Encore 950 jours (Frank Ponsaert)

Le 4 décembre, le Comité de l’assurance a décidé de reporter la prescription électronique obligatoire à juin 2018 et à dispenser les médecins de 62 ans et plus de cette obligation.

Cette décision de report de date est compréhensible. Je me permets ici de citer le Pr. Lieven Annemans :  “l’eHealth doit être parfait”. Espérons que l’on parvienne à résoudre tous les problèmes d’ici à juin 2018. Il reste 170 jours…

Par contre, il est plus difficile de comprendre que les médecins de 62 ans ou plus soient dispensés de cette obligation de prescription électronique. J’entends et je lis deux arguments. Le DMI obligatoire qui ne sera une réalité que dans quelques années et la protestation sur le terrain. Pour les deux arguments, il est difficile d’établir un lien avec l’âge de 62 ans.

Il y a quand même quelques remarques et questions qui se posent par rapport à cette décision.

Depuis 2012, les infirmiers à domicile sont obligés de facturer par voie électronique. Il n’est pas question ici d’une limite d’âge de 62 ans comme plafond pour l’obligation. 

La politique repose sur “levidence base”. Cela fait supposer qu’il a maintenant été démontré scientifiquement qu’à 62 ans, on n’est pas capable de manier les nouvelles technologies (TIC) …

L’âge de la pension est progressivement relevé à 67 ans. Il faudra donc chercher une solution pour tous les travailleurs de 62 ans et plus qui doivent utiliser un PC pour effectuer leurs tâches.

Sur le terrain, on apprend maintenant de plus en plus aux personnes âgées à utiliser les médias sociaux pour qu’elles restent en contact avec leur famille et leurs amis. C’est considéré comme un élément important dans la lutte contre l’isolement.

Certes, il faut souvent du temps et de la patience. Mais cette décision risque d’être contreproductive si l’on veut continuer à convaincre les personnes âgées d’utiliser un ordinateur. « Pourquoi devrais-je pouvoir le faire si mon médecin ne le doit pas ? »

L’enjeu du plan d’action eSanté est la simplification administrative et l’augmentation de la qualité des soins pour le patient. La prescription électronique n’est qu’une petite partie de ce plan, mais en constitue toutefois une étape essentielle. Je dirais même plus : le plan d’action eSanté n’est qu’un détail dans le monde des soins de santé numériques.

Le patient d’un médecin de 62 ans ou plus n’a-t-il pas droit aux avancées réalisées grâce aux soins de santé numériques ?

Le DMI obligatoire a été reporté afin de donner le temps aux médecins qui ont beaucoup de dossiers de pouvoir les numériser. Le but n’est pas de leur faire reporter l’achat d’un DMI !

Venir maintenant utiliser cet argument que les médecins plus âgés ne doivent pas avoir de DMI et donc ne doivent pas prescrire électroniquement semble aller à l’encontre de l’esprit de l’accord de 2015.

Si mon comptable a plus de 61 ans, puis-je introduire ma déclaration de TVA sur papier ? Cela sera-t-il considéré comme un argument valable par le fisc ?

Un autre argument fréquemment utilisé et non dénué d’importance est que nous ne devons pas perdre de vue que lorsque ces médecins ont entrepris leurs études, il n’était pas encore question d’informatique.  

Indépendamment du fait que ce n’est pas vrai pour ces médecins de 67 ans, on peut sûrement supposer qu’il y a encore d’autres aspects de la profession de médecin qui n’existaient pas en 1980 et que les médecins de 62 ans et plus connaissent et appliquent néanmoins.  

On peut se demander si cette décision – quand même bizarre – est soutenue par la société. Le médecin est considéré par le patient, à juste titre, comme une personne érudite et intelligente. Avec un taux de pénétration du PC, du laptop, de la tablette et du smartphone de plus de 90% dans les ménages belges, il est étrange que justement, les personnes intelligentes et de confiance par excellence, ne soient pas en mesure de prescrire électroniquement.

Je suis curieux de voir si dans 950 jours, je me sentirai soudain contraint d’écrire désormais mes tribunes libres au stylo ou à la plume …

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Derniers commentaires

  • Guy TOUSSAINT

    12 décembre 2017

    Certains consacrent tout à la médecine informatisée, on les voit à 80 ans courir derrière les patients. Ils ont leurs certitudes.
    D'autres ont une famille , des projets pour leur futur, ils préfèrent parler à leurs patients plutôt que de pianoter sur un clavier. Les fanatiques du PC ignorent ignorer

  • Sylvain FAUST

    12 décembre 2017

    Cher Confrère Ponsaert,

    A votre avis, je préfère celui du GBO

    J'aurai bientôt 73 ans et malgré le fait que je sois parfaitement en forme intellectuelle je continuerai jusqu'à la fin de ma pratique (vers 2035) à prescrire sur papier

    Le secret professionnel ne sera plus, bientôt, qu' un doux souvenir de mes premières 47 années de pratique de généraliste

    Je vous remercie pour votre éclairant article et vous souhaite bonne continuation

    Dr F



  • Michel WILLEMS

    12 décembre 2017

    Bonsoir, médecin depuis 1981, je n'ai pas manqué de m'intéresser à l'informatique depuis 1991, année d'achat de mon 1er ordinateur. Je ne suis donc pas opposé à la prescription électronique. Cependant, mon activité professionnelle médicale ne touche plus le domaine thérapeutique, sauf pour mes proches. Je n'ai donc pas l'utilité d'un programme onéreux de DMI. Dès lors, il me semble logique qu'un programme, léger et autonome, indépendant d'un quelconque logiciel de DMI, puisse être mis à disposition des médecins ayant une pratique autre que thérapeutique ou dont la pratique thérapeutique est marginale. Il ne faut pas confondre "informatisation" ou "utilisation de l'informatique" et âge, mais accepter que certains médecins (et ils sont nombreux) puissent travailler sans nécessairement avoir le besoin et/ou l'utilité d'un programme de DMI. MWillems

  • Christian MASSART

    12 décembre 2017

    En "Belgique" ...ce sont Tjrs. des arrangements à la "6 4 2 " ...! Construisons entièrement "la maison " avant d'y habiter ! ...

  • Anne DE TEMMERMAN

    12 décembre 2017

    N obligez pas les médecins âgés à devoir s équiper ,investir et devoir chercher de l aide pour pouvoir prescrire ! Pour ceux qui prescrivent déjà ainsi c est parfait . Mais pour ceux qui ne l ont jamais fait , on ne peut les obliger . C est un réel stress que les plus jeunes ne peuvent pas toujours imaginer .Les médecins plus âgés sont nos aînés . ils consultent moins .Si c est la limite d' âge qui pose problème , proposons un autre critère . Laissez-les choisir de pouvoir continuer à prescrire comme ils l ont toujours fait . Respect .

  • Michel JEHAES

    12 décembre 2017

    J’aurais plutôt tendance à tenir compte de l’etat de pensionné ou pas.
    Nous nous sommes informatisés en 1992 et je suis devenu petit à petit « l’expert «  en informatique pour l’équipe. Depuis 2 ans je suis retraité et n’utilise plus qu’occasionnelement ce programme que je connaissais très bien. Croyez-moi, ce n’est plus aussi aisé et utiliser un programme de prescription électronique pour 10 à 20 ordonnances par an ne sera pas une sinécure !

  • Laurent JUMET

    12 décembre 2017

    La question n'a rien à voir avec l'âge du capitaine; beaucoup de médecins connaissent bien l'informatique, d'autant plus sûrement qu'ils ont commencé tôt et donc sont âgés. Le problème est que le médecin qui place ses dossiers sur DMI n'en est plus le gardien: il ne sait pas ce que font les programmes sur son propre PC, a fortiori s'il les balance sur un CLOUD. Or, l'essence même du secret médical est que la seule clé soit entre les mains du seul médecin. On peut ajouter aussi que le médecin est client captif des sociétés de logiciels, auxquelles il doit verser chaque année une rançon sans quoi le programme s'arrête partiellement de fonctionner. Enfin, last but not least, les médecins qui connaissent bien l'informatique savent pour les avoir eus, que les problèmes logiciels et matériels sont nombreux et graves; et que faire dépendre l'exercice de la médecine de tant d'aléas est de la folie.