre dès lors la révolte, et le sentiment qu'il y a deux poids, deux mesures, que cela suscite dans la communauté des médecins et des étudiants.

Revoir sa copie

Le gouvernement ne devrait-il pas revoir sa copie et profiter de cette réforme concernant la loi sur la qualité des soins de santé pour instaurer un examen d’entrée à l'attention des médecins étrangers qui veulent venir pratiquer dans notre pays? Cet examen prendrait la forme d’un test linguistique dans une des trois langues nationales et d' un test de connaissance de base des particularités du système de soins de santé belge. Il serait également le gage que la Belgique offre les meilleurs soins de santé possibles à ses citoyens.

La question a le mérite d'être posée... Je suis impatiente de savoir quelle sera leur réponse ?

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Derniers commentaires

  • Abbas MROUE

    15 octobre 2018

    Pour instaurer un tel système,faut être Belge ?peut être ?

    Car une telle cacophonie est vraiment une spécificité belge.
    A chaque législature,un (ou plusieurs )ministre prétend vouloir reformer le système d’enseignement et l’accès aux études médicales et invente un système pour( limiter) l’accès aux études.soit.
    mais organiser et améliorer ne veulent pas dire nécessairement limiter.
    limiter ne veut pas dire concours à l’entrée des études exclusivement.
    La solution est nationale ?oui mais aussi et surtout européenne (si l’Europe reste un projet fédérateur):harmoniser et dénivellation vers le haut.
    La solution doit se construire à l’image du médecin et la médecine du 21eme siècle.
    Plus virtuelle ?trans-frontalière?mais aussi une médecine et un médecin plus emphatique ,plus bienveillant et moins paternaliste que jadis.

    Ps:tous les pays rêvent de former des médecins aux frais d’autres pays et les récupérer formés et prêts à l’emploi.!

  • Marc BEAUDUIN

    14 octobre 2018

    Pourquoi cette comparaison avec les Roumains ? il n'empêche que votre intervention soulève une discussion en Belgique qui je vous le rappelle est lié à l'UE par traités. Cette dichotomie entre ouverture de nos frontières belges aux diplômés européens alors que notre pays impose un numerus clausus est irrationnel. Certes ...mais allons plus loin : n'est il pas temps que nous envisagions l'espace européen ouvert à tous quelle que soit son origine avec en poche un diplôme reconnu et de qualité? ...D'où un examen d'entrée ( pourquoi pas européen ?) pour avoir accès à la profession.
    Une telle approche requiert en outre à mon avis une analyse critique et objective de notre mode de fonctionnement de système de santé belge: nombre de médecins par région, quota par spécialité, nomenclature liant la prestation à un honoraire, qualité de vie des prestataires de soins, financement des hôpitaux, rôle des mutuelles etc...…? , tout en veillant à maintenir une qualité de soins ! Fameux défi !!!

  • Robert François

    13 octobre 2018

    D'accord avec l'auteure.

  • Didier Poncelet

    13 octobre 2018

    En Belgique, si vous voulez être médecin, soyez roumain!
    Le titre de votre article est complètement idiot et proche d un racisme de base .
    Avec un titre pareil on n avance pas beaucoup pauvre Belgique.
    Je ne savais pas qu il n y avait que des médecins belges et roumains en Belgique sans aucune autre nationalité possible .
    Heureusement que vous vous appelez le spécialiste de ....la bêtise.

  • Frédéric FRIPPIAT

    13 octobre 2018

    bonjour,
    votre article pose le problème de la stigmatisation "des médecins roumains".
    J'en fréquente plusieurs et ils sont très (voir très très) compétents.
    Si un poste est ouvert et que plusieurs candidats se présentent, il ne faudra quand même pas choisir un belge parmi un roumain, un belge, un français et un grec, juste parce que il est belge? Et si un poste est ouvert et que seul un médecin roumain se présente...conseillez vous de laisser le poste vacant en attendant un bon "bleu blanc belge"?
    J'entends évidemment le fond de votre remarque et je le partage, mais il existe une dérive à employer le qualificatif "roumain" de façon répétitive et potentiellement péjorative.
    Que dois je dire à mon collègue Guinéen, Congolais, Malien, Français, Grec ou autre? Qu'il vole la place d'un belge et qu'il ferait mieux de retourner dans son pays "comme les roumains"?
    Bonne réflexion
    Frédéric Frippiat

  • Catherine LALOUX

    12 octobre 2018

    Bonjour, je pense que ce sont aussi des questions européennes. Pedopsychiatre belge exercant en france depuis 5 ans,j ai moi meme du attendre un an dans les arcanes de l'administration française (un véritable " nomansland").apres analyse de mon dossier au CNG,j ai finalement obtenu le droit d exercer après avoir passé un Diu et un concours de psychiatrie générale!Depuis 2009,une loi européenne permettait aux pedopsy français de travailler librement dans l union européenne mais pas aux pedopsychiatres belges de travailler en France!
    ça en decouragerait plus d un.il y a des absurdités partout. Il est bien nécessaire de les dénoncer!vive la diversité et la cohérence!

  • Robert Müler

    12 octobre 2018

    Oui, le complot des Roumains qui envahissent le système de santé belge!
    C'est honteux de les nommer et, pourquoi pas, bientôt marginaliser toute une catégorie des médecins qui font le plus souvent bien et correctement leur boulot et qui travaillent souvent jusqu'à l'épuisement.
    Si vous faites vos devoirs avant de parler de manière irréfléchie, vous allez découvrir que le système d'enseignement universitaire là bas est bien conçu et probablement plus efficace, qu'il y a plus des filtres et aussi des bons hôpitaux.
    Je suis aussi formateur et je parle en toute connaissance de cause.
    Je suis d'accord, par contre, qu'en examen de langue et organisation est parfaitement justifié.
    Des allumeurs qui veulent tout réformer et vite, on rencontre partout, des personnes réfléchies, c'est rare.
    Oui, il faut penser au futur des membres du futur corps médical Belge, mais votre article n'apporte rien, sauf tensions et discorde.


  • Florence ROLLAND

    12 octobre 2018

    Svp envoyé cet article à Mr Michel et les ministres de la Santé et l ‘Education

    C est une honte que nos propres enfants qui sont motivés et désireux d’étudier pour médecin ne sont pas acceptés pour même débuter les cours.
    Par la suite ils commencent par centaines des études de pharma, de biomédicale etc en espérant de réussir le concours un an plus tard. Résultat de centaines (voir milliers) de jeunes qui coutent de l’argent à la société (même prix pour chaque étudiant) et qui de plus sont peu intéressé pour le métier de pharma, biomed ou autre et surtout qui perdent leur motivation et leur faim d’étude pour toujours !!!

  • Michel JEANMART

    12 octobre 2018

    Bravo. Depuis 15 ans je dénonce cette hérésie imbécile, mais les politiciens sont sourds. C'est à croire qu'ils veulent
    rabaisser la valeur et le nombre des médecins belges. DR. M. JEANMART, Neuro-Psy. 84 ans.

  • Eugène BAJYANA SONGA

    12 octobre 2018

    Plutôt qu’un titre évoquant un mauvais diagnostic, il serait plus juste de simplement relever un énième paradoxe dans l’établissement de deux lois à géométrie variable. Chaque état soumis à des normes européennes (ou nous ne pouvons pas procéder à toute forme de protectionnisme) et à une pression démagogique fait avec ses cohérences et incohérences. Les Français envoient encore des milliers d’étudiants en médecine se former..en Roumanie pour contourner leur concours (bientôt révolu d’ailleurs !).Bref, ça bouge en Europe.
    Ma question, Chère Consœur, c’est qu’il n’y a pas si longtemps, des établissements qui vous sont familiers recouraient aux médecins roumains ou autres pour certaines besognes parfois peu valorisantes en leur faisant miroiter une équivalence. Vous n’avez pas pu ignorer ces pratiques à la limite d’un respect confraternel et humain. N’y aurait-il pas une incohérence, si vous l’aviez su, à user d’un article choc aujourd’hui et d’avoir laissé faire hier ? Chacun, décidément, doit faire avec ses choix paradoxaux...

  • Jacques GROS-GEAN

    12 octobre 2018

    Mais Chère Confrère vous n’obtiendrez pas de réponse, comme d’habitude.
    J.GROS GEAN
    PSYCHIATRE

  • Felicia Cristiana Nedelea

    12 octobre 2018

    Felicia Nedelea
    Pendant la Seconde Guerre mondiale, Adolf Hitler a fait un génocide pour éliminer le peuple juif qui exerçait à l'époque la plupart des " bonnes métiers ", telle que la médecine.
    Vous inciter à quoi ? avec cette article ?
    Est-ce que le vrai problème des étudiants belges qui ne réussissent pas leur examen sont les Roumains ?
    Ou est-ce que le problème du système belge sont les Roumains ?
    En Roumanie, il y a un CONCOURS pour accéder aux études de médecine et à la fin, en plus des examens de fin d'études, il y a un deuxième CONCOURS national d' internat pour accéder à une spécialité .
    Pour réussir les deux Concours il faut obtenir minimum 75%.
    et encore pour obtenir une bonne spécialité il faut 85%.
    Notre diplôme est reconnu en Europe. On peut exerçait notre métier par tout en Europe ou en Angleterre.
    Avant nous mettre "face au mur", il faut un minimum d'intérêt et connaissance du système d'enseignement roumain, en médecine.
    Vous nous devez un peu du respect et j'attends des excuses publique.
    Si vous désirer une réforme du système belge, venez avec un vrai projet. C'est trop facile pointer du doigt ton " confrère ou consœur" d' origine roumaine (en particulier dans cette article) au lieu d' avoir une vrai idée.

  • Jean-Paul MONNOYE

    12 octobre 2018

    à méditer et à soutenir

  • Caroline DEPUYDT

    12 octobre 2018

    pour qu'il n'y ait pas de confusion. Je n'ai absolument rien contre mes confrères et consoeurs roumains, ou de n'importe quelle autre nationalité, qui ont bien raison d'aller professer où ils le souhaitent si cela leur est possible. Et vous avez raison, mr Mroue, nous pouvons les remercier pour le travail qu'ils font avec nous. C'est l'absurdité, parfois flagrante, du système belge dans son ensemble contre lequel je me porte en faux dans cette situation.

  • Abbas MROUE

    12 octobre 2018

    je suis mal à l'aise quand on nome une communauté,une nationalité voir un genre quand on s'attaque à l'analyse d'un problème tel l'accès à la profession de médecins.
    si je suis convaincu que le Dr depuydt n'a aucune arrière pensé autre;je reste gêné vis-vis de l'ensemble des médecins d'origine roumaine,mais aussi bulgare ou autre qui remplissent les listes de garde,les rôles du surveillance des hôpitaux belges et participent ainsi à la continuité des soins et que nous nous le remercions jamais assez.
    le problème est dans le système belge et les médecins étrangers sont partie de la solution.

  • Ioan Hanes

    11 octobre 2018

    Ioan Hanes

    Avez-vous un problème uniquement avec les médecins roumains ou d'autres nationalités aussi? Vous mentionnez spécifiquement les Roumains dans votre article même s'il y a aussi des médecins français ou néerlandais en Belgique. Juste pour votre information, il y a un examen d'admission à l'école de médecine pour les Roumains en Roumanie depuis toujours.

  • Faouzia HASSOUNI

    11 octobre 2018

    Pourquoi utiliser à tort le terme de schizophrénie? surtout de la part d’un médecin.

  • Caroline DEPUYDT

    11 octobre 2018

    bien sûr vous pouvez le partager, je vous y encourage même :-)
    ce sont des directives européennes qui empêchent de limiter l'accès des étrangers au métier. ce sont des directives belges qui empêchent l'accès de nos étudiants au même métier. le cycle de l'absurde...

  • Chantal PIERLOT

    11 octobre 2018

    Vision juste d'une absurdité et exprimée avec beaucoup de diplomatie lorsque vous proposez un examen linguistique... Il faudrait tout autant limiter les N° d'INAMI aux médecins non belges à un certain quota.
    Autoriser l'accès à la profession pour des médecins étrangers alors que nos etudiants sortant du secondaire travaillent avec courage pour passer l'examen d'entrée en médecine est d'une injustice violente. ...Mais cela voudrait-il dire que notre enseignement secondaire n'est plus à la hauteur??? Que fait le politique pour garder un enseignement de qualité??? Les professeurs doivent s'accommoder des directives imposées pour respecter "l'échec à l'échec" ... sans parler actuellement de la réussite à 50% en bachelier avec de nombreux échecs dans les unités d'enseignement... nouveaux décrets qui font l'éloge de la paresse... alors, peut-être que les exigences roumaines donnent des médecins plus compétents??? Ch.Pierlot

  • Jean-François CHEVALIER

    11 octobre 2018

    Très bel article qui nous montre la réalité. Je ne sais pas si je peux le partager, suivant le respect de l'auteur. C'est juste pour faire comprendre aux gens à quel pot la situation est dramatique. Sans compter les autres soubresauts cérébraux que nous sortent nos chers ministres afin de durcir encore plus nos conditions de travail déjà difficile... Triste pays...